CPGE : mensonges et propagande (Lettre d’un collègue de CPGE à son député)

mardi 3 décembre 2013
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Nous publions ci-dessous la lettre adressé par un collègue de CPGE à son député. Ce collègue n’est pas un de nos syndiqués mais il rétablit des vérités nécessaires pour comprendre la mobilisation contre les mesures envisagées par Peillon

Monsieur le Député de la 4ème circonscription de Seine-Maritime,

Je suis enseignant en Classe Préparatoire aux Grandes Écoles d’Ingénieurs (CPGE) au lycée Blaise Pascal de Rouen, en classe d’ATS (Adaptation Techniciens Supérieurs). Je tiens par ce courrier à vous exprimer ma grande déception vis-à-vis des propos tenus par des membres du Parti-Socialiste et par M. Peillon en particulier concernant les CPGE. Ces propos se traduisent par un projet de réforme qui émeut et jette le discrédit sur tous les professeurs de CPGE, les faisant passer pour des nantis et des privilégiés. Je souhaite aussi vous alerter du danger d’une telle attitude car je garde en mémoire le mépris de M. Allègre envers l’ensemble des professeurs. On sait ce qu’il advint de ce ministre, et les dommages qu’il créa à sa majorité politique le 21 avril 2002.

Je veux, par ce courriel, vous montrer que M. Peillon n’agit que par idéologie, avec une grande méconnaissance de notre travail quotidien et des CPGE :

L’annonce porte sur une modification des obligations de service diminuant celle des uns, tous les professeurs de CPGE, pour augmenter celle des autres, quelques professeurs de ZEP. Si l’objectif de permettre une meilleure réussite en ZEP ne peut que faire l’unanimité, le procédé employé est inacceptable autant sur le fond que sur la forme. Avant même que le projet ne soit transmis aux syndicats d’enseignants, M. Peillon, dans une interview du 18 novembre sur France Inter, affirmait : « les conservatismes et les élitismes sont en train de s’organiser » (Enseignants de classes prépas : préavis de grève le 9 décembre, Actualités). Une fois le projet connu, notre indignation s’est traduite par une pétition unitaire (Pétition unitaire Classes Préparatoires aux Grandes Ecoles (CPGE) - Petitions24.net) qui a déjà recueilli, en cinq jours, plus de 29 000 signatures alors que les professeurs de CPGE ne sont que 7 000.

M. Peillon tente depuis de calmer le jeu, mais ses déclarations ne sont pas crédibles ; il suffit de fouiller dans ses déclarations passées pour voir qu’il n’aime pas les CPGE et les Grandes Écoles. Tous les moyens sont bons pour les dénigrer, y compris les mensonges et la mauvaise foi. Je vais vous en donner plusieurs exemples :

Avant que M. Peillon ne soit ministre, on trouvait sur son blog cet article : « Le non-sens pédagogique des classes préparatoires aux écoles dites grandes » - PS Paris 12. Les idées développées dans cet article ont été abondamment reprises par M. Peillon dans des quotidiens ou des émissions de radio, et sa présence sur un site du Parti Socialiste en disent long sur la pensée officielle du gouvernement au sujet des CPGE. Voyons quelques extraits de cet article :

"Au lieu de participer à la démocratisation de l’enseignement, les CPGE sont devenues des chasses gardées. Les milieux aisés ou bien renseignés ont compris que c’était un excellent moyen de se réserver les hautes rémunérations et il en a résulté un quasi-système d’initiés". Comment peut-on dire cela ? Tout élève (ou étudiant dans le cas de ma classe d’ATS) peut postuler en CPGE. Le dossier d’inscription est gratuit ainsi que la scolarité (tout du moins pour cette année puisque, l’an prochain, l’amendement du député PS Vincent Feltesse fera payer des droits d’inscription aux étudiants de CPGE, sous prétexte de "mesure symbolique". Selon lui, il est "logique" que les étudiants en CPGE se voient eux aussi réclamer des droits d’inscription, vu leurs origines sociales. Classes prépa : polémique autour de la fin de l’inscription gratuite - Capital.fr). Les commissions d’admission en CPGE ne se basent que sur les résultats scolaires et le sérieux de l’élève. Il est loin le temps où seuls les premiers de classe avaient leur place en CPGE. Quelques lycées Parisiens prestigieux peuvent encore exercer une forte sélection mais est-ce si choquant ? Où s’en iraient les meilleurs étudiants Français si une poignée de lycées publics ne garantissaient pas l’excellence ? L’enseignement privé ne tarderait pas à s’en emparer. Il est donc complètement caricatural de prendre ces exceptions et d’en faire des généralités. La grande majorité des CPGE sont remplies d’étudiants qui ne sont pas là parce qu’ils ont des origines sociales privilégiées mais parce qu’ils ont choisi de travailler dur pour réussir.
Cette année, dans ma classe d’ATS, sur 37 étudiants, 18 sont boursiers ! Le lycée des Bruyères accueille, à Sotteville, plus de 50% d’étudiants boursiers dans ses prépas, le lycée Flaubert, à Rouen, plus de 35%. Ces données, à elles seules, ridiculisent la notion de "chasse gardée".

Plus précisément, les trente-et-une CPGE ATS de France telles que la mienne accueillent exclusivement des titulaires d’un DUT ou d’un BTS. Quel autre dispositif que les ATS permettrait d’élever le niveau scientifique des étudiants de BTS pour leur permettre de réussir les concours d’entrée en écoles d’ingénieurs ? Il n’en existe aucun. Et il n’y en aura plus si M. Peillon applique son idée de supprimer les classes prépas (car les prépas doivent à ses yeux disparaître. Il répondait il y a peu à JJ BOURDIN : « C’est le conservatisme français. » Réforme des CPGE et réforme de la taxe d’apprentissage : Le gouvernement veut tuer la filière « Prépa -Grandes écoles » - AgoraVox le média citoyen). Pourtant, tous les ans, une vingtaine des étudiants qui suivent les cours de l’ATS de Rouen intègrent une Grande École d’ingénieurs (nos statistiques sont là : Lycée Blaise Pascal Rouen - CPGE ATS). Je suis donc fier d’enseigner dans une classe qui joue pleinement son rôle d’ascenseur social et le salaire que je reçois pour cela me semble mérité et justifié. Je trouve navrant de ne jamais entendre un ministre ou des média évoquer ces réussites qui font l’honneur des CPGE et de l’enseignement supérieur Français.

On trouve encore dans cet article que les CPGE sont élitistes, refrain repris souvent par le ministre (VINCENT PEILLON DÉCLARE LA GUERRE AUX CLASSES PRÉPARATOIRES). Mieux, pour justifier cette tare, M. Peillon cite ses exemples de réussites : Sciences Po et Médecine ! Pour Sciences Po, M. Peillon ferait bien d’y regarder à deux fois car c’est une école qui recrute sur concours dans la foulée de la Terminale, obligeant un certain nombre de lycéens à suivre des cours préparatoires parfois privés et payants en parallèle avec leur préparation au Bac. Pour Médecine, M. Peillon glorifie une filière qui met en œuvre la plus cynique et la plus brutale des sélections (moins de 1 étudiant sur 5 finira médecin Faculté de Médecine - Taux de réussite en fonction du Bac des trois derniers concours PCEM1), alors même qu’elle est intégrée à l’université et qu’elle est censée être une filière "non sélective". À Rouen, une grande partie des étudiants ayant été admis en deuxième année suivait en parallèle les cours d’une prépa privée (http://segmo.pagesperso-orange.fr/resultats2011.html). Si ce genre de préparations parallèles et privées aux concours d’ingénieurs n’existent pas, c’est bien parce que les CPGE publiques apportent toute la préparation nécessaire et suffisante, en qualité et en quantité, pour réussir les concours. Par comparaison avec les exemples de M. Peillon, chaque année, dans ma classe d’ATS, plus de 95% de mes étudiants intègrent une école d’ingénieurs. On ne peut donc que constater la mauvaise foi de ce raisonnement. Plutôt que de d’affirmer qu’un élève de CPGE coûte bien plus cher qu’un étudiant de l’université (http://www.dailymotion.com/embed/video/xbtw51?start=80), par honnêteté intellectuelle, ramenons ces coûts à un étudiant qui réussit sa formation. Les CPGE sont alors d’une efficacité indiscutable.
Je terminerai sur la question de l’élitisme par un dispositif très répandu dans les CPGE, à l’attention des étudiants issus de milieux modestes : le Passeport Avenir (partenariat pour l’égalité des chances entre les filières de l’enseignement supérieur et le monde des entreprises, http://www.passeport-avenir.com/qui-sommes-nous/presentation). Cette association fournit une aide précieuse, par le biais de tutorat et d’aides financières, à ceux qui n’ont pas de "réseaux" pour les conseiller, trouver un stage, un emploi, préparer un entretien... Ma classe d’ATS de Rouen est partenaire depuis 7 ans de cette association (sous l’égide de l’Éducation Nationale, Lycée Blaise Pascal Rouen - CPGE ATS). Que d’élitisme en effet !

L’enseignement en CPGE permet donc aux étudiants d’acquérir des connaissances solides et les pousse par le travail à donner le meilleur d’eux-mêmes. Pourquoi cela pose-t-il problème au PS et à M. Peillon ? Le nivellement par le bas qui est devenu la règle à chaque réforme dans l’Éducation Nationale depuis des dizaines d’années ne fait que fragiliser davantage les élèves qui n’auraient pas accès, de par leur condition sociale, à l’aide, à la culture ou aux connaissances scientifiques leur permettant de réussir. Les contenus ne cessent de s’appauvrir et Acadomia ne cesse de se développer. Ce que l’école n’apporte plus, les sociétés privées le proposent. Vous souhaitez réduire l’élitisme. En appauvrissant les CPGE, vous accentuerez l’élitisme.
En effet, M. Peillon, depuis quelques jours, voyant sans doute que le public ne déteste pas autant que lui les classes prépas, tente de nous dénigrer sur le terrain de notre salaire. N’étant pas à une contradiction près, M. Peillon affirmait à l’assemblée Nationale en février 2013 : « Monsieur le député, vous avez raison : tous les rapports, nationaux et internationaux, montrent que nos enseignants ne sont pas suffisamment payés » (Mercredi 27 février : Hervé FERON interpelle Vincent PEILLON sur les revenus et les carrières des enseignants ). Il avait raison. Les études le montrent, même pour un professeur de CPGE "grassement" payé, nous sommes encore bien en dessous de la moyenne des autres pays (Vincent Peillon peut-il faire perdre François Hollande ? - AgoraVox le média citoyen , Le vrai/faux de l’Europe : les enseignants allemands gagnent-ils 20% de plus que les enseignants français ? / France Inter). Malgré cela, la cour des comptes évoque un professeur de CPGE gagnant 107 000€ annuel ! Des collègues ont refait les comptes : c’est impossible. Au mieux on arrive à 70 000€, ou alors ce professeur faisait cours jour et nuit.

Pourtant, ce projet de réforme entraîne bien une grosse perte de salaire pour la plupart des professeurs de CPGE. Pour ma part, il me ferait perdre plus de 500€ par mois (2 heures supplémentaires en moins par mois). Cela n’empêche pas M. Peillon de dire que c’est faux, que "l’objet n’est pas de baisser les salaires" (Vincent Peillon se défend de vouloir s’en prendre aux prépas | Site mobile Le Point).
Malheureusement, cette baisse de salaire serait catastrophique pour les CPGE. Si les salaires devenaient moins attractifs, les jeunes Normaliens ou des ingénieurs diplômés rejoindraient-ils l’Éducation Nationale ? Certainement pas car le privé leur tend les bras. Les meilleurs étudiants s’orientent vers les CPGE parce qu’ils savent qu’ils y trouveront des professeurs chevronnés sélectionnés par l’Inspection Générale pour leur excellent niveau disciplinaire. Là encore, la nature ayant horreur du vide, des prépas privées ouvriront leurs portes pour accueillir ces professeurs avec des salaires conséquents, à la hauteur de leurs compétences.

Dans sa Chronique sur France Culture où M. Kessler expose parfaitement la situation (http://youtu.be/iQWP-JeMyVk), il est rappelé que pour améliorer, à juste titre, la situation des professeurs enseignant en ZEP, M. Peillon veut prendre près de 30 millions d’euros dans la poche des professeurs de CPGE. C’est pourtant une goutte d’eau dans le budget de l’Éducation Nationale (64 milliards). M. Peillon pourrait tout à fait financer cette réforme autrement. Il s’agit donc bien d’une mesure punitive envers les CPGE et leurs professeurs, uniquement pour des raisons idéologiques. Il sait que les professeurs de CPGE sont peu nombreux, peu enclins à la grève ou aux blocages et qu’il lui sera facile d’obtenir le soutien de l’opinion (qui soutiendra quelqu’un qui travaille 9h par semaine, comme on le lit dans les quotidiens ?). Pour reprendre une idée développée par M. Hollande face à M. Sarkozy lors du débat télévisée pour la présidentielle (http://youtu.be/ogumaFUXODY) : "Vous en connaissez beaucoup des salariés qui accepteraient de travailler plus pour gagner 10 à 20 % de moins, du jour au lendemain, sans avoir pour autant démérité ?".

Pour terminer sur la question des salaires, et aussi curieux que cela puisse paraître, une étude a montré que le niveau de réussite des élèves est directement dépendant du salaire de ses professeurs (Qui paie bien ses profs s’enrichit…).

Cette vision purement comptable des CPGE aura donc des conséquences désastreuses pour les classes prépas. Est-ce l’objectif pour mieux les diluer dans l’université, comme M. Peillon veut le faire pour les Grandes Écoles (http://www.dailymotion.com/embed/video/xbtw51?start=80) ?

Enfin, M. Peillon aura beau jeu de dire que nous sommes contre le passage de notre obligation de service à 10h par semaine, ce qui ne manquera pas de scandaliser l’opinion publique, déjà outrée lorsqu’on parle de nos vacances et des 18h hebdomadaires des certifiés.
Je tiens à préciser que l’obligation Réglementaire de Service (ORS) N’EST PAS le temps que nous passons devant les étudiants. Mon ORS est de 8h mais l’horaire de ma classe d’ATS est de 14 heures. La différence est payée en heures supplémentaires, non comptabilisées pour la retraite. Je n’ai donc pas choisi d’effectuer des heures supplémentaires, elles me sont imposées par ma classe, comme la majorité de mes collègues de CPGE. De plus ces 14h sont un "trompe-l’œil" : le présentateur du journal télévisé de 20h travaille-t-il 30 minutes par jour ? Est-il payé 30 minutes par jour ?
Mes 14 heures de présence devant les étudiants sont la partie visible de l’iceberg. La partie immergée, le gros de mon travail, se fait chez moi, à mon bureau. Les statistiques du ministère de l’éducation national lui-même font état pour un certifié d’une moyenne de 43 heures de travail hebdomadaire (Les enseignants du second degré public déclarent travailler plus de 40 heures par semaine en moyenne - Ministère de l’Éducation nationale). Pour avoir travaillé dans le secondaire avant d’enseigner en classe prépa, je peux certifier que c’est beaucoup plus en CPGE. De nombreux témoignages l’attestent, nous travaillons pratiquement 7 jours sur 7 et il n’est pas rare d’atteindre les 70h hebdomadaires les semaines où nous avons des copies.
Pourtant, les articles multiplient les raccourcis : entre 8h et 11h de travail hebdomadaire. Pire, on lit dans certains journaux que si deux heures nous sont enlevées, c’est "au motif que les professeurs de deuxième année finissent leur service à Pâques" (Enseignants de classes prépas : préavis de grève le 9 décembre, Actualités). On retrouve cet argument dans le compte rendu de la rencontre avec le directeur de cabinet de M. Peillon avec l’Association des Proviseurs de Lycées ayant des Classes Préparatoires aux Grandes Ecoles : "La distinction 1ère année et seconde année disparaît, notamment par comparaison des semaines de travail" (document joint).
Ceci est totalement faux. Une fois que les étudiants ont passé les écrits du concours à Pâques, ils reviennent jusqu’à la fin juin pour préparer les oraux dans toutes les prépas de France. Nous assurons leur préparation à l’oral ce qui n’est pas le moins stressant pour nous.
Dans le même esprit, il est étonnant de voir le montant des salaires des professeurs de CPGE qui augmente curieusement au fil des jours dans les articles de certains quotidiens et les affirmations mensongères qui se multiplient. On peut se demander d’où viennent ces informations ? Sûrement pas des professeurs eux-mêmes bien entendu. Pas non plus des journalistes qui ne peuvent pas les inventer.

Pour conclure, je trouve bien dommage qu’il faille établir un rapport de force pour simplement faire comprendre à notre hiérarchie que notre salaire est justifié et que nous rendons un service de qualité à la société et à l’industrie de notre pays en formant des scientifiques de haut niveau. N’oublions pas que les CPGE ont donné à la France des intellectuels reconnus mondialement : Wendelin Werner (médaille Fields 2006), Cédric Villani (médaille Fields 2010), Georges Charpak (prix Nobel de Physique 1992), Serge Haroche (prix Nobel de Physique 2012), etc... La classe politique est alors la première à se féliciter de ces récompenses. Alors pourquoi attaquer si violemment les prépas qui ont formé ces grands scientifiques ?

Les motivations de M. Peillon sont donc purement idéologiques et comptables. C’est navrant. Comme dans tous les domaines, la qualité a un prix (Le prix à payer | Sauver les prépas). Le raisonnement de M. Peillon est dangereux pour la France et la démocratie : si le Parti Socialiste ne soutient pas les CPGE qui sont l’un des moteurs de la promotion sociale, d’autres partis occuperont l’espace laissé vide. Il est instructif (et terrifiant) de constater que le premier parti politique à nous soutenir a été... le FN (25 novembre 2013 : communiqué de presse : le Collectif Racine soutient les professeurs des classes préparatoires aux grandes écoles ! | Collectif Racine). Je pense que le gouvernement est en train de se tirer une balle dans le pied. La leçon "Claude Allègre" n’a-t-elle pas été retenue ? Le Front National se fera un plaisir de récupérer toutes les idées et les citoyens que le gouvernement aura abandonnés par idéologie ou démagogie. Car dénigrer ses professeurs, les accuser de "malhonnêteté intellectuelle" et "d’indécence" comme l’a fait cette semaine l’attaché parlementaire d’un député du gouvernement me désespère et m’inquiète pour l’avenir (cf le fichier joint).
J’espère vous avoir convaincus que la malhonnêteté intellectuelle n’était pas de notre côté. Heureusement, de nombreux soutiens politiques autres que le FN, de droite comme de gauche, se manifestent depuis quelques jours. Ils sont souvent pleins de bon sens, et mettent bien en évidence l’isolement de M.Peillon à vouloir détruire un système qui a fait ses preuves (Le MRC , AL1JUP - Blog Note d’Alain Juppé , Professeurs de prépa : Jean-Pierre Raffarin "révolté" contre le gouvernement - Infos - Replay ).

Je terminerai ce courriel par le plus beau soutien aux professeurs de CPGE que j’ai pu lire récemment. Il s’agit du courriel d’un étudiant de Khâgne du lycée Henri IV qui écrit à ses camarades pour les inviter à réagir :

"Chers amis,Vous n’êtes pas sans savoir que le corps professoral est en émoi ces derniers jours suite au projet ministériel de modifier par décret le régime indemnitaire des professeurs de classes préparatoires. J’ai bien conscience que certains craignent que le mouvement de contestation affecte leur préparation du concours, et déplorent être otages d’une revendication qui serait purement corporatiste ou dictée par l’intérêt personnel. En ce qui me concerne, c’est plus l’effroi de ce que sous-entend un tel décret ministériel qui me gagne. Pour cette raison, il me semble vital, d’une part de se réunir pour en discuter, d’autre part d’arrêter une position commune sur le sujet. Et j’aimerais, ici, vous faire part de quelques une des raisons qui m’exhortent à demander une réunion, sous la forme d’une assemblée générale des élèves, dans les plus brefs délais. Nous avons tous la chance de bénéficier d’un enseignement d’excellence, dispensé par des professeurs motivés, et cela gratuitement. Diminuer le régime indemnitaire des professeurs c’est abattre un des derniers vecteurs d’ascension sociale en France par le mérite. Certains d’entre nous sont parisiens, d’autres sont provinciaux, certains sont nés avec une cuillère d’argent dans la bouche, d’autres de milieux modestes, pourtant ici encore, nous nous trouvons à égalité. Supprimer les primes c’est décourager des professeurs brillants à abattre un travail colossal qui est un des facteurs de notre réussite. C’est aussi les pousser, alors que leur métier est chaque fois plus déconsidéré, à aller chercher ailleurs la considération qu’ils méritent, et cela au détriment de la qualité de l’enseignement public. Est-ce de l’égoïsme ? Comment concevoir que l’on vous demande un tel engagement, un tel sacrifice alors que dans le même temps on vous supprime des primes unilatéralement, en plus de vous jeter à la figure un prétendu statut de privilégiés ? Cela pose aussi la question plus large de la valorisation de l’enseignement dans notre société. Vous l’aurez compris l’idée, derrière ce décret, c’est bel et bien la fin des classes préparatoires. Un bastion de l’élitisme intellectuel bourgeois au service de la reproduction des élites. Un foyer de privilégiés. il est temps d’en finir avec ces clichés réducteurs. Chacun d’entre nous a mérité sa place en travaillant dur, et c’est tout l’honneur de la France de continuer de recruter l’élite de son administration sur la base de ce mérite. C’est tout l’honneur de la France de conserver un recrutement qui cherche à atténuer les inégalités sociales. C’est parce que je crois en la méritocratie que je tiens aux classes préparatoires, parce que je crois qu’il est noble de permettre à une minorité qui l’a mérité par son travail d’atteindre les plus hautes responsabilités et les salaires qui y correspondent. Les classes préparatoires qui préparent aux concours de la République sont des remparts contre le clientélisme ou la sélection par l’argent, c’est un maillon primordial de notre méritocratie. C’est ce qu’il faut faire reconnaître dans l’opinion publique, ce mouvement nous donne l’occasion de défendre la méritocratie en France, et c’est pour cette raison qu’il faut nous engager : la seule solution d’atteindre l’excellence en France ne saurait être d’aligner du cash. La manière avec laquelle ce projet est considéré, une application par décret me navre. Quelle défiance de la part de l’État envers ses petits soldats qui travaillent chaque jour à former ceux sur lesquels il se repose ! Je ne peux pas accepter qu’on puisse traiter ainsi des personnels qui témoignent chaque jour de leur engagement et de leur loyauté. Enfin, à titre personnel, je suis touché chaque jour de l’investissement de nos professeurs qui montre autant leur motivation qu’un véritable sens du service de l’État. Nombreux ont hésité et hésitent encore à mener une action pour éviter de nous pénaliser même si cela leur porte préjudice. C’est aussi par respect pour leur travail, et animé d’un immense sentiment de reconnaissance que je m’engagerai Lundi 2 décembre par solidarité. Ma place ici je la dois aussi à tous les professeurs que j’ai croisés dans ma scolarité, et si un jour je suis reçu à un concours je le devrais à ceux qui, aujourd’hui sont attaqués et se sentent abandonnés."

J’espère, Monsieur le Député, avoir ainsi attiré votre attention sur la situation des professeurs de CPGE et le danger de cette réforme et vous prie de croire en mon total dévouement pour la réussite de nos étudiants.


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Brèves

Lubrizol : 1 an après on oublie pas ! Réunion publique le 25 septembre, manifestation le 26 septembre

mardi 8 septembre

Réunion publique d’information sous chapiteau Vendredi 25 septembre 2020 de 18 à 20h A la Friche Lucien, place Carnot, ROUEN
Jeudi MANIFESTATION Samedi 26 septembre 13h30 Rendez-vous devant : LUBRIZOL (quai de France)

Télécharger et diffuser :

Ecoles Delaunay en action le 22 janvier 2020 pour revenir en REP+

jeudi 23 janvier

Lors de l’animation pédagogique du mercredi 22 janvier 2020 sur « les élèves à besoins particuliers », les enseignants ont rappelé leur exigence de classer les écoles maternelle Delaunay-Laurencin et élémentaire Sonia Delaunay de Dieppe (Val Druel) en REP+. En effet, elles sont sorties de l’Éducation Prioritaire en 2014 et ont été exclues des dispositifs REP et REP+ alors qu’elles répondent à tous les critères pour être classées en REP+. Son rang (64ème) au niveau académique la situe au même niveau que les écoles de REP+ du Havre ou de Rouen Nord.

Tous les enseignant·e·s des deux écoles sont venu·e·s avec un tee-shirt rappelant leur exigence et ont pris la parole en début d’animation. À l’issue de l’animation, l’urne était disponible pour pouvoir faire voter au référendum d’initiative populaire.

La CGT Éduc’action 76 soutient les collègues dans leurs actions.

Motion de soutien aux salariés de la Chapelle d’Arblay

mercredi 18 septembre 2019

Les camarades de la CGT Educ’action Haute-Normandie réunis en Assemblée générale de rentrée le 16 septembre 2019 à Maromme expriment leur soutien aux salariés de la Chapelle Darblay, menacés de licenciement.
Dans le secteur privé, les fermetures de site et les plans de licenciement se multiplient. Dans les services publics, ce sont les suppressions de postes massives et la dégradation des conditions de travail.
De plus, la réforme des retraites est une attaque contre l’ensemble des salariés.

  • Zéro licenciement !
  • Non à la fermeture des sites !
  • Non à la casse des services publics !
  • Non à la réforme des retraites ! Luttons tous ensemble !

Motion adoptée à l’unanimité par l’AG des syndiqué-e-s CGT éduc’action Rouen

Fusion des académies : j’habite à Evreux, pourra-t-on me nommer à Cherbourg ?

vendredi 13 septembre 2019

La lettre de cadrage pour la fusion des académies de Caen et Rouen certifiait que la gestion des personnels enseignants ne serait pas impacté jusqu’en 2022 (Mais en 2018 on nous jurait que la fusion n’était pas encore décidée). A en croire M. le Ministre, jusqu’à cette ce cas de figure n’existera pas. Mais après 2022 ça devient tout à fait possible pour les personnels du second degré. Le Rectorat a tout intérêt à ce que la souplesse et la mobilité des personnels soient maximales. Et avec l’affaiblissement du rôle des CAPA il sera encore plus compliqué d’influer sur les choix des services académiques, sans oublier que pour les contractuels ce « contrôle » est inexistant.

Une fusion des académies pour fermer des sections !

vendredi 13 septembre 2019

Le Rectorat et la Région Normandie lancent la réflexion pour une nouvelle carte de formation à la rentrée de septembre 2020. Ca ne sent pas bon du tout ! L’académie et la région de Normandie auront, si nous ne faisons pas reculer le Ministère, le même périmètre au 1° janvier. Les filières de formation, frontalières pour le moment, ou seulement identiques, seront à la prochaine rentrée dans la même académie. Ce sera une très bonne excuse pour fusionner et fermer par ci par là et pour récupérer les postes.