Des « Assises » pour enterrer l’éducation prioritaire

mardi 15 octobre 2013
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Aujourd’hui, la situation de l’éducation prioritaire est dramatique. Les élèves subissent la dégradation de leurs conditions d’étude : classes surchargées, diminution des heures de cours, suppression de moyens pédagogiques (RASED, dédoublements...), diminution des aides sociales, désorganisation des activités éducatives, manque de personnel dû aux suppressions de postes, … Les personnels subissent un dégradation importante des conditions de travail.
Avant des « Assises » interacadémiques qui auront lieu le 27 novembre à Rouen pour les académies de Rouen, Amiens et Paris (?!), des demi-journées de « concertation » sur l’éducation prioritaire se déroulent depuis quelques semaines dans les écoles et établissements.
Cette « concertation » se base sur le rapport « Évaluation de la politique d’éducation prioritaire ». Un des axes essentiels de celui-ci est clairement signifié : « Ne peut-on raisonnablement penser […] que la qualité de la pratique d’enseignement plus que l’effectif permet la réussite des élèves en milieu défavorisé ? » (p. 22).
Vous trouverez ci-dessous une rapide analyse de ce rapport ainsi que des propositions que porte la CGT Educ’action.

Feu sur l’éducation prioritaire
Le jugement porté est à charge : l’EP est présentée comme peu cohérente, sans ligne directrice réelle depuis 30 ans si ce n’est l’augmentation du nombre d’établissements ou d’écoles dans le dispositif. Il met en avant des résultats de l’EP globalement décevants et inégaux suivant les niveaux, académies et réseaux.
Les indicateurs laissent à désirer : maîtrise des compétences de bases en français et maths, en CM2 et 3éme, d’autres la lecture en CM1, l’orientation en fin de 3éme….
Pour proposer leurs leviers d’action, il est à noter que les rapporteurs ne se sont rendus que dans les réseaux qui donnent de bons résultats, ce qui apparaît comme un sacré biais en termes de méthodologie.

Moins de moyens
Forts en maths, les rapporteurs remarquent alors qu’en divisant par deux le nombre d’élèves dépendant de l’EP, on multiplierait par deux les moyens consacrés à ceux qui y resteraient. Il est ainsi clair que la réforme se fera à moyen constant et que la carte de l’EP devra être « resserrée ». Le rapport souligne d’ailleurs que la politique de l’EP devra se focaliser avant tout sur la maternelle et le primaire, et dans une moindre mesure sur les collèges (au prétexte que tout se joue en maternelle et en primaire). Les lycées ne sont jamais abordés dans le rapport (« car ils ne dépendent pas du socle »).
Il apparaît que les établissements sous la moyenne nationale de 40% de catégories défavorisées et 30% de boursiers n’auraient plus vocation à faire partie de l’EP. De plus, le rapport parle de progressivité possible des moyens alloués en fonction de l’écart avec ces moyennes.

Plus de hiérarchie
Le rapport insiste sur l’articulation « pédagogique » (« savoirs et savoirs faire ») et « éducatif » (« savoirs être »). Il estime que les deux ne sont pas suffisamment liés dans notre système et estime que l’existence de la vie scolaire, dans le second degré, fige la distinction et que le partage des tâches dans l’EP doit être repensé. Il partage à ce sujet les conclusions de l’Inspection Générale (IG) sur la « réussite » des préfets des études dans les établissements ECLAIR. Cela signifie la création d’une hiérarchie intermédiaire.
Le rapport met également en avant l’importance des chefs d’établissement, directeurs, IEN, IPR, coordonnateurs, préfets des études. Le rôle « décisif » du chef d’établissement est avancé pour créer un « projet » et une « culture d’établissement ».

Plus de tri social
Au niveau pédagogique, il s’agit de se recentrer autour des « fondamentaux » (oral, maîtrise de la lecture et de l’écrit : ce qui explique l’idée de focaliser les moyens sur l’école), avec un enseignement « centré sur les apprentissages scolaires » ainsi que sur le « socle » et les « compétences fondamentales ». C’est la logique du « socle commun » que nous combattons car il accentue la logique de tri social déjà bien présente.

Des statuts remis en cause
Le rapport propose une attaque en règle contre les conditions de travail des personnels : il propose dans les faits la destruction des garanties des décrets de 1950 avec le développement du temps de concertation et de son intégration dans les services.
Le rapport propose une « souplesse d’utilisation des horaires et des HS par les équipes enseignantes » qui « doit permettre tant sur l’année que sur la semaine de disposer de marges de manœuvre en fonction des besoins des élèves et afin de construire des temps utiles de concertation ». Bref, le remplacement à l’interne (comme de Robien) et l’annualisation des horaires.
Dans la même logique, le rapport défend l’idée de postes à profil « avec des tâches spécifiques », ce qui ressemble fortement à l’actuel dispositif ECLAIR.

Mise en concurrence
Il insiste ainsi sur la nécessité des liens avec les autres institutions (municipalités et départements, police), associations (périscolaire, aide aux devoirs, parents d’élèves…) via des partenariats. Le cadrage national doit en fait consister à aider à l’autonomie des équipes, avec la mise en place d’une « contractualisation spécifique qui porte sur les objectifs et les moyens » et associer les collectivités locales.

La « concertation » ne sert qu’à légitimer la politique de coupes budgétaires poursuivie par le gouvernement.
Il s’agit d’une réflexion à budget constant. Un grand nombre d’établissements et d’écoles risquent de sortir du dispositif, les lycées sont rayés de l’éducation prioritaire, l’importance des effectifs par classe est volontairement minorée.
Sur le pilotage, c’est pire, on a l’impression d’une volonté de faire de l’EP le laboratoire de la politique de libéralisation et de déréglementation que nous dénonçons : contractualisation, autonomie, chefs d’etablissements choisissant les équipes avec les postes à profil, horaires flexibilisés et annualisés, casse des statuts.

Pour maintenir et développer les ZEP La CGT Educ’action revendique

L’urgence est de mettre les moyens nécessaires pour l’éducation, notamment pour maintenir et développer les ZEP. Cela passe par :
► l’abandon de la réforme des rythmes scolaires,
► le recrutement massif de personnel tout en mettant fin à la précarité (titularisation de tous les précaires),
► la baisse significative du nombre d’élèves par classe (15 maximum), et le développement des RASED,
► l’abandon du dispositif ECLAIR, laboratoire de la déréglementation et de la casse des statuts
► la stabilisation des équipes avec le maintien et l’augmentation des primes et des salaires, et la diminution des compléments de services,
► l’affectation de deux CPE, au moins, dans tous les établissements de l’Education Prioritaire et renforcer les équipes de vie scolaire par des créations de postes et la consolidation des statuts (retour à un vrai statut d’étudiant-surveillant)
► le renforcement des équipes de santé et de service social (un-e assistant-e social-e / établissement prioritaire, un vrai réseau de médecine scolaire)
► la baisse du temps de service des enseignants pour permettre la concertation volontaire entre équipes et favoriser un meilleur suivi des classes et des élèves,
► le maintien des statuts des certifiés / agrégés (définis par les décrets de 1950) et des PLP, tout particulièrement à un service défini exclusivement en terme d’heures d’enseignement fixées au niveau national et assorties de maxima hebdomadaires,
► les tâches autres que l’enseignement doivent rester librement consenties, donner lieu à des décharges fixées selon des critères nationaux, mais en aucun cas être intégrées dans les obligations réglementaires de service car cela conduirait à une dénaturation du métier d’enseignant et à un alourdissement du service,
► la mise en place d’une formation initiale et continue de qualité,
► le développement de vrais moyens pour mettre en place la réelle gratuité,
► le retour à une véritable carte scolaire pour assurer la mixité sociale,
► la mise en place de critères sociaux objectifs pour classer ou non les établissements dans l’éducation prioritaire
► un système national de péréquation budgétaire compensant les défaillances et les inégalités entre collectivités territoriales
► la scolarisation effective des enfants de moins de trois ans dans des conditions adaptées
► une prise en charge des élèves non-francophones par des enseignants spécialisés, et la mise en place d’un accueil spécifique des élèves non-lecteurs en école et en collège


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Brèves

La pédagogie Nutella ou le collège 2016... vu à la TV !

lundi 20 avril 2015

La réforme du collège 2016 agite le Landerneau enseignant depuis quelques semaines. Elle inquiète aussi à juste titre les parents qui se demandent bien ce que ledit collège réformé fera avec leur progéniture.

Pour rassurer tout le monde, la télévision publique nous montre à quoi ressemblera le collège 2016, dans deux reportages successifs. En effet, le collège réformé s’inspire de dispositifs innovants qui existent déjà dans quelques établissements expérimentaux.

Alors savourons cet avant-goût du collège nouveau...

Lire la suite sur le site La Vie Moderne

Chatel : « Certaines mesures vont dans le bon sens »

lundi 20 avril 2015

C’est le spécialiste des réformes destructrices Chatel qui ont mis à mal le lycée général et liquidé la voie STI qui nous le dit.
On constate facilement où Vallaud-Belkacem trouve son inspiration !

« Que les conservateurs tombent les masques ! »

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Voici le titre de l’interview de Vallaud-Belkacem au très réactionnaire journal Le Point.
Notre seule réponse à NVB : « Que les néo-libéraux tombent également le masque ! »

4 pages spécial Retraités de la FERC

samedi 31 août 2013

Au sommaire : Conférence de l’UFR... les retraités à l’offensive ! - Quelle UFR, quelle structure ? - Place des retraités dans la CGT - Continuité syndicale et renforcement - Impressions croisées
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Au sujet des dépenses scolaires…

jeudi 22 août 2013

Chaque année, à l’approche de la rentrée, on retrouve dans les médias des articles plus ou moins bien renseignés sur les « dépenses de la rentrée des classes ». Je les parcours toujours avec un peu d’agacement quand ils mettent en avant les nouveaux cartables, les vêtements, les classeurs, les crayons et les compas, les garderies et les cantines.
Parler de ces frais là, c’est évoquer l’arbre pour cacher la forêt. Les cartables et les compas durent facilement plusieurs années et les vêtements ne me semblent pas être une dépense scolaire : mes filles iraient-elles nues si l’école n’existait pas ? Idem pour la cantine : il faut manger même en dehors de l’obligation scolaire. Admettons pour la garderie des petits. Ce qui m’interpelle, ce sont les frais dont on parle moins et qui pourtant jalonnent bien le parcours scolaire des jeunes.
Lire la suite sur le site de l’Ecole démocratique

Ecole élémentaire : en France, le nombre d’élèves par enseignant supérieur à la moyenne OCDE (Depp)

vendredi 16 août 2013

Selon la revue « L’Éducation natio­nale en chiffres » de la Depp, le taux d’encadrement dans les écoles élémen­taires fran­çaises se situe en des­sous de la moyenne des pays de l’OCDE.
Le taux d’encadrement dans les écoles élémen­taires fran­çaises est en des­sous de la moyenne des pays de l’OCDE, selon la revue « L’Éducation natio­nale en chiffres » éditée par la Depp et parue en juillet 2013.
Dans les pays de l’OCDE, le nombre moyen d’élèves par ensei­gnant était à ce niveau de 15,4, en 2011 contre 18,4 en moyenne en France.

Loire-Atlantique / Rythmes : lettre ouverte des UD CGT, FO, FSU et Solidaires au DASEN et aux 26 maires de Loire-Atlantique appliquant la réforme en 2013

samedi 29 juin 2013

Depuis plusieurs mois, nos organisations syndicales ne cessent de dénoncer la précipitation et les dangers contenus dans la réforme des rythmes scolaires. Si les appréciations de nos syndicats respectifs peuvent diverger sur l’analyse de la loi Peillon et de son volet sur les rythmes scolaires, cela ne nous empêche en rien de partager nombre de points de vue sur les effets néfastes de cette réforme. Les propos volontaristes des municipalités ayant décidé de s’engager dès septembre 2013 dans la mise en œuvre du pan de réforme sur les rythmes ne résistent pas à un l’examen pragmatique. Pour notre part cette réforme relève plus d’un projet politique portant sur la territorialisation de l’École que sur les effets bénéfiques pour les enfants et les familles.
L’intention gouvernementale affiche une volonté de servir la réussite scolaire des élèves. Nous pensons qu’il y a loin du discours à une réalité qui malmène aussi les personnels concourant aux rythmes éducatifs des enfants. Les campagnes de communication politiciennes ne peuvent dissimuler les malaises grandissant autour de la rentrée 2013 précipitée.
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Coaching patronal au collège, sous l’œil attendri de France 2

mercredi 26 juin 2013

Mardi 18 juin, dans le 20h de France 2, après les 9 min inaugurales sur les inondations en France, et parmi les quelques miettes distribuées aux autres sujets (3 min sur le mouvement social au Brésil, 2 sur l’accueil des touristes à Paris), on retiendra un reportage d’anthologie, intitulé (sur le site de France 2) « Éducation : du coaching en ZEP » : 4 min 20 consacrées à l’intervention d’une cadre dirigeante dans un collège de « ZEP », pour appliquer, selon ses propres dires, les « méthodes d’entreprise » à l’école. 4 min 20 pour un « gros plan » qui « traite » un sujet sans (se) poser la moindre question, sans rien en dire sinon célébrer les vertus d’une initiative qui, avec d’autres, relève d’un entrisme entrepreneurial dans l’institution scolaire, du reste fort à la mode. Une initiative présentée sans contrepoint ni distance : un tel éloge relève-t-il encore de l’information ?
Lire la suite sur le site d’ACRIMED