Une privatisation rampante de l’école publique : c’est CLAIR !

jeudi 18 novembre 2010
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La circulaire n°2010‐096 du 7 juillet 2010 annonce la mise en place d’une
nouvelle expérimentation dans les établissements relevant principalement de « l’égalité des chances » : le dispositif CLAIR, « Collèges et Lycées pour l’Ambition, l’Innovation et la Réussite ». Elle est installée dans une centaine d’établissements en France. Le programme a vocation à remplacer tous les dispositifs existants dans les « zones sensibles » (ZEP, RAR, RRS, APV,…) sans qu’ils aient été évalués quant à leur efficacité, et sans que l’on sache encore quels critères seront retenus pour sélectionner ou non les futurs établissements (Certaines ZEP non‐CLAIR pourraient alors être déclassées et retrouver le lot commun avec les effectifs et les pertes de poste afférents).

L’innovation, CLAIR et nette ?!

Le programme CLAIR fait de l’innovation son cheval de bataille, dans le cadre pédagogique et éducatif, dans celui des ressources humaines. A croire que les équipes pédagogiques et éducatives n’ont jamais expérimenté de dispositifs dans leurs établissements pour répondre aux besoins des élèves, attendant que CLAIR montre la bonne voie pour agir. En guise d’innovation, force est de constater que toutes les propositions détaillées dans la circulaire, sous couvert de rationalisation
et de portée humaniste de la réforme proposée, ne visent qu’à remettre en cause les fondamentaux de l’école publique : « dénationaliser », « dépersonnaliser », « dédramatiser » les enseignements, « déréglementer » les règles de mutations…

  • « Dénationalisation » de l’enseignement des disciplines et des règles de vie doit concourir à les adapter aux spécificités des établissements.
  • « Dépersonnalisation » qui vise la limitation de la liberté pédagogique et la spécificité disciplinaire qui prévalaient, par l’adoption de progressions communes (calquées sur le socle commun des connaissances), la généralisation des parcours inter/pluridisciplinaires, l’uniformisation des règles de gestion de classes, la mise en place de « rituels » de mise au travail, l’adoption de règles de vie scolaire communes respectées par toutes et tous…
  • « Dédramatisation » de l’enseignement, ‐ trop sérieux et ennuyeux ? ‐, qui doit aboutir à la mise en place de projets ludiques (la forme plutôt que le fond ?), réfléchir à de nouveaux rythmes scolaires (quid des heures obligatoires d’enseignements disciplinaires ?), de nouveaux modes de prise en charge des élèves, et encourager l’enseignement des activités sportives et artistiques (à quels dépens puisque la semaine des élèves n’est pas extensible ?)…
  • « Déréglementation » des recrutements des personnels, par la mise en place de postes spécifiques, profilés. Sont aussi mis en place des contrats d’objectif et des lettres de mission individuelles, véritables bases d’évaluation quantitatives et qualitatives des personnels. Le renforcement de l’autonomie des établissements et du rôle de « manageur » clientéliste des principaux et proviseurs est patent.

… voilà une réforme qui permet, ipso facto, un contrôle accru des élèves et des personnels sans compter qu’une surveillance d’un autre genre sera réalisée par des « référents de sûreté » (policier ou gendarmes) et par « des moyens techniques permettant de se prémunir contre les risques de malveillance » (une transformation des écoles en Centres
d’Éducation Renforcés ?).

CLAIR‐obscur : Le Préfet des Études, « homme à tout faire »

Le préfet des études est au coeur du dispositif CLAIR. Personnel « détaché » du corps enseignant ou de celui des CPE, il devient « un membre de l’équipe de direction, … placé sous l’autorité du chef d’établissement ». Son temps de travail n’est pas défini. Ses fonctions sont CLAIRes et nombreuses. Il va remplir des fonctions pédagogiques, éducatives, sociales même… celle de professeur principal d’une classe qu’il pourrait garder en enseignement !

  • Il n’est fait aucun état de la mise en place d’une « hiérarchie » nouvelle, ou d’un échelon intermédiaire. Aucun rapport d’autorité n’existe donc entre le préfet et les enseignants, le CPE, ou les assistants d’éducation.
  • Super prof, mini‐chef, ou caporal jetable ? Ses fonctions étendues, cependant, mettent en danger notamment le CPE, d’autant que le préfet devrait exister pour chacun des niveaux du collège et pour le niveau seconde en lycée, mais limitent aussi le rôle généralement attribué à l’adjoint au chef d’établissement dans de nombreux secteurs. Cela met le préfet des études à une place délicate, et l’expose à une mise en tension évidente. Or, s’il ne remplit pas sa mission, il pourra être remplacé par le chef d’établissement qui obtient les « pleinspouvoirs  » en matière de gestion des personnels.
  • Un préfet « volontaire » qui voudrait travailler beaucoup plus et gagner à peine plus ?!
  • « Agent de coordination » des équipes (relations enseignants, vie scolaire, personnels de santé et sociaux, parents, éventuellement TOS…) ;
  • « Agent de planification » (réunions, examens, vie de classe, accès aux salles spécifiques, surveillance de récréation et d’intercours…) ;
  • « Agent de formation et d’animation » (délégués élèves, découverte métiers, culture) ;
  • « Agent de suivi des élèves » (accompagnement éducatif, absentéisme, entretiens individuels) ;
  • « Agent de liaison » école/collège/lycée, et partenaires associatifs extérieurs ;
  • « Agent de climat scolaire » ;
  • « Agent de suppléance » (commissions vie scolaire, conseil de discipline qu’il peut présider, conseil pédagogique)…
  • PAS CLAIR : les professeurs‐référents et les assistants pédagogiques des Réseaux RRS Le texte CLAIR ne fait aucune mention des personnels détachés ou embauchés actuellement dans les RRS. Les Préfets des Études devraient à terme, en cas de généralisation, les remplacer, auquel cas, les titulaires seraient forcés à la mutation (pour rappel, les droits promis à une bonification en « points » pour les certifiés n’apparaissent pas clairement au bilan 2010‐ 2011 de l’académie de Lille) sauf à accepter un poste de préfet, et les non‐titulaires se retrouveraient sans emploi.
  • Parole de Ministre : Luc Châtel et le Préfet « Face à la multiplication des petites dérives du quotidien, il nous faut rétablir le respect de la norme et l’autorité de l’adulte. Ce sera la mission du préfet des études, désigné pour chaque niveau » (21/09/10)
  • Les CPE Pas « CLAIR » du tout
  • Qu’ont à gagner les CPE dans le projet CLAIR ? RIEN.
  • Qu’ont‐ils à perdre ? TOUT.

En 2004 nous alertions déjà sur la menace qui planait sur le corps des CPE. Aujourd’hui cette menace se précise. Préfet des études ou CPE, il n’y aura pas de place pour les deux. Entre un enseignant doublant
son temps de travail pour 2000 euros par an dont le chef d’établissement peut se séparer au bout de trois ans et un spécialiste de l’éducation formé, autonome et sous statut, le gouvernement a déjà tranché.
Pourquoi conserver un spécialiste des relations avec les jeunes, les parents ou les assistants d’éducation quand un préfet peut se limiter à réprimer ces mêmes catégories ? Il n’y a ni arrangement ni compromis
possible. C’est pourquoi la CGT appelle les CPE à utiliser leur liberté de vote dans les conseils d’administration et prendre position contre le projet CLAIR.

Gestion privée des personnels et indemnités tirées au CLAIR

Le texte prévoit spécifiquement que « le recrutement des personnels enseignants, d’éducation, administratifs, sociaux et de santé est effectué par le recteur sur proposition des chefs d’établissement
après publication de postes à profil » et que « l’affectation des personnels de direction est aussi réalisée sur profil et sur la base du volontariat », pour une durée de 5 ans minimum.

  • La fin du service public et la privatisation du recrutement Il s’agit d’une rupture nette avec le principe fondamental de la fonction publique d’État qui est basé sur le grade dont est titulaire le fonctionnaire (et qui lui ouvre différentes possibilités d’affectation), ce qui veut dire que l’on n’est pas lié à un emploi précis. Or, avec le recrutement sur poste à profil, directement par le chef d’établissement, CLAIR met fin à la logique classique de mutation dans l’éducation ; c’est le chef d’établissement qui choisit ses personnels (sur liste de « volontaires »). On sait, avec l’expérience des assistants d’éducation recrutés de la sorte, les conséquences pour ces collègues qui tiendront leur affectation du fait du prince.
  • Vous êtes volontaires ! Par ailleurs, les personnels en fonction dans les établissements CLAIR seront amenés à « contractualiser » leur implication, sous la forme d’une « lettre de mission » qu’ils recevront (fiche de poste, objectifs qualitatifs et quantitatifs…) et qu’ils devront respecter, au risque de voir leur « évaluation » dévalorisée et de fait leur avancement ralenti plutôt que facilité. Rien cependant ne les oblige à accepter une telle lettre de mission. Dans ce cas, des professeurs de « statut » différents cohabiteront dans l’établissement. Mais leurs conditions d’exercice ne seront pas pour autant facilitées car ils seront « encouragés à rechercher une affectation plus conforme à leurs souhaits », au besoin avec des moyens de pression adéquats, comme par exemple le chantage à l’emploi du temps (comme cela se voit déjà actuellement pour que les équipes disciplinaires acceptent des heures supplémentaires). La menace est donc claire : soit vous acceptez la lettre de mission, soit vous partez… Les non titulaires ne seront pas épargnés : au lieu de les titulariser on officialise la précarité et la soumission au chef d’établissement.
  • Des économies très CLAIR ? l’arbitraire complet Une indemnité sera mise en place pour le préfet des études et les enseignants « contractualisés » dans le programme CLAIR. Les décrets n° 2010‐1065 du 8 septembre 2010 précise que son attribution et son montant (entre 400€ et 2400€) seront entièrement dépendants du bon vouloir du chef d’établissement et du recteur. Outre cet arbitraire propice au clientélisme, dans la mesure où le programme devrait se substituer aux autres dispositifs, nous sommes en droit de poser la question de l’avantage fourni par CLAIR au niveau financier, notamment si les primes ZEP et APV sont supprimées. L’élargissement de CLAIR, pouvant aboutir en fait à un « rétrécissement » de la carte RRS (déclassements d’établissements) en fonction des critères retenus (et pour l’instant variables selon les cadémies), l’État pourrait tout aussi bien réaliser des économies substantielles. Quid des personnels dans les établissements CLAIR qui auront refusé la signature des lettres de mission ?
  • Parole de Ministre En séminaire devant les chefs d’établissement « CLAIR », Luc Châtel exhorte : « Vous ne devez rien vous interdire pour atteindre les objectifs du socle commun de connaissances et de compétences… Et quand je dis que tout est possible, je pense aussi à la possibilité pour des professeurs du second degré d’enseigner plusieurs disciplines si cela correspond à un projet précis. La possibilité aussi pour des professeurs des écoles d’enseigner au collège » (21 sept. 2010). Polyvalence relancée ; liens entre le premier et le second degré strictement discursifs tant rien n’est explicite dans le texte quant au devenir des SEGPA, et quand aucun objectif n’est assigné au lien entre collège et écoles primaires… Par ailleurs, il a déjà annoncé son objectif de généraliser l’expérimentation CLAIR.

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Brèves

La pédagogie Nutella ou le collège 2016... vu à la TV !

lundi 20 avril 2015

La réforme du collège 2016 agite le Landerneau enseignant depuis quelques semaines. Elle inquiète aussi à juste titre les parents qui se demandent bien ce que ledit collège réformé fera avec leur progéniture.

Pour rassurer tout le monde, la télévision publique nous montre à quoi ressemblera le collège 2016, dans deux reportages successifs. En effet, le collège réformé s’inspire de dispositifs innovants qui existent déjà dans quelques établissements expérimentaux.

Alors savourons cet avant-goût du collège nouveau...

Lire la suite sur le site La Vie Moderne

Chatel : « Certaines mesures vont dans le bon sens »

lundi 20 avril 2015

C’est le spécialiste des réformes destructrices Chatel qui ont mis à mal le lycée général et liquidé la voie STI qui nous le dit.
On constate facilement où Vallaud-Belkacem trouve son inspiration !

« Que les conservateurs tombent les masques ! »

lundi 20 avril 2015

Voici le titre de l’interview de Vallaud-Belkacem au très réactionnaire journal Le Point.
Notre seule réponse à NVB : « Que les néo-libéraux tombent également le masque ! »

4 pages spécial Retraités de la FERC

samedi 31 août 2013

Au sommaire : Conférence de l’UFR... les retraités à l’offensive ! - Quelle UFR, quelle structure ? - Place des retraités dans la CGT - Continuité syndicale et renforcement - Impressions croisées
Télécharger le 4 pages

Au sujet des dépenses scolaires…

jeudi 22 août 2013

Chaque année, à l’approche de la rentrée, on retrouve dans les médias des articles plus ou moins bien renseignés sur les « dépenses de la rentrée des classes ». Je les parcours toujours avec un peu d’agacement quand ils mettent en avant les nouveaux cartables, les vêtements, les classeurs, les crayons et les compas, les garderies et les cantines.
Parler de ces frais là, c’est évoquer l’arbre pour cacher la forêt. Les cartables et les compas durent facilement plusieurs années et les vêtements ne me semblent pas être une dépense scolaire : mes filles iraient-elles nues si l’école n’existait pas ? Idem pour la cantine : il faut manger même en dehors de l’obligation scolaire. Admettons pour la garderie des petits. Ce qui m’interpelle, ce sont les frais dont on parle moins et qui pourtant jalonnent bien le parcours scolaire des jeunes.
Lire la suite sur le site de l’Ecole démocratique

Ecole élémentaire : en France, le nombre d’élèves par enseignant supérieur à la moyenne OCDE (Depp)

vendredi 16 août 2013

Selon la revue « L’Éducation natio­nale en chiffres » de la Depp, le taux d’encadrement dans les écoles élémen­taires fran­çaises se situe en des­sous de la moyenne des pays de l’OCDE.
Le taux d’encadrement dans les écoles élémen­taires fran­çaises est en des­sous de la moyenne des pays de l’OCDE, selon la revue « L’Éducation natio­nale en chiffres » éditée par la Depp et parue en juillet 2013.
Dans les pays de l’OCDE, le nombre moyen d’élèves par ensei­gnant était à ce niveau de 15,4, en 2011 contre 18,4 en moyenne en France.

Loire-Atlantique / Rythmes : lettre ouverte des UD CGT, FO, FSU et Solidaires au DASEN et aux 26 maires de Loire-Atlantique appliquant la réforme en 2013

samedi 29 juin 2013

Depuis plusieurs mois, nos organisations syndicales ne cessent de dénoncer la précipitation et les dangers contenus dans la réforme des rythmes scolaires. Si les appréciations de nos syndicats respectifs peuvent diverger sur l’analyse de la loi Peillon et de son volet sur les rythmes scolaires, cela ne nous empêche en rien de partager nombre de points de vue sur les effets néfastes de cette réforme. Les propos volontaristes des municipalités ayant décidé de s’engager dès septembre 2013 dans la mise en œuvre du pan de réforme sur les rythmes ne résistent pas à un l’examen pragmatique. Pour notre part cette réforme relève plus d’un projet politique portant sur la territorialisation de l’École que sur les effets bénéfiques pour les enfants et les familles.
L’intention gouvernementale affiche une volonté de servir la réussite scolaire des élèves. Nous pensons qu’il y a loin du discours à une réalité qui malmène aussi les personnels concourant aux rythmes éducatifs des enfants. Les campagnes de communication politiciennes ne peuvent dissimuler les malaises grandissant autour de la rentrée 2013 précipitée.
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Coaching patronal au collège, sous l’œil attendri de France 2

mercredi 26 juin 2013

Mardi 18 juin, dans le 20h de France 2, après les 9 min inaugurales sur les inondations en France, et parmi les quelques miettes distribuées aux autres sujets (3 min sur le mouvement social au Brésil, 2 sur l’accueil des touristes à Paris), on retiendra un reportage d’anthologie, intitulé (sur le site de France 2) « Éducation : du coaching en ZEP » : 4 min 20 consacrées à l’intervention d’une cadre dirigeante dans un collège de « ZEP », pour appliquer, selon ses propres dires, les « méthodes d’entreprise » à l’école. 4 min 20 pour un « gros plan » qui « traite » un sujet sans (se) poser la moindre question, sans rien en dire sinon célébrer les vertus d’une initiative qui, avec d’autres, relève d’un entrisme entrepreneurial dans l’institution scolaire, du reste fort à la mode. Une initiative présentée sans contrepoint ni distance : un tel éloge relève-t-il encore de l’information ?
Lire la suite sur le site d’ACRIMED