Le malaise de l’Education Nationale

lundi 4 juillet 2011
popularité : 3%

Suicide, dépres­sion, arrêt de tra­vail, recon­ver­sion… Les signes annon­cia­teurs du malaise ensei­gnant sont deve­nus une réa­lité quo­ti­dienne. Etat des lieux de cette pro­fes­sion qui va mal…

« Un direc­teur d’école se pend dans sa classe », « Deux pro­fes­seurs se donnent la mort en Basse-Normandie »... Les cas de sui­cides dans l’Education natio­nale ont fait, ces der­niers mois, les gros titres de l’actualité. Pourtant le malaise ambiant ne date pas d’hier. Déjà en 2002, une étude épidé­mio­lo­gique de l’Inserm recen­sait 39 cas de sui­cides par an pour 100 000 ensei­gnants. Il s’agit de la pro­fes­sion la plus tou­chée, sui­vie de près par les fonc­tion­naires de police.

Un malaise aux ori­gines multiples

Selon une enquête com­man­dée par le minis­tère de l’Education natio­nale (1), la quasi-totalité des pro­fes­seurs de col­lèges et de lycées (93 %) pense que le malaise ensei­gnant existe réel­le­ment. Et 67 % des ensei­gnants se sentent per­son­nel­le­ment concer­nés. Ce taux est en hausse de 14 points par rap­port à 2005 où il n’était « que » de 53 %, tra­dui­sant un réel mal-être des ensei­gnants dans l’exercice de leur métier. Les prin­ci­pales rai­sons de ce malaise ? Les ensei­gnants dénoncent en pre­mier lieu un manque de recon­nais­sance pro­fes­sion­nelle (cité par 47 % des ensei­gnants son­dés), les condi­tions de tra­vail (pour 33 %) et enfin, à un degré moindre, les condi­tions de rému­né­ra­tion, citées par 12 % des ensei­gnants. Et chiffre plus inquié­tant, 27 % d’entre eux songent à ces­ser d’enseigner en col­lège ou lycée dans les années à venir. Un résul­tat qui n’étonne guère Chantal Lacassagne, secré­taire natio­nale en charge du dos­sier santé au tra­vail du SE-Unsa (2) : « C’est le niveau qui reçoit de plein fouet les effets conju­gués des réformes, des res­tric­tions bud­gé­taires et des com­pli­ca­tions liées à l’âge des élèves. Les ensei­gnants doivent faire face aux dif­fi­cul­tés sco­laires des élèves et à l’incompréhension ou à l’attente déme­su­rée des familles, elles-mêmes en butte à des condi­tions de vie de plus en plus dures » .

La situa­tion n’est guère plus réjouis­sante du côté des ensei­gnants agré­gés. D’après une enquête de la Société des agré­gés de l’Université (3), 45,6 % des pro­fes­seurs inter­ro­gés ont été ten­tés de démis­sion­ner et 73,6 % envi­sagent une recon­ver­sion. Le manque de recon­nais­sance dans l’exercice de leur métier, le stress et le besoin de renou­vel­le­ment intel­lec­tuel en sont les prin­ci­pales causes.

Pour José-Mario Horenstein (4), psy­chiatre spé­cia­lisé dans la santé men­tale des pro­fes­seurs : « Un grand nombre d’enseignants souffrent de ce que l’on appelle le burn out, qui se mani­feste par une sen­sa­tion d’épuisement phy­sique et émotion­nel. Elle se tra­duit par une mise à dis­tance du tra­vail, des élèves et de la hié­rar­chie et se trans­forme petit à petit en dis­cours très cri­tique, voire cynique. Ils peuvent égale­ment res­sen­tir un sen­ti­ment de manque d’accomplissement dans le tra­vail ». Ce type de symp­tômes pose pro­blème car il est conta­gieux et va donc avoir un impact sur le cli­mat sco­laire : « Dans le cadre du tra­vail, lorsqu’on est constam­ment en contact avec des per­sonnes qui tiennent un dis­cours cynique, cela finit par nous influen­cer », pré­cise José-Mario Horenstein. « Ce sen­ti­ment de malaise est lié au stress chro­nique. Les rela­tions par­fois dif­fi­ciles avec les élèves, la sur­charge de tra­vail, la déva­lo­ri­sa­tion du métier de l’enseignant, la perte de son auto­no­mie ou encore le pro­blème de l’hétérogénéité des classes en sont les prin­ci­pales causes. »

Un plan de prévention

Pour ten­ter d’enrayer ce malaise, le minis­tère de l’Education natio­nale s’est engagé dans une meilleure prise en compte du bien-être au tra­vail avec la mise en place du pacte de car­rière (5). Des Comités d’hygiène, de sécu­rité et de condi­tions de tra­vail (CHSCT) per­met­tant de contri­buer à la pro­tec­tion de la santé phy­sique et men­tale et à l’amélioration des condi­tions de tra­vail vont ainsi être mis en place. Quelque 80 méde­cins pré­ven­tions sont égale­ment en cours de recru­te­ment. Pour José-Mario Horenstein : « Ces mesures devraient avoir un impact posi­tif sur la santé men­tale des ensei­gnants. Les dif­fi­cul­tés rela­tion­nelles entre adultes dans le cadre de l’école sont un fac­teur impor­tant de stress. L’enseignant a besoin de sen­tir sou­tenu, de pou­voir par­ler à quelqu’un de ses dif­fi­cul­tés au sein de l’établissement. Il ne faut pas hési­ter à orga­ni­ser des inter­ven­tions thé­ra­peu­tiques lorsque c’est néces­saire. Il est égale­ment impor­tant de mettre en place une ges­tion par­ti­ci­pa­tive du stress. En repé­rant, par exemple, les choses qui ne vont pas dans le cadre du tra­vail à tra­vers des ques­tion­naires qui vont évaluer les risques psycho-sociaux et en orga­ni­sant des dis­cus­sions pour amé­lio­rer les condi­tions de tra­vail. » Enfin, le der­nier point essen­tiel à déve­lop­per pour José-Mario Horenstein : « C’est la for­ma­tion du per­son­nel d’encadrement sur les pro­blèmes de com­mu­ni­ca­tion et la ges­tion des conflits. Celui-ci a un rôle impor­tant à jouer pour pré­ve­nir le stress ».

Stéphanie Marpinard

  • Note(s) :

(1) Enquête réalisée en 2008 auprès de 1 200 enseignants du second degré dans les collèges et lycées publics.

(2) Chantal Lacassagne a participé en avril 2010 à la mission d’information sur le mal-être au travail. La commission des affaires sociales du Sénat avait auditionné, dans ce cadre, les organisations syndicales au sujet du mal-être des enseignants.

(3) Enquête réalisée en 2010 par la Société des agrégés de l’Université sur le moral des professeurs du second degré auprès de 400 sondés.

(4) José-Mario Horenstein est psychiatre au Centre de santé mentale et de réadaptation des personnels de l’Education nationale de la MGEN.

(5) Depuis la rentrée 2010, Luc Chatel propose aux enseignants un nouveau pacte de carrière, qui repose sur une revalorisation du métier d’enseignant et une meilleure gestion des ressources humaines.

  • Pour en savoir plus : un article sur la souffrance au travail sur le site de la CGT ADDSEA de Besançon

Agenda

<<

2019

 

<<

Novembre

 

Aujourd'hui

LuMaMeJeVeSaDi
28293031123
45678910
11121314151617
18192021222324
2526272829301
Aucun évènement à venir les 3 prochains mois

Sites favoris


1 site référencé dans ce secteur

Brèves

Justice - La taxe de 35 euros enfin supprimée

dimanche 4 août 2013

L’instauration d’un timbre fiscal de 35 €, décidée par le Gouvernement en 2011 et applicable depuis octobre 2011, pour toutes instances introduites devant les juridictions civiles, sociales, administratives et prud’homales, remet en cause l’accès au juge pour des milliers de salariés.

Comme nous l’avions prévu, cette taxe a entraîné une baisse conséquente des contentieux judiciaires, nombreux justiciables ayant renoncé à leur droit.

12 organisations, à l’initiative de la CGT se sont prononcées contre cette taxe. Après des mois de lutte nous avons enfin été entendus.

Christiane Taubira, Garde des sceaux, Ministre de la Justice, a annoncé, le 23 juillet 2013, la suppression, dans le projet de loi de finances pour 2014, de cette taxe.

Nous nous félicitons de cette décision obtenue grâce aux multiples manifestations dont une pétition nationale.

Montreuil, le 29 juillet 2013

Motion de la CGT Renault Cléon à propos de la défense des retraites

mardi 25 juin 2013

Texte de la motion votée à l’unanimité par la Commission exécutive du Syndicat CGT Renault Cléon à propos de la mobilisation contre la prochaine réforme des retraites.
Dès la fin septembre – début octobre, le gouvernement soumettra au parlement un projet de loi modifiant les conditions de départ à la retraite et abaissant le niveau des pensions des retraités, aggravant les effets de la réforme imposée par le gouvernement Sarkozy en 2010.
Ce qui laisse très peu de temps pour construire un rapport de force suffisant pour imposer l’abandon de ce projet de réforme.
Réuni en Commission exécutive, ce vendredi 21 juin, le syndicat CGT Renault Cléon appelle le bureau confédéral de la CGT :

  • à proposer dès le début juillet une première date de mobilisation nationale pour les premiers jours de septembre
  • à inscrire très clairement cette première date de mobilisation dans la perspective d’un blocage de l’économie, à la différence de la stratégie qui a conduit à l’échec de la mobilisation pour les retraites de 2010.

Voté à l’unanimité des 28 membres présents de la Commission exécutive

Projet de loi sur l’égalité femmes/hommes Pour la CGT le compte n’y est pas

mercredi 12 juin 2013

La Ministre des droits des femmes a présenté ce lundi en conseil supérieur pour l’égalité professionnelle le projet de loi pour l’égalité entre les femmes et les hommes. La CGT considère que ce projet de loi doit être un levier historique pour enfin atteindre l’égalité réelle entre les femmes et les hommes et sera particulièrement exigeante quant à son contenu.
Lire la suite du communiqué de la Confédératio}

Garantie Individuelle de Pouvoir d’Achat (GIPA) 2013

mercredi 8 mai 2013

Consultez, ci-contre, la fiche de calcul de la GIPA versée en 2013 réalisée par la CGT Fonction Publique. Cette fiche permet à tou
un chacun de savoir s’il a droit à la GIPA et, si oui, quel en sera le montant. La fiche permet aussi decalculer la perte réelle hors GVT (« glissement vieillesse-technicité ») subie par tout agent de la Fonction Publique.

Les inégalités se creusent entre retraités

mercredi 24 avril 2013

Le niveau de vie des seniors est proche de celui des actifs. Les pensions des jeunes retraités progressent plus vite. Les revenus du patrimoine accentuent les écarts.
Lire la suite sur le site des Echos

Notre fiche de paie finance la Protection Sociale

jeudi 12 juillet 2012

Sur mon salaire brut on me prélève différents pourcentages, à mon employeur aussi : C’est le financement de « Notre protection sociale ». Toutes ces cotisations assises sur mon salaire vont dans le « pot commun » et quand j’ai un problème, je bénéficie de droits. C’est le salaire Socialisé. Les cotisations permettent d’assurer la protection sociale de TOUS car nous sommes tous des assurés sociaux ! C’est la solidarité
Lire le tract de la CGT Organismes sociaux

L’enseignement agricole veut « crever l’abcès » de la précarité

mardi 3 juillet 2012

A la veille d’une rencontre avec le nouveau ministre de l’agriculture, six syndicats de l’enseignement agricole font démarche commune pour obtenir un plan de titularisation des contractuels correspondant aux besoins et sortir des agents de la grande pauvreté liée à des statuts parfois illégaux.
Lire la suite sur le Café pédagogique

NouveVidéo : M. et Mme Pognon ne payent pas beaucoup de taxe d’habitation.lle brève

jeudi 29 décembre 2011

Retrouver M. et Mme Pognon avec le paiement de leur taxe d’habitation. Comme toujours, ils trouvent cela bien trop cher, et pourtant...
Voir la vidéo sur le site de la CGT Finances