Sarkozy-Chatel : La pertinence des discours

mardi 20 octobre 2009
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En comparant les discours de Luc Chatel devant le CTPM le 1er octobre 2009 et de Nicolas Sarkozy devant l’institut régional d’administration de Nantes le 19 septembre 2007, on peut constater une certaine ressemblance dans la rhétorique et dans la construction du discours. Certes ces deux discours n’ont pas la même portée car, rappelons-le, le discours de Sarkozy de 2007 dévoile son orientation politique sur l’avenir de la fonction publique avec la mise en place de son pacte « service public 2012 ». Le discours de Chatel concerne lui, la mise en place d’un « pacte de carrière » pour l’Education nationale et ses personnels.

Nous retrouvons dans ces deux discours beaucoup de similitudes, même si celui de Sarkozy va beaucoup plus loin. Vous le trouverez en pièce jointe dans cet envoi avec une version originale et une version annotée.
Nous retrouvons principalement les notions de « talent », d’individualisation, de mérite et de GRH (Gestion des Ressources Humaines). Si les deux discours commencent par des louanges appuyées : toute la 1ère partie du discours de Chatel de « Je vais vous faire une confidence… » à « …je suis aussi frappé par leur isolement… » comme toute la 1ère partie du discours de Sarkozy de « Si j’ai choisi… » à « …c’est une vocation… », le discours de Sarkozy distille également les partis pris, l’appel au divin « …expiation… », « …sacrifice… » et quelques louanges par-ci, par-là qui, en général, précèdent une attaque en règle contre la Fonction Publique.

Le discours de Chatel distille, lui, en différents endroits la notion de talent, donc qui relève de l’inné, ce qui dédouane d’une quelconque formation ! Le ministre de l’Education nationale définit également le rôle de l’enseignant dans lequel il entérine « …élever toujours plus… », « …panser certaines des plaies… », « …travailler dans des environnements plus difficiles… », une situation existante que l’on doit considérer comme acquise et comme immuable ! Cette partie de son discours se termine par le fameux « pacte de carrière » qu’il considère comme étant « …un ensemble d’engagements réciproques… » autrement dit : je donne quelque chose mais j’exige une contrepartie qui sera forcément juste puisque « …fondé sur la confiance » ! Dès le début de la phrase suivante, M. Chatel détaille son « pacte de carrière » basé sur l’individualisation et l’augmentation de la charge de travail « Il faudra aussi de nouvelles missions, clairement identifiées et ouvrant droit à des rémunérations spécifiques. » en dégageant un triptyque sur lequel l’Etat doit s’engager : Formation, rémunération (sur ces deux points, il utilise les termes « meilleur », « mieux » qui sont des termes très subjectifs : meilleur pour qui ?) et évaluation.

Dans la partie suivante intitulée « Dynamiser les ressources humaines », il constate et entérine une fois de plus une situation « Il y a le jeune professeur qui débute sa carrière dans une zone d’éducation prioritaire… » simplifiée (simpliste ?) des différents cas rencontrés par les enseignants.
A partir de cet instant du discours, se multiplient les références au mérite « …la carrière qu’il mérite… », « …l’ensemble des fonctionnaires doit percevoir le bénéfice des efforts… » et les attaques contre le statut jugé comme rigide et empêchant toute évolution « …Mais le cadre statutaire ne saurait être l’alpha et l’oméga… », « … les parcours professionnels ne doivent plus être figés… », ou encore « …une vrai politique de gestion des ressources humaines, cela va bien au-delà des seules questions statutaires… ». On peut d’ailleurs ici faire un nouveau parallèle avec le discours de M. Sarkozy sur le mérite « …travail…reconnu, … efforts…récompensés… », « reconnu dans ses mérites, dans ses talents, dans ces compétences. » (la notion de talents une fois de plus) ou encore « …Il n’y a pas d’effort supplémentaire sans contrepartie. Il n’y a pas de mérite sans récompense au mérite… » mais aussi un parallèle sur la soi-disant lourdeur du statut « …d’inertie et de routines. », « un enchevêtrement inextricable de règles et de procédures. », « le rouleau compresseur des logiques bureaucratiques. ». Et bien, quelle Fonction publique avons-nous là !

Mais revenons au discours de M. Chatel car, sur toute cette suite de son allocution, l’individualisation continue d’émailler son discours, comme par exemple, sur le passage sur la formation dans lequel M. Chatel ne parle encore que d’indemnités « …à ce titre une indemnité… » tout en affirmant que la formation doit se faire en dehors du temps de travail. Sont énumérées, par la suite, toutes les mesures prises depuis deux ans en direction des personnels, cette liste permet de mesurer combien ces mesures ne sont que des mesures introduisant encore plus d’individualisation dans les rémunérations des personnels : prime d’installation, prêts, heures supplémentaires, primes spéciales…Toute cette démonstration pour arriver à ses propositions de revalorisation qui ne ciblent, encore une fois, qu’une catégorie de personnels, à savoir les débuts de carrière jusqu’à cinq ans d’ancienneté, c’est-à-dire jusqu’à l’échelon 5.

Tout ce discours s’inscrit forcément dans la ligne de ce qui est fait depuis deux ans en termes de pseudo revalorisation : l’Etat supprime des postes et en contrepartie saupoudre quelques mesures dont, seuls quelques-uns, bénéficient. D’ailleurs dans le cadre de son pacte « service public 2012 », N. Sarkozy annonce clairement la couleur : « …Je souhaite une fonction publique moins nombreuse mais des fonctionnaires mieux payés… » et « …la hausse non maitrisée des effectifs de la fonction publique a fatalement pour corollaires la baisse du pouvoir d’achat… » ou encore « …Je me suis engagé à ne pas remplacer un fonctionnaire sur deux partant à la retraite….il n’y a aucun autre moyen pour améliorer le pouvoir d’achat des fonctionnaires… ».
Luc Chatel se montre bon élève en expliquant que la baisse du nombre de fonctionnaires permet cette revalorisation qui est loin de concerner tout le monde ! Pour les personnels qui sont bénéficiaires de ces mesures, il est évident qu’elles apportent un plus, mais on est ici dans une conception qui vise à individualiser les rémunérations mais aussi le travail, ce qui va complètement à l’encontre de notre conception de la Fonction publique, à l’encontre de l’esprit même dans lequel notre statut a été conçu et rédigé. Le statut prévoit, certes, une rémunération qui peut être différente, notamment au regard de la manière de servir mais celle-ci doit être à la marge, or l’état tente d’en faire la norme. L’enseignant est un fonctionnaire qui sert l’intérêt général et qui doit être traité de la même façon partout sur le territoire.

Le discours de Chatel s’inscrit dans la droite ligne des attaques contre la Fonction Publique qui ne concernent pas que les suppressions de postes, mais aussi la Fonction publique de carrière elle-même, en essayant de généraliser le contrat à la place du statut (proposition de loi de 87 députés UMP qui consiste à faire du recrutement par contrat la règle dans la Fonction Publique Territoriale ), en individualisant encore plus la rémunération (rapport Diefenbacher sur l’intéressement collectif), en permettant le recrutement d’intérimaires, de contrats précaires sur des besoins permanents et le licenciement de fonctionnaires (loi dite de mobilité).

Le dogme libéral prônant une Fonction Publique rentable et soumise aux règles du secteur privé est en train de trouver une traduction concrète dans ces différentes initiatives mais aussi dans la loi Hôpital, Patient, Santé Territoire, dans la transformation de la poste en société anonyme, etc. Toutes ces attaques peuvent sembler désordonnées si l’on n’y prend pas garde mais N. Sarkosy, dans son discours de Nantes annonçait déjà toutes ces mesures et bien d’autres encore !!
L’heure est grave et le discours de L. Chatel s’inscrit pleinement dans ces orientations, il est temps de relever la tête et de combattre ces orientations !!!

Christophe GODARD


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Brèves

Mouvement 2019 des personnels ATSS :

samedi 22 décembre 2018

Mouvement inter-académique des AAE et des SAENES :
La saisie des voeux doit se faire du 11 décembre 2018 au 8 janvier 2019. La CAPN des SAENES aura lieu le 19 mars 2019, et celle des AAE le 21 mars 2019.

Mouvement à gestion déconcentrés ADJAENES
la pré-inscription se fera du 10 janvier 2019 au 7 février 2019. Le reste du calendrier sera en fonction des académies demandées.

Mouvement à gestion déconcentrés des ATRF
la pré-inscription se fera du 10 janvier 2019 au 7 février 2019. Le reste du calendrier sera en fonction des académies demandées.

La pédagogie Nutella ou le collège 2016... vu à la TV !

lundi 20 avril 2015

La réforme du collège 2016 agite le Landerneau enseignant depuis quelques semaines. Elle inquiète aussi à juste titre les parents qui se demandent bien ce que ledit collège réformé fera avec leur progéniture.

Pour rassurer tout le monde, la télévision publique nous montre à quoi ressemblera le collège 2016, dans deux reportages successifs. En effet, le collège réformé s’inspire de dispositifs innovants qui existent déjà dans quelques établissements expérimentaux.

Alors savourons cet avant-goût du collège nouveau...

Lire la suite sur le site La Vie Moderne

Chatel : "Certaines mesures vont dans le bon sens"

lundi 20 avril 2015

C’est le spécialiste des réformes destructrices Chatel qui ont mis à mal le lycée général et liquidé la voie STI qui nous le dit.
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"Que les conservateurs tombent les masques !"

lundi 20 avril 2015

Voici le titre de l’interview de Vallaud-Belkacem au très réactionnaire journal Le Point.
Notre seule réponse à NVB : "Que les néo-libéraux tombent également le masque !"

4 pages spécial Retraités de la FERC

samedi 31 août 2013

Au sommaire : Conférence de l’UFR... les retraités à l’offensive ! - Quelle UFR, quelle structure ? - Place des retraités dans la CGT - Continuité syndicale et renforcement - Impressions croisées
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Au sujet des dépenses scolaires…

jeudi 22 août 2013

Chaque année, à l’approche de la rentrée, on retrouve dans les médias des articles plus ou moins bien renseignés sur les "dépenses de la rentrée des classes". Je les parcours toujours avec un peu d’agacement quand ils mettent en avant les nouveaux cartables, les vêtements, les classeurs, les crayons et les compas, les garderies et les cantines.
Parler de ces frais là, c’est évoquer l’arbre pour cacher la forêt. Les cartables et les compas durent facilement plusieurs années et les vêtements ne me semblent pas être une dépense scolaire : mes filles iraient-elles nues si l’école n’existait pas ? Idem pour la cantine : il faut manger même en dehors de l’obligation scolaire. Admettons pour la garderie des petits. Ce qui m’interpelle, ce sont les frais dont on parle moins et qui pourtant jalonnent bien le parcours scolaire des jeunes.
Lire la suite sur le site de l’Ecole démocratique

Ecole élémentaire : en France, le nombre d’élèves par enseignant supérieur à la moyenne OCDE (Depp)

vendredi 16 août 2013

Selon la revue "L’Éducation natio­nale en chiffres" de la Depp, le taux d’encadrement dans les écoles élémen­taires fran­çaises se situe en des­sous de la moyenne des pays de l’OCDE.
Le taux d’encadrement dans les écoles élémen­taires fran­çaises est en des­sous de la moyenne des pays de l’OCDE, selon la revue "L’Éducation natio­nale en chiffres" éditée par la Depp et parue en juillet 2013.
Dans les pays de l’OCDE, le nombre moyen d’élèves par ensei­gnant était à ce niveau de 15,4, en 2011 contre 18,4 en moyenne en France.

Loire-Atlantique / Rythmes : lettre ouverte des UD CGT, FO, FSU et Solidaires au DASEN et aux 26 maires de Loire-Atlantique appliquant la réforme en 2013

samedi 29 juin 2013

Depuis plusieurs mois, nos organisations syndicales ne cessent de dénoncer la précipitation et les dangers contenus dans la réforme des rythmes scolaires. Si les appréciations de nos syndicats respectifs peuvent diverger sur l’analyse de la loi Peillon et de son volet sur les rythmes scolaires, cela ne nous empêche en rien de partager nombre de points de vue sur les effets néfastes de cette réforme. Les propos volontaristes des municipalités ayant décidé de s’engager dès septembre 2013 dans la mise en œuvre du pan de réforme sur les rythmes ne résistent pas à un l’examen pragmatique. Pour notre part cette réforme relève plus d’un projet politique portant sur la territorialisation de l’École que sur les effets bénéfiques pour les enfants et les familles.
L’intention gouvernementale affiche une volonté de servir la réussite scolaire des élèves. Nous pensons qu’il y a loin du discours à une réalité qui malmène aussi les personnels concourant aux rythmes éducatifs des enfants. Les campagnes de communication politiciennes ne peuvent dissimuler les malaises grandissant autour de la rentrée 2013 précipitée.
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