Le projet de repères collège, un texte à rejeter

mercredi 25 septembre 2013
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par Amaury (Rouen)

Une vision méprisante des personnels

A la lecture des repères, on se fait une bien piètre image des professeurs de collège. Ces derniers pratiquent «  l’encyclopédisme » et « l’empilement et la reproduction des connaissances disciplinaires », utilisent la notation «  injuste, subjective, discriminante », font cours « pour des élèves qui sont à l’aise avec le système scolaire [ce qui est] générateur d’échec  ». Pour couronner le tout, ces enseignants sont « le plus souvent sans formation adéquate ». On a l’impression de lire la presse !

Il faut dire la vérité sur les professeurs des collège :

  • ce sont des personnels qualifiés, qualification garantie par l’existence de concours nationaux et disciplinaires de recrutement ;
  • ils exercent (ou aspirent à le faire) dans des conditions de plus en plus difficiles et pourtant ils essaient de faire progresser tous les élèves (on pourrait même ajouter que dans certaines classes, ce sont les meilleurs élèves qui ne reçoivent pas l’enseignement auquel ils auraient droit) ;
  • ils consacrent une bonne partie de leur temps de travail à évaluer les élèves de la façon la plus objective possible et jamais avec l’idée de discriminer ou d’être injuste.

Pour ce qui est de «  l’encyclopédisme », heureusement que le ridicule ne tue pas... en tout cas pour les rédacteurs de ces repères. Je vous laisse consulter les programmes sur Eduscol.

Cependant, on peut aussi trouver dans ces repères une certaine reconnaissance du travail des enseignants. Ils semblent nettement plus compétents que les autres pour faire face aux classes. Nos repères École revendiquent « aucune classe à plus de 20 élèves (15 élèves en ZEP) », nos repères lycées « des effectifs de classe limités à 24 élèves maximum, des groupes adaptés selon les besoins et une définition nationale des seuils de dédoublements par discipline ».
Le projet de repères Collège demandent des effectifs égaux à ceux du lycée et supérieurs à ceux de l’école élémentaire, le tout avec des dédoublements faits non pas avec des seuils nationaux mais « une enveloppe horaire [le] permettant  ». Allez savoir pourquoi ?

La CGT Educ’, dernier bastion du giscardisme ?

Il est assez pathétique de voir des repères de la Cgt se faire les champions de la loi Giscard-Haby (les mauvaises langues y ajoutaient à l’époque le nom du chef du CNPF Ceyrac) de 1975 qui a donné naissance au collège unique.

On se contente de reprocher à cette présidence de droite de n’ «  avoir voulu, ou su, définir, ce savoir, de programmer les moyens, ... ». Et on regrette que «  le collège unique n’a pourtant jamais été mis en place », donc que la loi Haby n’ait pas été totalement appliquée.

En réalité, la réforme Haby n’est pas une quelconque avancée sociale mais l’ancêtre du socle commun. Elle définissait un «  savoir garanti minimum », ce qui s’est traduit par le non-dédoublement des classes, la limitation des travaux dirigés, les réductions d’horaires de nombreuses disciplines, ...

Enfin, hypocritement, le texte évoque « les réticences de toutes parts ». Volontairement, il omet de dire que la CGT s’est fortement prononcée contre Giscard-Haby.
On ne peux s’empêcher de citer un livre de l’Institut d’histoire de la CGT (1990), La CGT et l’enseignement (pages 201-202) :

« Le projet est présenté publiquement le 12 février 1975. Le 13 la CGT condamne sans réserve : un projet marqué par la volonté de soumettre le système éducatif aux impératifs économiques d’une société en crise.
La CGT appelle donc à combattre ce projet destiné à adapter plus étroitement encore le système éducatif aux intérêts égoïstes des grands monopoles. Le CNPF lui, affiche sa satisfaction. […] C’est en définitive par 115 voix comprenant notamment le patronat, l’agriculture, FO, la CFTC, la FEN, contre 10 (le groupe CGT), et 15 abstentions (la CFDT et la CGC) que le projet d’avis a été adopté par le Conseil économique et social. Soulignons que ce projet d’avis ne mettait pas en cause les orientations fondamentales du projet
 ».

Une profonde remise en cause des décrets de 1950

Depuis 1950, notre temps de travail est uniquement défini par des maxima hebdomadaire d’heures de cours.
Les repères proposent, sans le dire, de détruire cette garantie, ce que les gouvernements successifs rêvent de faire depuis des décennies.

Le texte souhaite institutionnaliser ce que nous dénonçons dans un récent tract :

« on ne peut que constater chez les enseignants d’aujourd’hui un empilement de tâches situées dans plusieurs registres (pédagogique, administratif, juridique, vie scolaire) qui accaparent les personnels et qui ne relèvent plus directement de l’enseignement : réunions diverses et souvent stériles, tâches administratives diverses, projets innombrables et chronophages, rapports et documents exigés par la hiérarchie, etc.
Enfin, le nouveau management exhorte chaque enseignant à s’adapter. Il faudrait ainsi savoir en permanence innover, évoluer, relever des défis, s’acquitter de missions, atteindre des objectifs, monter des projets et évoluer de projet en projet, personnaliser sa pédagogie (même avec des classes dépassant les 30 élèves), se former tout au long de la vie, devenir un expert des TICE… 
 »

Cela se passe de commentaires.

La culture commune, un OVNI revendicatif ?

Face au socle commun, les repères mettent en avant une culture commune dont on ne connaît pas le réel contenu et la réelle définition.

Cette culture commune est une vieille utopie héritée de la IIIe République qui entend renforcer la sacro-sainte unité nationale et surtout effacer les frontières entre les classes.

Pour paraphraser ce que disait les syndicalistes de classe - il y a quelques décennies -, notre tâche doit plutôt consister à maintenir toujours bien délimitée la frontière entre les classes, à ne jamais l’estomper, à souligner toujours les principes qui existent, à rendre toujours plus aiguës les contradictions. Il faut donc refuser d’arrondir les angles vifs, de rejointoyer les fentes, d’atténuer et d’adoucir les contradictions de classes.


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