Education : le niveau des élèves baisse, celui des « pédagogistes » aussi !

mercredi 10 juillet 2013
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Un article de Marianne

C’est étrange comme les commentaires se raréfient à mesure que s’accumulent les études sur le niveau en chute libre des performances scolaires. Après des résultats alarmants dans les disciplines scientifiques et en Français - l’étude Pirls attestait il y a quelques mois d’un effondrement de la capacité de lecture des écoliers français qui descendent à la 29ème place sur 45 pays - voilà qu’une nouvelle enquête révèle leur niveau désastreux en histoire-géographie.

Cette fois-ci, il ne s’agit pas d’une enquête internationale comparant les élèves français à ceux d’autres systèmes éducatifs en Europe ou dans le monde, mais d’une étude franco-française analysant la dégradation du niveau des élèves français par rapport à celui de leurs précurseurs d’il y a seulement six ans.

Les statisticiens du Ministère de l’Education nationale ont en effet comparé les résultats de 2012 et de 2006 d’une série de tests auxquels ont été soumis 6000 élèves de fin de primaire et 5000 collégiens dans le cadre du « Cycle des évaluations des compétences disciplinaires réalisés sur échantillons » (Cedre). Conclusion : « affaiblissement de l’assimilation par les élèves d’une culture scolaire géographique et historique qui ne peut s’expliquer par un changement de programme ».

Dans la novlangue du mammouth cela veut dire que les changements frénétiques de programmes, qui permettent souvent aux éducocrates du Ministère de s’en tirer en expliquant que les comparaisons de niveau sont impossibles, ne peuvent pas être invoqués dans cette étude. Il n’est donc pas possible de masquer que la part des élèves qui ne savent proprement rien en histoire géographie (ceux qui ont « du mal à interpréter des informations auxquelles ils ne peuvent le plus souvent donner sens », comme l’expliquent avec tact les enquêteurs) s’accroit de 15 à 20%.

Tandis que « la proportion d’élèves dans le groupe de niveau le plus élevé diminue fortement, passant de 10% à 6% ». Proportion équivalente à celle des écoliers qui, en français, maitrisent encore une « compréhension approfondie des textes » et qui ne sont plus aujourd’hui que 5%. Pour ajouter à l’analyse du désastre, l’étude précise que chez les élèves du niveau le plus bas, la nullité des acquisitions en histoire-géographie s’explique souvent par la non maitrise du français, tandis que ceux qui font partie du niveau le plus élevé s’en sortent surtout par des « connaissances culturelles personnelles ».

Ce qui surprend le plus à l’annonce de ces nouveaux résultats, après bien d’autres, c’est donc le silence pesant de ceux qui depuis deux décennies bondissaient de leur donjon pour réfuter avec aplomb les rabat-joies et les réactionnaires s’inquiétant de la dégradation des performances du système éducatif français. Où sont donc passé les Mérieu, Baudelot, Establet, Dubet, Wierviorka, Pennac (dont l’éloge des cancres a ravi les beaux quartiers) qui non seulement niaient toute dégradation, mais expliquaient souvent que l’on ne comprenait rien et qu’au contraire le niveau ne cessait de « monter ».

Les seuls problèmes s’expliquaient, selon les uns et les autres, pas la « lourdeur des programmes », « l’absence d’équipement numérique », la « violence des notes », sans oublier « l’obsession du classement qui stigmatise des élèves qu’il enferme dans une spirale d’échec » et provoque la « fissuration de l’estime de soi et la détérioration des relations familiales, souffrance scolaire ». A défaut de supprimer les notes, ils recommandaient de les adoucir et d’abaisser le niveau des examens, ce qui est devenue la ligne du ministère depuis des années, au prix d’un bidouillage à la hausse des notes du baccalauréat sous couvert d’« harmonisation ».

Alors que le désastre de cette baisse dramatique de niveau provoqué par trente ans de réformes qui ont obéi à leurs lubies n’est plus contesté, qu’il commence à être admis, mesuré, évalué, qu’il laisse impuissants les pouvoirs publics et malheureux les enseignants qui sont de plus en plus nombreux à en faire en première ligne le douloureux bilan, que disent les enragés du « pédagogisme » ? Rien, pour la plupart, ils se taisent.

Il est vrai que la situation s’est un peu compliquée pour eux. Alors qu’ils conservent une emprise pesante et routinière sur le discours de la plupart des technocrates du Ministère de l’Education qui continuaient à mouliner la comptine du « niveau qui monte », Vincent Peillon est le premier ministre de l’Education a avoir rompu avec ces sornettes en prenant la décision historique de reconnaître que les choses vont mal et que « les résultats des élèves français sont de plus en plus mauvais ». Une révolution.

Et ils sont aussi sous le coup d’un autre choc, la désertion d’Antoine Prost, grand historien du système éducatif, ancien conseiller de Michel Rocard, qui fut longtemps un des papes du pédagogisme, ferraillant pendant des années avec les affreux pessimistes traités de « républicains ».

Antoine Prost vient en effet de reconnaître subitement le désastre scolaire qu’il niait jusqu’ici : « Soyons sérieux, nous prétendons vouloir que nos enfants apprennent plus et mieux et nous avons fait jusqu’ici tout ce qu’il fallait pour qu’ils apprennent moins, et moins bien. Les élèves ne passent pas plus de temps en classe aujourd’hui en cinq années d’école primaire qu’ils n’en passaient en quatre ans il y a une génération. C’est comme si l’on avait obligé tous les élèves à sauter une classe. Nous avons organisé l’échec ».

L’on aimerait que les autres thuriféraires du « niveau qui monte » sortent pareillement de leur silence. L’autocritique n’est-elle pas une des bases de la (vraie) pédagogie ?


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Sur le Web : Le Café Pédagogique

Québec - La question épineuse du redoublement

mercredi 15 juillet 2009

L’interdiction du redoublement passée dans les mœurs scolaires québécoises pèse lourd sur le niveau des élèves qui entrent au secondaire
« Plusieurs élèves passent au secondaire sans avoir les acquis et je ne parle pas de petites faiblesses. Je parle de graves lacunes. » Cette parole d’enseignants n’est pas rare car ils commencent à récolter les – mauvais - fruits d’une réforme dont le maître mot est : pas d’échec possible. Même si l’interdiction du redoublement n’est pas officielle, elle est passée dans les faits. 2% seulement des élèves redouble la sixième année de primaire (l’année qui précède l’entrée en secondaire ou collège dans le système français). Mais à force de faire passer des enfants en échec scolaire sans les aider, la situation est devenue difficile en première année de cycle secondaire. Une des conséquences de cette baisse de niveau est le départ des bons élèves dans le privé : 30% des élèves choisissent des établissements secondaires dans le secteur privé ou dans les écoles élitistes du public. Résultat : les établissements normaux se retrouvent avec une forte concentration d’élèves en difficulté. Pour enrayer la spirale des lacunes et de l’échec scolaire, les spécialistes appellent à se concentrer sur la lecture, quitte à réduire le volume horaire d’autres disciplines. L’apprentissage de la lecture est un bon moyen pour repérer les failles dans les mécanismes d’apprentissage.
La Presse, www.cyberpresse.ca, 22 juin 2009

J’ai 17 ans et je suis exclu car j’ai fait blocage contre Darcos

mardi 7 juillet 2009

Ce lundi matin, une élue parisienne, Danielle Simonet, conseillère de Paris (Parti de gauche), alertait par un e-mail très viral sur le sort de Tristan Sadeghi, lycéen tout juste sorti de classe de première, à qui son proviseur refuse l’inscription en terminale. Sauf s’il s’engage par écrit à ne plus participer à des manifs ou des blocages, tels que ceux qui ont émaillé l’année, au lycée Maurice-Ravel, dans le XXe arrondissement comme ailleurs.
Rue89 a proposé à ce jeune élu représentant au conseil de la vie lycéenne de raconter son histoire, alors que la mobilisation autour de son cas commence à prendre.

Royaume-Uni : parents et élèves au rapport

mardi 7 juillet 2009

À partir de la rentrée prochaine, un nouveau mode d’inspection des établissements scolaires sera lancé en Angleterre : les parents et les élèves seront mis à contribution pour classer les écoles et ainsi, décider du déplacement éventuel d’un inspecteur. L’année dernière, 600 établissements scolaires avaient été épinglés pour ne pas avoir atteint les résultats escomptés alors que l’organisme d’inspection les avait très bien notés. Désormais, les parents et leurs enfants rempliront des questionnaires qui permettront de définir le niveau des écoles. Les meilleures d’entre elles seront inspectées tous les 5 ans (au lieu de tous les 3 ans actuellement). Les autres auront droit à des visites surprises plus fréquentes des inspecteurs. Une décision qui ne fait pas l’affaire des enseignants : leurs représentants dénoncent un manque de confiance dans les écoles et redoutent de faire l’objet d’une observation accrue dès la rentrée.