Grève victorieuse au lycée Marcel Cachin (Saint-Ouen) contre le licenciement de trois surveillantes étudiantes étrangères

mercredi 25 septembre 2013
popularité : 2%

Nous reproduisons ci-dessous le témoignage de deux des jeunes précaires qui étaient sous menace de licenciement. Elles racontent pas à pas la lutte qui, grâce à la solidarité de toute la communauté éducative du lycée, a permis d’obtenir une victoire et reconduire leurs contrats de travail.


Nous sommes trois étudiantes étrangères à travailler dans le lycée Marcel Cachin à Saint-Ouen en tant qu’assistantes d’éducation (AED), avec des contrats précaires. Chaque année, nos titres de séjour expirent autour du mois de septembre/octobre. Étant donné que les inscriptions à l’université (étape nécessaire avant de demander le rendez-vous à la préfecture pour le renouvellement) se font d’habitude plus tard, il existe toujours une période (de 2 à 3 mois) pendant laquelle nous n’avons pas de titre de séjour du tout. Cette situation d’instabilité s’ajoute à nos conditions déjà précaires d’étude et de travail. On travaille toutes les trois depuis plusieurs années au lycée et depuis trois ans on refusait de nous faire des contrats pour toute l’année. Nous étions donc amenées à travailler sans contrat (c’est-à-dire sans être payées) pendant cette période où nous n’avions pas encore le nouveau titre de séjour, et une fois le titre renouvelé, le lycée nous faisait un contrat rétroactif. Cependant, cette année ils nous ont carrément dit qu’une fois notre contrat fini et notre carte de séjour expirée, on devait rentrer chez nous... C’est à dire qu’ils avaient décidé de nous licencier !!! Ces licenciements pouvaient avoir des conséquences très graves, comme par exemple des difficultés pour renouveler les titres de séjour puisque pour ce faire, la préfecture nous demande une attestation de revenus (bulletin de salaire et nouveau contrat). Ce changement de politique visant probablement à rendre de plus en plus difficile l’embauche des étudiant-e-s étranger-e-s dans l’éducation nationale.

Préparation de la riposte : souder toute la communauté scolaire en soutien aux précaires !

Dès qu’on a appris les plans de la direction, on a commencé à contacter les enseignants syndiqués (au SNES, à la CGT et à Sud Educ) et on est allé voir le proviseur ensemble. Le problème pouvait se régler « assez facilement » : il fallait faire pression sur le rectorat et la préfecture pour qu’ils avancent nos rendez-vous ou qu’ils nous délivrent des récépissés (chose qu’ils ne font plus pour les étudiant-e-s étranger-e-s du 93...). Nous avons également rédigé une pétition en notre soutien pour sensibiliser les enseignants et le personnel du lycée (agents, vie scolaire, etc) sur notre cas. Nous nous sommes adressés en particulier aux enseignants des matières professionnelles (ateliers), qui ne se mobilisent quasiment jamais mais qui, étant pour la plupart d’origine étrangère, ont été assez sensibles à notre situation. Ceci a été très important car ces enseignants, ont beaucoup de poids dans le lycée, puisqu’ils gèrent les relations avec les entreprises où les élèves font les stages et qui financent une partie du budget du lycée.

Nous avons également commencé à en parler aux élèves qui ont décidé d’écrire leur propre pétition. Très vite, l’ambiance dans le lycée a commencé à changer, on recevait des commentaires et des mots de soutien tout au long de la journée. Les signatures pour les pétitions tombaient les unes après les autres, jusqu’à atteindre plusieurs centaines. Mardi et mercredi, les élèves rentraient dans le bureau de la vie scolaire en groupe et ce pendant toute la journée pour dire « je veux signer la pétition » et même pour prendre des feuilles à faire signer par leurs classes entières !

Mardi 17 septembre, nous avons organisé une heure syndicale pour discuter de l’action à mener. Plus d’une cinquantaine d’enseignants étaient présents, ce qui est assez exceptionnel ! Il y avait un sentiment général de révolte contre cette injustice et un élan de solidarité envers nous. Cela s’ajoutait à un mécontentement général par rapport aux conditions de travail qui se dégradent, et la direction n’arrangeant pas les choses avec son attitude arrogante et méprisante. A l’heure syndicale nous avons donc proposé de nous saisir de la journée de grève de l’éducation nationale dans le 93, tout en ayant comme revendication principale de stopper nos licenciements.

On a donc décidé de nous mettre massivement en grève et d’empêcher la tenue des cours si le proviseur n’apportait pas une solution avant le lendemain soir. Plusieurs enseignants se sont engagés à être à l’entrée du lycée dès 7h45 pour expliquer aux élèves ce qui se passait et leur proposer de se joindre au mouvement !

De leur côté, les élèves continuaient à faire tourner l’information et leur pétition et se voyaient déjà comme partie prenante du mouvement. Quelques-uns des élèves les plus difficiles du lycée venaient nous voir pour nous dire que même s’ils arrivent souvent en retard pour les cours, ils seraient à l’heure pour nous soutenir le jour de la grève. Ils commençaient aussi à ajouter leurs propres revendications, notamment par rapport à leurs emplois du temps (manque de salles, journées trop longues avec 9h de cours, pas assez de temps pour manger, etc).

Grève totale le 19 septembre contre les 3 licenciements !

En arrivant au lycée e 19 au matin, nous retrouvons le proviseur et la proviseur adjointe aux grilles du lycée, accompagnés d’équipes mobiles de sécurité (des vigiles !) pour empêcher tout blocage et faire tourner le lycée sans les surveillants... Mais, manque de pot : les enseignants et le groupe d’environ 300 élèves venus sont avec nous et personne ne traverse la porte du lycée ! Des prises de parole se succèdent, les profs, le personnel de la vie scolaire, les CPE... Les élèves scandent : « on veut sauver nos surveillants, on veut changer l’emploi du temps ! » Un des moment les plus forts a été lorsque les agents de nettoyage ont marché tous ensemble vers l’extérieur du lycée sous les yeux du proviseur pour nous rejoindre à coup d’applaudissements.

A l’arrivée de la police, malgré l’installation d’une barrière par les élèves pour bloquer la rue et quelques jets de pierre, on a réussi à convaincre les élèves de ne pas se disperser et de ne pas tomber dans les provocations, en restant soudés devant le lycée. En assemblée générale, on décide de partir en manif à Saint-Michel pour rejoindre la manif de l’éducation nationale 93. Les élèves ne venant pas à la manifestation rentrent chez eux. Le proviseur est dégoutté, le lycée est fermé, la grève est un succès !! ?Une demi-heure après qu’on soit partis du lycée, le proviseur appelle pour dire que, finalement, la collègue qui allait être licenciée dès jeudi aurait son rendez-vous à la préfecture dès le lendemain matin pour obtenir un récépissé et que pour les deux autres, cela s’arrangerait dans la journée. ?Nous étions près de 50 à la manif sous la banderole de Marcel Cachin, la plus grande délégation et la seule à avoir des lycéens, qui cette fois-ci chantaient : « on a sauvé nos surveillants, il reste encore l’emploi du temps » !

S’appuyer sur des problématiques locales pour faire le lien avec la situation générale !

Ce qui est intéressant dans cette bagarre c’est le fait qu’à partir d’une problématique concrète on a pu faire le lien avec la situation plus générale et confluer avec la grève dans le 93 contre la dégradation des conditions de travail dans l’éducation nationale. Cette victoire a redonné le moral aux enseignants les plus militant-e-s et a eu aussi le mérite de faire bouger ceux qui ne sont mobilisés d’habitude ! Pour la plupart des élèves cela a été la première expérience de mobilisation et dès le lendemain on les entendait dire qu’il fallait organiser d’autres manifestations pour changer les choses qui ne vont pas dans le lycée. A suivre de près si cela peut déclencher un processus de politisation plus large dans un lycée dont les traditions de ce genre sont rares et où étudient 1200 élèves issus des couches les plus exploitées de tout le 93.

De plus, le fait que ça soit une lutte essentiellement pour défendre trois collègues précaires et étrangères, pour une question de licenciement et de papiers, dans un contexte où les idées d’extrême-droite et xénophobes commencent à avoir une influence dans les milieux populaires, où la politique du gouvernement conduit les travailleurs et les jeunes à avoir de moins en moins d’espoir dans l’avenir, ce n’est pas rien !! C’est une toute petite bagarre mais, à notre avis, elle a le mérite d’avoir donné confiance aux élèves, aux enseignants et au personnel du lycée pour dire que ça vaut le coup de se bagarrer et de faire grève ! A nous d’essayer de faire en sorte que cette lutte pose les bases et commence à créer les conditions d’une lutte plus globale !

22/9/2013.

(article extrait du site ccr4.org)


Agenda

<<

2018

 

<<

Novembre

 

Aujourd'hui

LuMaMeJeVeSaDi
2930311234
567891011
12131415161718
19202122232425
262728293012
Aucun évènement à venir les 3 prochains mois

Sites favoris


1 site référencé dans ce secteur

Brèves

La pédagogie Nutella ou le collège 2016... vu à la TV !

lundi 20 avril 2015

La réforme du collège 2016 agite le Landerneau enseignant depuis quelques semaines. Elle inquiète aussi à juste titre les parents qui se demandent bien ce que ledit collège réformé fera avec leur progéniture.

Pour rassurer tout le monde, la télévision publique nous montre à quoi ressemblera le collège 2016, dans deux reportages successifs. En effet, le collège réformé s’inspire de dispositifs innovants qui existent déjà dans quelques établissements expérimentaux.

Alors savourons cet avant-goût du collège nouveau...

Lire la suite sur le site La Vie Moderne

Chatel : « Certaines mesures vont dans le bon sens »

lundi 20 avril 2015

C’est le spécialiste des réformes destructrices Chatel qui ont mis à mal le lycée général et liquidé la voie STI qui nous le dit.
On constate facilement où Vallaud-Belkacem trouve son inspiration !

« Que les conservateurs tombent les masques ! »

lundi 20 avril 2015

Voici le titre de l’interview de Vallaud-Belkacem au très réactionnaire journal Le Point.
Notre seule réponse à NVB : « Que les néo-libéraux tombent également le masque ! »

4 pages spécial Retraités de la FERC

samedi 31 août 2013

Au sommaire : Conférence de l’UFR... les retraités à l’offensive ! - Quelle UFR, quelle structure ? - Place des retraités dans la CGT - Continuité syndicale et renforcement - Impressions croisées
Télécharger le 4 pages

Au sujet des dépenses scolaires…

jeudi 22 août 2013

Chaque année, à l’approche de la rentrée, on retrouve dans les médias des articles plus ou moins bien renseignés sur les « dépenses de la rentrée des classes ». Je les parcours toujours avec un peu d’agacement quand ils mettent en avant les nouveaux cartables, les vêtements, les classeurs, les crayons et les compas, les garderies et les cantines.
Parler de ces frais là, c’est évoquer l’arbre pour cacher la forêt. Les cartables et les compas durent facilement plusieurs années et les vêtements ne me semblent pas être une dépense scolaire : mes filles iraient-elles nues si l’école n’existait pas ? Idem pour la cantine : il faut manger même en dehors de l’obligation scolaire. Admettons pour la garderie des petits. Ce qui m’interpelle, ce sont les frais dont on parle moins et qui pourtant jalonnent bien le parcours scolaire des jeunes.
Lire la suite sur le site de l’Ecole démocratique

Ecole élémentaire : en France, le nombre d’élèves par enseignant supérieur à la moyenne OCDE (Depp)

vendredi 16 août 2013

Selon la revue « L’Éducation natio­nale en chiffres » de la Depp, le taux d’encadrement dans les écoles élémen­taires fran­çaises se situe en des­sous de la moyenne des pays de l’OCDE.
Le taux d’encadrement dans les écoles élémen­taires fran­çaises est en des­sous de la moyenne des pays de l’OCDE, selon la revue « L’Éducation natio­nale en chiffres » éditée par la Depp et parue en juillet 2013.
Dans les pays de l’OCDE, le nombre moyen d’élèves par ensei­gnant était à ce niveau de 15,4, en 2011 contre 18,4 en moyenne en France.

Loire-Atlantique / Rythmes : lettre ouverte des UD CGT, FO, FSU et Solidaires au DASEN et aux 26 maires de Loire-Atlantique appliquant la réforme en 2013

samedi 29 juin 2013

Depuis plusieurs mois, nos organisations syndicales ne cessent de dénoncer la précipitation et les dangers contenus dans la réforme des rythmes scolaires. Si les appréciations de nos syndicats respectifs peuvent diverger sur l’analyse de la loi Peillon et de son volet sur les rythmes scolaires, cela ne nous empêche en rien de partager nombre de points de vue sur les effets néfastes de cette réforme. Les propos volontaristes des municipalités ayant décidé de s’engager dès septembre 2013 dans la mise en œuvre du pan de réforme sur les rythmes ne résistent pas à un l’examen pragmatique. Pour notre part cette réforme relève plus d’un projet politique portant sur la territorialisation de l’École que sur les effets bénéfiques pour les enfants et les familles.
L’intention gouvernementale affiche une volonté de servir la réussite scolaire des élèves. Nous pensons qu’il y a loin du discours à une réalité qui malmène aussi les personnels concourant aux rythmes éducatifs des enfants. Les campagnes de communication politiciennes ne peuvent dissimuler les malaises grandissant autour de la rentrée 2013 précipitée.
Lire la suite

Coaching patronal au collège, sous l’œil attendri de France 2

mercredi 26 juin 2013

Mardi 18 juin, dans le 20h de France 2, après les 9 min inaugurales sur les inondations en France, et parmi les quelques miettes distribuées aux autres sujets (3 min sur le mouvement social au Brésil, 2 sur l’accueil des touristes à Paris), on retiendra un reportage d’anthologie, intitulé (sur le site de France 2) « Éducation : du coaching en ZEP » : 4 min 20 consacrées à l’intervention d’une cadre dirigeante dans un collège de « ZEP », pour appliquer, selon ses propres dires, les « méthodes d’entreprise » à l’école. 4 min 20 pour un « gros plan » qui « traite » un sujet sans (se) poser la moindre question, sans rien en dire sinon célébrer les vertus d’une initiative qui, avec d’autres, relève d’un entrisme entrepreneurial dans l’institution scolaire, du reste fort à la mode. Une initiative présentée sans contrepoint ni distance : un tel éloge relève-t-il encore de l’information ?
Lire la suite sur le site d’ACRIMED