A quoi servent les enquêtes PISA ?

mardi 3 décembre 2013
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Nous avons eu le droit aujourd’hui à un affolement journalistique suite à la publication de l’enquête PISA.
Avant même d’analyser ses résultas, il faudrait d’abord s’interroger sur le sens de cette enquête de l’OCDE, institution ennemie des travailleurs.
Nous reproduisons ci-dessous un extrait d’un article publié par l’Appel pour une école démocratique en réaction à l’enquête de 2009

L’enquête PISA est un thermomètre. Avant d’en tirer des leçons, il faut s’interroger : qui l’a fabriqué et pour quoi faire ? Que mesure exactement ce thermomètre ? L’initiative des enquêtes PISA provient de l’Organisation pour la Coopération et le Développement économique (OCDE), un organisme international qui regroupe les pays les plus riches de la planète et qui formule des analyses et des recommandations sur la manière de faire fonctionner au mieux le capitalisme mondial. Comment privatiser les services publics ? Comment renflouer les banques sans faire mal à leurs actionnaires ? Comment orienter la recherche universitaire pour soutenir le bénéfice des entreprises ? Comment réduire la pression fiscale sur le capital et les riches ? Comment libéraliser les marchés mondiaux ? Comment diminuer les salaires sans provoquer de révolte sociale ? Voilà le genre de questions que se posent les experts de l’OCDE et auxquelles ils trouvent généralement des réponses bien inquiétantes pour les simples mortels que nous sommes.

L’OCDE et l’école

Depuis une vingtaine d’années, l’OCDE a aussi commencé à s’intéresser de près à l’enseignement. Avec l’exacerbation de la concurrence, l’accélération et l’aggravation des crises du capitalisme mondial, il s’agissait de faire en sorte que les dépenses de l’Etat pour l’éducation répondent le mieux possible aux « besoins » de l’économie, entendez : qu’elles servent le mieux possible la compétitivité et le profit. Il faut freiner la croissance des dépenses d’enseignement et réorienter les systèmes éducatifs sur les besoins nouveaux du marché du travail : voilà la recommandation que formule depuis vingt ans l’OCDE. Or, que réclame-t-il ce marché du travail ? Non pas une croissance générale des niveaux de formation, mais leur polarisation : d’un côté, beaucoup d’emplois hautement qualifiés, de l’autre, une masse de « petits boulots » dans les secteurs de services. Dans un rapport publié en 2001, l’OCDE écrit : « tous (les élèves) n’embrasseront pas une carrière dans le dynamique secteur de la “nouvelle économie” – en fait, la plupart ne le feront pas – de sorte que les programmes scolaires ne peuvent être conçus comme si tous devaient aller loin » [1]. Il ne faut donc surtout pas aller trop loin dans la démocratisation de l’enseignement. Pas besoin d’avoir étudié beaucoup d’histoire, de géographie, des maths et des sciences de haut niveau pour travailler dans un McDo ou pour conduire une camionnette de Coca-Cola. En revanche, insiste l’OCDE, même dans ces emplois faiblement qualifiés il faudra que les travailleurs soient capables de s’adapter à un environnement en changement rapide et il faudra qu’ils puissent facilement passer d’un poste de travail à un autre, d’une fonction à une autre. Cette « adaptabilité », cette « employabilité » sans qualification, devraient être acquises avant l’âge de 15 ans, par l’exercice de « compétences de base » en lecture, langues, mathématiques, sciences, informatique, etc. Ensuite, à partir de 15 ans, on fera le tri de ceux qui « iront loin » (et qui pourront alors dépasser les compétences de base), ceux qui apprendront un métier (dans une formation professionnelle étroite) et ceux qui iront très vite travailler dans les emplois précaires.

Il y a dix ans, l’OCDE a donc lancé l’initiative PISA, dans le double but d’encadrer et d’encourager la réforme de l’enseignement dans ce sens. PISA c’est une batterie de tests standardisés qui mesurent à quel point les élèves de 15 ans ont atteint ces compétences de base et rien d’autre. Comme l’explique clairement le rapport que vient de publier l’unité de l’Université de Liège, qui coordonne l’étude PISA en Communauté française : « La question est moins de savoir ce que les élèves de telle année peuvent faire, mais bien comment les élèves de 15 ans sont préparés à entrer dans la vie adulte. C’est pour cette raison que PISA évalue la culture mathématique ou scientifique, et pas les mathématiques ou les sciences. Ce qui pourrait sembler être un détail terminologique traduit la volonté de l’OCDE de voir si la culture des jeunes en mathématiques et sciences est suffisante par rapport aux demandes des sociétés industrialisées » [2]. En langue maternelle, par exemple, on n’évalue ni les techniques de base, ni l’orthographe, ni la vitesse de lecture, ni la maîtrise d’un vaste vocabulaire, ni bien sûr le plaisir que l’on prend à lire, ni la qualité de ce qu’on lit, ni l’imagination dont on fait preuve dans la rédaction d’un texte... mais principalement la capacité de comprendre un texte dans un contexte directement opérationnel. Car c’est cela qui est demandé par les marchés du travail, particulièrement dans les emplois à faible niveau de qualification.

Si je prends toutes ces précautions, ce n’est pas pour dire que les données PISA ne valent rien ou que le travail des scientifiques qui ont préparé l’enquête aurait été mal effectué. Au contraire : jamais une étude de ce type n’aura été conduite avec de tels moyens et un tel souci de rigueur scientifique. Mais il faut comprendre que le thermomètre PISA ne peut pas nous apprendre autre chose que ce pour quoi il a été conçu : mesurer des compétences basiques en lecture, en mathématique et en sciences. PISA ne nous révélera pas si les élèves connaissent l’histoire de la colonisation belge au Congo, s’ils savent écrire sans faute, s’ils savent concevoir et développer le plan d’un texte à rédiger, s’ils parviennent à mémoriser des textes ou des formules, s’ils ont entendu parler de Victor Hugo, de la traite des nègres, de la Saint-Barthélémy ou de l’athéisme, s’ils savent danser, chanter, dessiner, cuisiner, raconter des histoires, engager une discussion sérieuse ou banale, s’ils ont un vocabulaire riche ou pauvre, s’ils peuvent utiliser une formule mathématique en physique ou en économie, s’ils distinguent communisme et fascisme, s’ils savent que les éoliennes produisent une fraction infime de notre électricité,... Tout ce savoir-là, toute cette ignorance-là, ne sont pas mesurés par PISA. Aussi, quand un quotidien titre que « notre école progresse » parce que l’un des trois indicateurs PISA (lecture) est en hausse, on reste perplexe. Et si l’on avait mesuré autre chose que ces compétences de base-là, aurait-on aussi progressé ? Et notre classement aurait-il été le même ?


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Brèves

Lubrizol : 1 an après on oublie pas ! Réunion publique le 25 septembre, manifestation le 26 septembre

mardi 8 septembre

Réunion publique d’information sous chapiteau Vendredi 25 septembre 2020 de 18 à 20h A la Friche Lucien, place Carnot, ROUEN
Jeudi MANIFESTATION Samedi 26 septembre 13h30 Rendez-vous devant : LUBRIZOL (quai de France)

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Ecoles Delaunay en action le 22 janvier 2020 pour revenir en REP+

jeudi 23 janvier

Lors de l’animation pédagogique du mercredi 22 janvier 2020 sur « les élèves à besoins particuliers », les enseignants ont rappelé leur exigence de classer les écoles maternelle Delaunay-Laurencin et élémentaire Sonia Delaunay de Dieppe (Val Druel) en REP+. En effet, elles sont sorties de l’Éducation Prioritaire en 2014 et ont été exclues des dispositifs REP et REP+ alors qu’elles répondent à tous les critères pour être classées en REP+. Son rang (64ème) au niveau académique la situe au même niveau que les écoles de REP+ du Havre ou de Rouen Nord.

Tous les enseignant·e·s des deux écoles sont venu·e·s avec un tee-shirt rappelant leur exigence et ont pris la parole en début d’animation. À l’issue de l’animation, l’urne était disponible pour pouvoir faire voter au référendum d’initiative populaire.

La CGT Éduc’action 76 soutient les collègues dans leurs actions.

Motion de soutien aux salariés de la Chapelle d’Arblay

mercredi 18 septembre 2019

Les camarades de la CGT Educ’action Haute-Normandie réunis en Assemblée générale de rentrée le 16 septembre 2019 à Maromme expriment leur soutien aux salariés de la Chapelle Darblay, menacés de licenciement.
Dans le secteur privé, les fermetures de site et les plans de licenciement se multiplient. Dans les services publics, ce sont les suppressions de postes massives et la dégradation des conditions de travail.
De plus, la réforme des retraites est une attaque contre l’ensemble des salariés.

  • Zéro licenciement !
  • Non à la fermeture des sites !
  • Non à la casse des services publics !
  • Non à la réforme des retraites ! Luttons tous ensemble !

Motion adoptée à l’unanimité par l’AG des syndiqué-e-s CGT éduc’action Rouen

Fusion des académies : j’habite à Evreux, pourra-t-on me nommer à Cherbourg ?

vendredi 13 septembre 2019

La lettre de cadrage pour la fusion des académies de Caen et Rouen certifiait que la gestion des personnels enseignants ne serait pas impacté jusqu’en 2022 (Mais en 2018 on nous jurait que la fusion n’était pas encore décidée). A en croire M. le Ministre, jusqu’à cette ce cas de figure n’existera pas. Mais après 2022 ça devient tout à fait possible pour les personnels du second degré. Le Rectorat a tout intérêt à ce que la souplesse et la mobilité des personnels soient maximales. Et avec l’affaiblissement du rôle des CAPA il sera encore plus compliqué d’influer sur les choix des services académiques, sans oublier que pour les contractuels ce « contrôle » est inexistant.

Une fusion des académies pour fermer des sections !

vendredi 13 septembre 2019

Le Rectorat et la Région Normandie lancent la réflexion pour une nouvelle carte de formation à la rentrée de septembre 2020. Ca ne sent pas bon du tout ! L’académie et la région de Normandie auront, si nous ne faisons pas reculer le Ministère, le même périmètre au 1° janvier. Les filières de formation, frontalières pour le moment, ou seulement identiques, seront à la prochaine rentrée dans la même académie. Ce sera une très bonne excuse pour fusionner et fermer par ci par là et pour récupérer les postes.