RYTHMES SCOLAIRES : ET MAINTENANT ?

samedi 18 mai 2013
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Début avril, V. Peillon dressait un bilan des communes qui allaient appliquer la réforme des rythmes scolaires dès la rentrée 2013. Et le résultat est douloureux pour le ministre. Lui qui estimait qu’au moins la moitié des élèves français « bénéficierait » de cette réforme dès 2013 a dû revoir ses pronostiques à la baisse, et très largement. En effet, seulement 18.6% des écoles entreront dans ce dispositif, soit environ 1 élève sur 5. En s’attardant sur les chiffres, on se rend compte que l’implication ou non des communes est très variable : aucun élève ne changera de rythme dans le Val-de-Marne ou les Hauts-de-Seine, moins de 1 % dans les Bouches du Rhône, 2,6 % dans le Rhône, 3,5 % dans les Alpes-Maritimes, alors qu’ils seront 98 % en Ariège, 80 % en Haute Garonne, 84 % dans les Deux Sèvres ou 79,5 % dans les Landes. Cette disparité se trouve même parfois dans une même académie : en Bourgogne, la réforme s’appliquera pour 67 % des élèves dans la Nièvre contre 31 % en Côte d’Or, 22 % dans le département de Saône et Loire et seulement 12 % dans l’Yonne !

Au-delà de ces chiffres, avec lesquels chacun joue pour en tirer avantage, il est indéniable que la réforme proposée n’a pas fait recette. Après avoir mis de côté les communes de « droite » qui se sont opposées par principe à une réforme venant des socialistes, il est intéressant d’analyser le positionnement des communes se revendiquant de la majorité présidentielle pour comprendre les réticences et les freins à l’application d’une telle réforme. Parmi les grandes villes socialistes passant dès 2013, on compte notamment Paris, Dijon, Rennes, Tours, Grenoble, Metz, Limoges, Nantes ou Brest. Paris était emblématique pour le Ministre et son maire, Bertrand Delanoë a accouru au secours du gouvernement pour mettre en place la réforme dès 2013 malgré de très fortes oppositions et mobilisations des personnels, enseignants et non enseignants. Il est même cocasse de constater que la semaine scolaire Delanoë est dérogatoire au projet ministériel puisqu’il maintient deux journées de 6 heures dans la semaine ! Ainsi, pour les élèves, notamment ceux de maternelle, dont on nous dit qu’il leur faut de la stabilité, de la régularité dans les emplois du temps quotidiens, on aura trois types différents d’organisation horaire sur les cinq jours de la semaine (lundi et jeudi : 6 heures de classe ; mardi et vendredi, 4h30 de classe et mercredi 3h de classe) !!! Le DASEN valide le PEdT parisien, alors même que les 2/3 des IEN sont très critiques, voire carrément opposés au projet !

Toulouse et Poitiers, elles, n’ont jamais appliqué la réforme Chatel. Le plus intéressant vient du fait que Lille, Lyon ou Montpellier aient repoussé à 2014… Cela aurait dû interpeller V. Peillon. En effet, comment comprendre ce report de la part de Lyon alors que ses élus militaient, lors de la Refondation de cet été, pour un retour rapide aux 4,5 jours et un élargissement du champ éducatif municipal dans le périmètre scolaire ? Il est clair que la question des coûts, sous toutes leurs formes (ramassage scolaire et cantine le mercredi, activités durant les heures libérées par le raccourcissement des journées), mais également la lourdeur de la mise en place en 6 mois sont autant de repoussoirs pour les grosses collectivités. En milieu rural, comment envisager de tout construire lorsqu’il faut trouver des personnels qualifiés ou des locaux à aménager ? Il est aujourd’hui évident que les communes et les parents n’adhèrent pas à cette réforme qui, sous couvert d’aider les élèves, se fait au détriment du caractère national de l’Éducation, au détriment des collectivités territoriales et au détriment des familles et des enfants.

Depuis des semaines, les enseignants ont été montrés du doigt et accusés de tous les maux par certains élus socialistes, journalistes ou « spécialistes », alors qu’ils n’ont pas été les seuls dans la protestation. Leur mobilisation et leurs explications ont permis le plus souvent de faire prendre conscience des dangers de cette réforme et des conséquences néfastes pour les enfants. Ils ont été nombreux à se mettre en grève contre cette réforme.

La CGT Éduc’action dénonce toujours une réforme injuste et inefficace.

  • Cette nouvelle organisation du temps scolaire n’aura aucun bénéfice sur la fatigue des enfants en fin de semaine ni sur le combat de l’échec et des difficultés scolaires. Les jours et les semaines des élèves en dehors de leur maison resteront toujours aussi chargés (partir avant 8h30 et rentrer après 17h30). Il faut d’abord combattre les vraies raisons de la fatigue des élèves : les classes surchargées, le temps en collectivité très long, l’ennui des apprentissages (issus des programmes indigestes de 2008) vides de sens.
  • La CGT Éduc’action demande la réécriture des programmes. Il faut aussi réfléchir à un projet de société et à l’organisation du temps de travail des parents.
  • Pour les enseignants, ce sont de nouveaux sacrifices exigés : augmentation de l’amplitude horaire (davantage de temps contraint), fatigue supplémentaire, nouvelles dépenses sans contrepartie salariale…
  • Pour les communes, c’est l’obligation d’engager des dépenses nouvelles et considérables en se substituant aux devoirs de l’Éducation nationale. Les inégalités territoriales, déjà fortes, vont s’aggraver.

La CGT Éduc’action demande 

  • que la réforme des rythmes Peillon soit abrogée et qu’une nouvelle et large concertation soit immédiatement engagée avec l’ensemble des acteurs de l’École.
  • la suppression des APC.
  • que le temps de présence des élèves dans une classe (26h) soit déconnecté du temps de cours des enseignant-es (18h). C’est l’assurance d’un travail d’équipe mené dans chaque école pour le bien-être de tous (élèves, enseignant-es).
  • que toute modification des rythmes scolaires s’accompagne d’une amélioration des droits et des conditions de travail des personnels.
  • que ces modifications garantissent la réelle gratuité de l’école et le cadrage national de ces rythmes.

Le chantier est lourd et les effets d’annonces ou les mesures précipitées ne sont pas de vraies réponses.

Ensemble, construisons une École qui garantisse la réussite de tous-tes.

Ensemble, maintenons la pression sur le gouvernement et le ministre pour qu’une autre politique d’Éducation soit appliquée.

... et en Seine-Maritime ?

Dans notre département, comme partout ailleurs, au delà des communes de « droite » qui se sont opposées par principe à une réforme venant des socialistes, les communes de Oissel, de Grand-Couronne mais aussi de Dieppe, d’Arques la Bataille, de Notre Dame de Gravenchon, du Tréport... ont décidé de reporter l’application de la réforme en 2014, suite à la mobilisation des enseignants, mais aussi des parents, des salariés des associations culturelles, sportives et artistiques. Ainsi, si près de 29% des élèves subiront les effets de la réforme dès 2013, seulement 13% des communes (77 sur 585 communes) qui ont une école la mettront en place. C’est la cas, notamment, des villes de Rouen et de Grand-Quevilly (Ministres obligent...) et des communes essentiellement socialistes de l’agglo de Rouen (Sotteville lès Rouen, Petit-Couronne, Elbeuf, Maromme, Cléon, St Pierre lès Elbeuf, Le Petit-Quevilly, Déville lès Rouen...) et celle de St Etienne du Rouvray (!).
Mais dans quelles conditions ! Cela s’est fait sans réelle concertation, et souvent contre l’avis des parents et des enseignants. Les questionnaires proposés par ces collectivités étaient très orientés éludant purement et simplement la question du report. Parfois, la concertation a été réduite à néant, les parents et les enseignants l’apprenant par voie de presse ou au détour d’un article dans le bulletin municipal qui annonçait la décision.
Mais comme nous le dénoncions, cette réforme est le cheval de Troie de la décentralisation de certaines des missions de l’Education Nationale. Ainsi à Grand-Quevilly, les enseignants ont d’ores et déjà reçu un courrier de la municipalité les invitant à se porter volontaires (contre paiement d’heures complémentaires) pour encadrer des activités dans le cadre des Activités Pédagogiques Complémentaires (APC) du Projet Educatif de Térritoire (PedT). Et ils ont pu découvrir que ces activités ressemblait comme deux gouttes d’eau à des enseignements. Dans certaines communes rurales, ce sont les personnels municipaux qui devront effectuer cet encadrement en plus de leurs heures de travail sans qu’ils aient leur mot à dire ! L’inégalité territoriale sera non seulement encore plus renforcée, mais la qualité des activités risque aussi d’en pâtir. Qui peut penser qu’à Esclavelle ou Touffreville la Corbeline (lieu sympathique mais avec peu d’équipement sportif et où le tissu associatif artistique et culturel est assez réduit), il sera proposé des activités de même nature qu’à Rouen ou plus simplement Yvetot ?


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Brèves

Mouvement 2019 des personnels ATSS :

samedi 22 décembre 2018

Mouvement inter-académique des AAE et des SAENES :
La saisie des voeux doit se faire du 11 décembre 2018 au 8 janvier 2019. La CAPN des SAENES aura lieu le 19 mars 2019, et celle des AAE le 21 mars 2019.

Mouvement à gestion déconcentrés ADJAENES
la pré-inscription se fera du 10 janvier 2019 au 7 février 2019. Le reste du calendrier sera en fonction des académies demandées.

Mouvement à gestion déconcentrés des ATRF
la pré-inscription se fera du 10 janvier 2019 au 7 février 2019. Le reste du calendrier sera en fonction des académies demandées.

La pédagogie Nutella ou le collège 2016... vu à la TV !

lundi 20 avril 2015

La réforme du collège 2016 agite le Landerneau enseignant depuis quelques semaines. Elle inquiète aussi à juste titre les parents qui se demandent bien ce que ledit collège réformé fera avec leur progéniture.

Pour rassurer tout le monde, la télévision publique nous montre à quoi ressemblera le collège 2016, dans deux reportages successifs. En effet, le collège réformé s’inspire de dispositifs innovants qui existent déjà dans quelques établissements expérimentaux.

Alors savourons cet avant-goût du collège nouveau...

Lire la suite sur le site La Vie Moderne

Chatel : "Certaines mesures vont dans le bon sens"

lundi 20 avril 2015

C’est le spécialiste des réformes destructrices Chatel qui ont mis à mal le lycée général et liquidé la voie STI qui nous le dit.
On constate facilement où Vallaud-Belkacem trouve son inspiration !

"Que les conservateurs tombent les masques !"

lundi 20 avril 2015

Voici le titre de l’interview de Vallaud-Belkacem au très réactionnaire journal Le Point.
Notre seule réponse à NVB : "Que les néo-libéraux tombent également le masque !"

4 pages spécial Retraités de la FERC

samedi 31 août 2013

Au sommaire : Conférence de l’UFR... les retraités à l’offensive ! - Quelle UFR, quelle structure ? - Place des retraités dans la CGT - Continuité syndicale et renforcement - Impressions croisées
Télécharger le 4 pages

Au sujet des dépenses scolaires…

jeudi 22 août 2013

Chaque année, à l’approche de la rentrée, on retrouve dans les médias des articles plus ou moins bien renseignés sur les "dépenses de la rentrée des classes". Je les parcours toujours avec un peu d’agacement quand ils mettent en avant les nouveaux cartables, les vêtements, les classeurs, les crayons et les compas, les garderies et les cantines.
Parler de ces frais là, c’est évoquer l’arbre pour cacher la forêt. Les cartables et les compas durent facilement plusieurs années et les vêtements ne me semblent pas être une dépense scolaire : mes filles iraient-elles nues si l’école n’existait pas ? Idem pour la cantine : il faut manger même en dehors de l’obligation scolaire. Admettons pour la garderie des petits. Ce qui m’interpelle, ce sont les frais dont on parle moins et qui pourtant jalonnent bien le parcours scolaire des jeunes.
Lire la suite sur le site de l’Ecole démocratique

Ecole élémentaire : en France, le nombre d’élèves par enseignant supérieur à la moyenne OCDE (Depp)

vendredi 16 août 2013

Selon la revue "L’Éducation natio­nale en chiffres" de la Depp, le taux d’encadrement dans les écoles élémen­taires fran­çaises se situe en des­sous de la moyenne des pays de l’OCDE.
Le taux d’encadrement dans les écoles élémen­taires fran­çaises est en des­sous de la moyenne des pays de l’OCDE, selon la revue "L’Éducation natio­nale en chiffres" éditée par la Depp et parue en juillet 2013.
Dans les pays de l’OCDE, le nombre moyen d’élèves par ensei­gnant était à ce niveau de 15,4, en 2011 contre 18,4 en moyenne en France.

Loire-Atlantique / Rythmes : lettre ouverte des UD CGT, FO, FSU et Solidaires au DASEN et aux 26 maires de Loire-Atlantique appliquant la réforme en 2013

samedi 29 juin 2013

Depuis plusieurs mois, nos organisations syndicales ne cessent de dénoncer la précipitation et les dangers contenus dans la réforme des rythmes scolaires. Si les appréciations de nos syndicats respectifs peuvent diverger sur l’analyse de la loi Peillon et de son volet sur les rythmes scolaires, cela ne nous empêche en rien de partager nombre de points de vue sur les effets néfastes de cette réforme. Les propos volontaristes des municipalités ayant décidé de s’engager dès septembre 2013 dans la mise en œuvre du pan de réforme sur les rythmes ne résistent pas à un l’examen pragmatique. Pour notre part cette réforme relève plus d’un projet politique portant sur la territorialisation de l’École que sur les effets bénéfiques pour les enfants et les familles.
L’intention gouvernementale affiche une volonté de servir la réussite scolaire des élèves. Nous pensons qu’il y a loin du discours à une réalité qui malmène aussi les personnels concourant aux rythmes éducatifs des enfants. Les campagnes de communication politiciennes ne peuvent dissimuler les malaises grandissant autour de la rentrée 2013 précipitée.
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