Rentrée moins salée ou communication mielleuse ?

Luc Chatel, on l’appelle "Emilie (la) jolie menteuse" !
mardi 25 août 2009
par  Sebastien Le Bras
popularité : 2%

La rentrée scolaire, gouffre financier tant redouté des parents… Cette année pourtant, Luc Chatel et Familles de France annoncent une baisse "historique" des prix. Une enquête qui ne fait pas l’unanimité.

Leitmotiv : la rentrée coûte moins cher.

En visite lundi matin dans un supermarché de la banlieue parisienne, le ministre de l’Education nationale veut convaincre. Dans la vidéo officielle, au rayon fournitures, Luc Chatel vante le partenariat entre son ministère, l’association Familles de France et les grandes surfaces. Mais en ce mois de congés, peu de parents en magasin pour confirmer. Rue 89 s’étonne de la facilité avec laquelle de bonnes mères de famille sont dénichées, "ravies de la baisse des prix constatée". France Inter révèle mardi matin qu’elles sont en fait sympathisantes, voire élues, UMP. Rue 89 pointe la récurrence des faux témoignages. Lors d’un déplacement similaire l’année dernière, Nadine Morano avait du interroger un membre de son équipe pour obtenir un constat de la baisse des prix. L’opération communication de l’UMP sème le doute sur les résultats de l’enquête réalisée par l’association partenaire du gouvernement, Familles de France.

L’association conservatrice s’auto-congratule

"Cette année est un bon cru, un millésime", métaphorise Henri Joyeux, lundi après-midi. Pour le président de Familles de France, 175 euros suffisent pour financer l’entrée d’un enfant en 6ème, soit 8,7% de moins qu’en 2008. L’association conservatrice s’auto-congratule d’avoir soutenu, avec la PEEP (Fédération nationale des parents d’élèves de l’enseignement public), l’instauration d’une "liste essentielle" auprès de l’ancien ministre de l’Education nationale, Xavier Darcos. L’accord passé avec la grande distribution a bloqué, voire réduit, les prix d’une cinquantaine de fournitures. "Les marges étaient avant sympathiques, elles le sont un peu moins", se félicite Henri Joyeux. "Les grandes enseignes ont fait de véritables efforts", encense Christiane Therry, déléguée générale de Familles de France, "80% font référence à cette liste essentielle". Mais elle reconnaît que la qualité n’est pas toujours au rendez-vous. Les baisses les plus importantes concernent les magasins au détail, surtout la papeterie. Le moins cher reste l’hypermarché.

La pêche aux "essentiels de la rentrée"

"L’enfant est un prescripteur", met en garde le président de Familles de France. Nombreux sont les parents à préférer faire les courses sans leur progéniture, qui pousse à la consommation de gadgets. Cette année, le logo ministériel "essentiels de la rentrée" balise le parcours du combattant. L’association rappelle aux parents qui auraient l’intention, et les moyens, d’acheter tout le magasin, de se contenter du nécessaire. De faire d’abord l’inventaire chez eux des fournitures réutilisables. Et une fois sous les néons, de traquer le superflu. "Les stylos à la fraise ou au chocolat… Ca ne sert à rien", professe Henri Joyeux, avant d’ajouter, "ce n’est pas parce que les enfants auront des marques qu’ils vont réussir !" Familles de France déconseille cependant de réaliser les plus grosses économies sur les sacs. "Mieux vaut investir dans le cartable, même si c’est plus cher", il durera plusieurs années, conseille Estelle Yacovou, chargée de mission de l’association.

Courses en ligne, bon ou mauvais plan ?

Les bonnes affaires ne sont-elles pas plutôt sur Internet ? L’association traditionnaliste appelle à la méfiance en ce qui concerne la "modernité". Selon leur enquête, les courses en ligne reviennent 24% plus cher qu’en 2008. "Les achats sur Internet sont à déconseiller formellement aux familles", insiste le président de l’association. Les prix n’y sont pas plus intéressants qu’en magasin, car "les propriétaires n’ont pas retenu la liste essentielle", regrette Christiane Therry. En plus, la majorité des sites "bafouent les droits des consommateurs", selon Estelle Yacovou. Certains affichent leur prix hors taxes, d’autres ne respectent pas le droit à la rétractation. Familles de France a d’ailleurs assigné Office dépôt en justice. Cependant, l’abominable hausse des prix sur Internet ne se base que sur l’étude de 8 sites ! Le comparateur de prix Twenga constate au contraire une baisse des prix des fournitures scolaires. Son étude, qui s’appuie aussi sur la liste du ministère, compare plus de 1 000 boutiques en ligne.

"Double peine infligée aux catégories populaires"

Et l’aide financière dans tout ça ? Une allocation de rentrée scolaire (ARS) est versée aux familles, sous conditions de ressources insuffisantes. Mais selon Familles de France, la somme que les parents perçoivent à l’entrée de leur enfant en 6ème est trop importante. Alors que pour un lycéen, l’aide "n’est pas au niveau". Parce que l’ARS, "n’est pas pour autre chose que pour couvrir les frais de rentrée", l’association réclame que 100 euros soient retirés aux plus jeunes, pour être alloués aux adolescents. "La double peine infligée aux catégories populaires est un scandale", s’insurge quant à elle l’Union des Familles Laïques (UFAL). Pour que l’aide soit juste, il faut différencier les types de scolarité. "Le coût de la rentrée est beaucoup plus élevé pour les familles des couches populaires qui font rentrer leur enfant en seconde technologique", estime l’association, "que pour celles qui mettent leurs enfants dans l’enseignement général".

Les limites de l’enquête "coût de la rentrée"

Comme dans toutes les enquêtes, le résultat dépend de ce que le calcul prend en compte. Familles de France prétend évaluer "le coût de la rentrée", alors qu’elle n’étudie que celui des fournitures. Frais de scolarité, activités sportives, chaussures… Tout le reste est gratuit ? Pour l’UFAL, un accord doit être trouvé, entre le ministère de l’Education nationale et toutes les associations familiales, sur un mode de calcul du coût de la rentrée. Car non seulement celui de Familles de France ne reflète pas toutes les dépenses, mais il est réalisé en valeur absolue. Il ne tient pas compte du pouvoir d’achat des familles. "La rentrée scolaire ne pèsera pas moins lourd dans le budget comme on tend à nous le faire croire" affirme la CSF (Confédération syndicale des familles). "De plus en plus de familles connaissent des situations précaires", rappelle l’organisation populaire. La CSF présentera à sont tour son enquête sur le coût de la rentrée mardi prochain.

A quel chiffre se vouer ? Une enquête commune serait plus utile aux parents d’élèves que cette bataille médiatique.

Nolwenn Le Fustec



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Québec - La question épineuse du redoublement

mercredi 15 juillet 2009

L’interdiction du redoublement passée dans les mœurs scolaires québécoises pèse lourd sur le niveau des élèves qui entrent au secondaire
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La Presse, www.cyberpresse.ca, 22 juin 2009

J’ai 17 ans et je suis exclu car j’ai fait blocage contre Darcos

mardi 7 juillet 2009

Ce lundi matin, une élue parisienne, Danielle Simonet, conseillère de Paris (Parti de gauche), alertait par un e-mail très viral sur le sort de Tristan Sadeghi, lycéen tout juste sorti de classe de première, à qui son proviseur refuse l’inscription en terminale. Sauf s’il s’engage par écrit à ne plus participer à des manifs ou des blocages, tels que ceux qui ont émaillé l’année, au lycée Maurice-Ravel, dans le XXe arrondissement comme ailleurs.
Rue89 a proposé à ce jeune élu représentant au conseil de la vie lycéenne de raconter son histoire, alors que la mobilisation autour de son cas commence à prendre.

Royaume-Uni : parents et élèves au rapport

mardi 7 juillet 2009

À partir de la rentrée prochaine, un nouveau mode d’inspection des établissements scolaires sera lancé en Angleterre : les parents et les élèves seront mis à contribution pour classer les écoles et ainsi, décider du déplacement éventuel d’un inspecteur. L’année dernière, 600 établissements scolaires avaient été épinglés pour ne pas avoir atteint les résultats escomptés alors que l’organisme d’inspection les avait très bien notés. Désormais, les parents et leurs enfants rempliront des questionnaires qui permettront de définir le niveau des écoles. Les meilleures d’entre elles seront inspectées tous les 5 ans (au lieu de tous les 3 ans actuellement). Les autres auront droit à des visites surprises plus fréquentes des inspecteurs. Une décision qui ne fait pas l’affaire des enseignants : leurs représentants dénoncent un manque de confiance dans les écoles et redoutent de faire l’objet d’une observation accrue dès la rentrée.