LOI FILLON : Pour les élèves, une éducation au rabais !

mardi 22 mars 2005
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Aggravation du tri social

Pour encore faciliter la sélection sociale, la loi Fillon avance trois mesures :

  • garantir à tous les élèves la maîtrise d’un socle commun de connaissances et de compétences indispensables qui est en fait un RMI scolaire. Ce socle commun correspond en fait au minimum exigé par le patronat pour qu’un jeune soit rentable. Il comprend au collège la maîtrise de la langue française, la connaissance des principaux éléments de mathématiques, une culture humaniste et scientifique permettant l’accès à la citoyenneté, la pratique d’au moins une langue étrangère, la maîtrise des techniques usuelles de l’informatique. (projet, p.2) Comment se satisfaire de ce RMI scolaire qui entérine la mise à l’écart de disciplines déclarées non fondamentales (histoire-géo, SVT ...) et la hiérarchisation des savoirs ? Dans les disciplines non fondamentales, de nombreux postes risquent de disparaître faute d’élèves !!
  • casser le collège unique en créant un palier d’orientation à la fin de la 5ème et un autre à la fin de la 4ème. Les élèves issus des milieux défavorisés, en « échec scolaire », seront orientés vers les 4ème en alternance. En 3ème, les LP accueilleront les élèves qui auront l’option « découverte professionnelle » pendant 6 heures par semaine.
  • Développer la pratique du contrôle continu pour tous les diplômes nationaux (y compris le bac !). La réforme du bac est seulement ajournée : Fillon attend le moment opportun pour la faire passer plus discrètement ! Il n’y a pas renoncé et le projet de loi ne dit pas le contraire. Il ne s’agit pas de défendre une institution critiquable, mais de dénoncer une mesure qui va renforcer les inégalités entre les élèves. Tous les diplômes vont donc cesser d’être des diplômes nationaux pour devenir au mieux des diplômes locaux puisqu’il y aura autant de bac généraux que de lycées et autant de bac pro que de LP !. Cela ne peut qu’accentuer les inégalités dans l’accès à l’enseignement supérieur entre les lycées, entre les régions.

Retour de la Réac’Academy

  • Une note de vie scolaire va être intégrée au brevet des collèges. Elle devra prendre en compte l’assiduité, la discipline et l’engagement des élèves dans la vie de l’établissement !!! Qui sera chargé de mettre cette note ? Quels seront les critères d’évaluation ? Cette note va pénaliser encore plus ceux qui rencontrent déjà des difficultés scolaires. Les élèves les plus agités et les plus absentéistes sont très souvent les plus en difficulté scolaire et sociale !
  • L’enseignement de la Marseillaise va être obligatoire au primaire.
  • Un amendement a introduit l’enseignement du fait religieux. On sait que cette nouvelle « discipline » sera une histoire sainte. Ce n’est pas aux enseignants de raconter aux enfants que Jésus est né d’une femme vierge dont le mari était charpentier, et d’un père qui est Dieu et ouvre la mer Rouge !!

Liquidation des options

Un amendement adopté par l’Assemblée prévoit de « favoriser, en priorité, l’apprentissage de la langue européenne de proximité ». Des langues étrangères risquent de disparaître de certaines académies au prétexte qu’elles ne sont pas de proximité : sera-t-il impossible d’apprendre l’allemand à Toulouse, l’italien à Lille, l’espagnol à Brest, le russe et le chinois dans toute la France ?

Des conditions d’enseignement dégradées

  • Remise en cause des dédoublements.
  • Diminution des horaires au lycée.
  • En langues vivantes, les élèves seront regroupés par « paliers de compétences » au contraire de l’exigence de niveau.

Augmentation de l’emprise directe du patronat

Augmentation de 50% d’ici 5 ans du nombre d’apprentis conformément à la « loi de cohésion » de Borloo et développement de l’apprentissage dès la classe de 4ème. Le choix est fait de privilégier l’enseignement privé (CFA) au détriment des LP, car la grande majorité des apprentis sont formés dans les CFA. Cette loi mentionne également que les PLP sont invités à participer à ce développement. On peut se demander sous quelle forme lorsque l’on sait que, par exemple, à Paris, une douzaine de LP sont menacés de disparition à l’horizon 2006.
Le grand avantage des apprentis pour le patronat, c’est qu’ils sont immédiatement rentables, puisque payés en partie par la région, malléables car jeunes, et ils bénéficient d’un enseignement général très allégé.

L’individualisation contre les droits collectifs

Les députés ont modifié l’intitulé du Contrat individualisé de réussite éducative (CIRE) qui devait permettre à certains élèves de recevoir 3 heures de soutien en groupes.
Il s’appelle dorénavant le Parcours personnalisé de réussite scolaire (PPRS) mais il reste bien un contrat puisqu’il « sera signé par les parents de l’élève, le directeur de l’école ou le chef d’établissement, le maître ou le professeur principal de la classe ; au collège, il pourra être également signé par l’élève ».
Jusqu’à présent, l’idée de contrat est totalement étrangère à l’école publique : l’école est un droit qui est lié à l’âge, nul contrat n’avait besoin d’être signé !
La logique sous-jacente est redoutable : ce n’est plus le système éducatif dans son ensemble qui porte la responsabilité de faire réussir les élèves, qui se doit de leur donner les conditions de leur réussite (aides spécialisées, groupes classes allégés...). C’est l’élève pris isolément (et sa famille) qui est renvoyé à sa volonté, sa « capacité de réagir », voire de payer les suppléments nécessaires. Il désengage complètement l’école de ses responsabilités en cas de rupture du contrat... Le PPRS institue des « parcours personnalisés pouvant déboucher sur l’aménagement du cursus, des horaires et des programmes ... » Ils risquent donc de se substituer aux dispositifs actuels : réduction d’une politique de prévention si importante dès l’école maternelle, remise en cause dans les collèges des dispositifs d’aide aujourd’hui intégrés dans le service des enseignants, menaces lourdes sur l’éducation prioritaire et notamment les ZEP.
Comme ce seront des individus et non des établissements précis qui seront aidés, les moyens seront dispersés entre tous les établissements, dans lesquels on trouvera toujours autant d’élèves « en difficulté ».

Une obsession : réduire les coûts

40% de postes aux concours de recrutements en moins en 2004, un non-renouvellement significatif des départs en retraite, suppression achevée des surveillants, disparition des AE, suppressions de postes en carte scolaire : il va manquer à court terme des dizaines de milliers de personnels en face d‘élèves qui sont de plus en plus fragilisés par les difficultés sociales).
Le tableau est éloquent : un service public réduit au minimum, laissant le champ libre au développement d’entreprises « de services » concurrentes


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