Bac pro 3 ans : un échec patent

jeudi 12 décembre 2013
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Généralisé en 2009, le bac pro 3 ans fait l’objet d’un constat sans appel : il ne se trouve plus personne aujourd’hui parmi les personnels pour le défendre. Perte d’une année de formation, diplômes dévalorisés, effectifs de classes surchargés et inadaptés aux besoins de nos élèves, nombre excessif de PFMP (stages en milieu professionnel), « tout CCF » (épreuves d’ « examen » maisons), enseignements très souvent dispensés en classe entière, création d’enseignements « bidon » (Accompagnement Personnalisé ou EGLS), tout cela démontre l’échec de cette « réforme » qui n’avait pas pour but de faire réussir les élèves mais plutôt d’opérer des économies budgétaires sur le dos des élèves, des familles et des salariés.
Dans l’enseignement professionnel comme ailleurs, si certains se faisaient quelques illusions sur le « changement » promis, ils ont vite déchanté. Les destructions d’emplois continuent et les réformes mises en place sous Sarkozy n’ont pas été abrogées et se poursuivent. L’an dernier dans l’académie de Rouen, une quinzaine de sections de LP ont fermé ou ont été réduites sur décision conjointe du rectorat et de la Région. 29 postes ont été supprimés dans les LP. A la rentrée 2013, les effectifs des LP sont plus nombreux que les prévisions, ce qui aggrave encore les conditions de travail. Interpellé, le rectorat refuse de donner les moyens nécessaires.
Beaucoup de collègues sont ainsi profondément démoralisés. Ils ont trop souvent le sentiment de ne servir à rien, d’être impuissants face aux difficultés scolaires des élèves les plus fragiles et face à la baisse du niveau d’exigence à l’examen.

Contre la destruction de l’enseignement professionnel et des services publics, construire la riposte des personnels

A la CGT Educ’action, nous revendiquons l’abrogation de la réforme du bac pro 3 ans. Dans l’immédiat, pour défendre nos postes, nos statuts, nos conditions de travail et la qualité de l’enseignement professionnel, nous avançons les revendications suivantes :
▸ Une nette diminution des effectifs par classe (20 maximum) et une réduction de la taille des groupes
▸ Une forte augmentation du nombre d’heures de groupes : plus aucun enseignement professionnel en classe entière, au moins une heure de groupe pour les enseignements généraux qui en sont privés, une majorité d’heures d’enseignement général effectuées en groupes
▸ Le retour à une définition hebdomadaire des volumes horaires enseignants et élèves dans toutes les disciplines.
▸ Une diminution sensible du nombre de semaines de PFMP
▸ Le retour à des épreuves d’examen ponctuelles et nationales pour le bac pro et le « BEP »
▸ L’arrêt de la politique visant à développer l’apprentissage et à le mettre en concurrence avec la formation initiale sous statut scolaire.
▸ Des personnels administratifs, techniques, de surveillance, de laboratoire, … en nombre suffisant pour assurer le bon fonctionnement des établissements

De l’argent, il y en a pour financer l’enseignement professionnel, l’éducation et les services publics. Ce n’est pas l’éducation qui coûte cher, ce sont les injustices et l’exploitation qui découlent de la casse des services publics et de la pénurie de moyens. Partout dans l’éducation, les gouvernements qui se succèdent réduisent les budgets, suppriment massivement des postes et font entrer à l’école le fonctionnement de l’entreprise et ses normes.

L’enseignement professionnel initial sous statut scolaire est particulièrement menacé. Mais c’est dans le cadre d’une vaste entreprise de démantèlement et d’appauvrissement de l’Éducation Nationale : réforme des rythmes scolaires, « socle commun » et « rénovation » du collège, réforme du Bac technologique, « chantier » des métiers…

Il faut résister à ces attaques et tenir bon sur la défense de l’emploi, des conditions de travail et de la qualité de l’enseignement et du service public.

Nous appelons les personnels à se réunir dès à présent en AG dans les établissements. Nous les appelons à discuter des perspectives d’action, en particulier la grève, qui pourraient mettre un coup d’arrêt à la destruction des emplois publics et à la dégradation de nos conditions de travail. Seuls les personnels massivement en lutte pourront imposer leurs choix, défendre leurs intérêts et ceux de la population.

  • Pénurie des moyens : Effectifs surchargés, insuffisance notoire du nombre d’heures de groupes, baisse du nombre d’heures d’enseignement En enseignement professionnel, avec la perte d’une année de formation et parfois la diminution du nombre hebdomadaire d’heures d’atelier la situation est alarmante. Ayant à cœur de transmettre le goût du travail bien fait, ils souffrent de ne pouvoir conserver un niveau de formation de bonne qualité. Certains cours s’effectuent dorénavant en classe entière (technologie ou économie-gestion, par exemple), les groupes d’atelier industriel sont à 15 élèves. Comment assurer un enseignement de qualité dans ces conditions ? En enseignement général, travailler correctement avec des effectifs très élevés, parfois à 32 élèves, est souvent mission impossible. Aucune matière n’est épargnée : nombreuses sont les classes qui ont cours de français, d’histoire-géographie ou de mathématiques sans aucun dédoublement. Les cours d’arts appliqués ne sont quasiment jamais dispensés en groupes.
  • DHG : opacité, flexibilité et injustice La réforme du bac pro en 3 ans a fait exploser les règles de calcul et d’attribution des heures d’enseignement lors des DHG (Dotations Horaires Globales) : horaires flexibles sur 3 ans, disciplines en concurrence pour sauver leurs postes, calcul du volume horaire complémentaire (nombre d’heures de groupes) particulièrement opaque et inégalitaire, divisions mixtes non dédoublées, AP et EGLS utilisés comme variables d’ajustement…
  • Le tout-CCF alourdit la tâche des personnels Le CCF cristallise le mécontentement des personnels. Cette modalité d’évaluation est très lourde à gérer et désorganise les enseignements. Surtout, le CCF est très inégalitaire : c’est le même enseignant qui forme ses élèves, prépare les sujets d’épreuves, organise leur déroulement et corrige les copies ! Le CCF apparaît comme une manière de faire du chiffre et dans un contexte où la culture du résultat s’installe solidement dans l’EN, les taux de réussite aux examens sont ainsi gonflés artificiellement. Mais le diplôme est évidemment dévalorisé et ce n’est pas le projet ministériel d’introduire le contrôle continu pour le diplôme intermédiaire qui va améliorer la situation, bien au contraire.
  • Des enseignements illégitimes (Accompagnement Personnalisé, EGLS) Annoncé comme la solution au service de la réussite des élèves, l’AP n’a souvent rien de personnalisé et n’accompagne pas les élèves vers leur prétendue réussite. Souvent payé en heures supp, servant de variable d’ajustement au moment des DHG (Dotation Horaire Globale), on y trouve tout et parfois n’importe quoi. Prévu pour 2h30 par semaine, il a privé de nombreuses matières d’heures d’enseignement indispensables. Parfois organisé en barrette (mixage des élèves et des enseignants sur une demi-journée de la semaine), il prépare la casse de nos statuts et de nos conditions de travail. L’EGLS (Enseignement Général Lié à la Spécialité) vire souvent à l’occupationnel et au fourre-tout. Autant d’heures qui seraient bien mieux utilisées pour réussir à boucler des programmes pléthoriques ou pour aider les élèves en difficulté.
  • PFMP : une alternance très lourde à organiser Les 22 semaines de stages en milieu professionnel constituent un casse-tête pour les personnels. Qu’il est difficile de caser tous nos élèves et d’assurer leur suivi ! Ces PFMP désorganisent et réduisent la durée des enseignements. Et la qualité de la formation en milieu professionnel laisse très souvent à désirer.
  • Des « réformes » de structure qui menacent lourdement l’enseignement professionnel La mise en concurrence avec l’apprentissage :présenté par les différents gouvernements comme la voie de formation à développer, l’apprentissage est instrumentalisé comme moyen de concurrencer la formation initiale sous statut scolaire. Les défauts de l’apprentissage sont volontairement passés sous silence : sélection à l’embauche, précarité (nombre de ruptures de contrats très élevé), conditions de sécurité et de tutorat souvent défaillantes, mainmise du patronat, enseignement général et théorique insuffisant, discriminations selon l’origine, le sexe ou le milieu social des élèves. Une politique d’orientation qui vise à vider les LP : L’enseignement professionnel coûte cher. Le ministère et les rectorats, sans le reconnaître, en diminuant les offres de formations en LP, poussent de plus en plus les élèves de collèges soit en seconde générale soit vers l’apprentissage. Le développement de la mixité des publics et des parcours : il s’agit de développer la prétendue complémentarité entre voies de formation (LP, apprentissage, formation continue pour adultes, VAE). Mais comment réussir à travailler correctement avec des publics aussi variés et s’adapter aux contraintes de chaque voie de formation ? En réalité, cette mixité vise à bourrer les classes, à favoriser l’apprentissage et à ainsi renforcer la mainmise des intérêts patronaux sur la formation professionnelle. Elle risque en tous cas de dégrader encore plus les conditions de travail des personnels. La décentralisation : le gouvernement veut renforcer le poids des Régions dans la formation professionnelle et casser le cadre national du service de l’éducation. La décentralisation renforce le pouvoir de barons locaux, soumet les décisions concernant la formation professionnelle aux besoins des entreprises locales et à la logique du court-terme, cherche à diviser le monde enseignant en l’atomisant et prépare la casse des statuts. Les campus des métiers et des qualifications : conçus selon la logique des pôles d’excellence, les 12 campus des métiers et des qualifications sont lourds de menaces. Leur statut d’association loi 1901 risque de faire sortir les LP du système éducatif. La mainmise des entreprises va s’accentuer puisqu’il s’agit de nouer avec celles-ci des partenariats privilégiés et de mettre à disposition les plateaux techniques des établissements scolaires. Enfin, les CMQ sont créés pour développer la mixité des publics et des parcours, et notamment l’apprentissage au détriment de la formation initiale sous statut scolaire. Un véritable cheval de Troie pour les LP et le système éducatif !

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Brèves

La pédagogie Nutella ou le collège 2016... vu à la TV !

lundi 20 avril 2015

La réforme du collège 2016 agite le Landerneau enseignant depuis quelques semaines. Elle inquiète aussi à juste titre les parents qui se demandent bien ce que ledit collège réformé fera avec leur progéniture.

Pour rassurer tout le monde, la télévision publique nous montre à quoi ressemblera le collège 2016, dans deux reportages successifs. En effet, le collège réformé s’inspire de dispositifs innovants qui existent déjà dans quelques établissements expérimentaux.

Alors savourons cet avant-goût du collège nouveau...

Lire la suite sur le site La Vie Moderne

Chatel : « Certaines mesures vont dans le bon sens »

lundi 20 avril 2015

C’est le spécialiste des réformes destructrices Chatel qui ont mis à mal le lycée général et liquidé la voie STI qui nous le dit.
On constate facilement où Vallaud-Belkacem trouve son inspiration !

« Que les conservateurs tombent les masques ! »

lundi 20 avril 2015

Voici le titre de l’interview de Vallaud-Belkacem au très réactionnaire journal Le Point.
Notre seule réponse à NVB : « Que les néo-libéraux tombent également le masque ! »

4 pages spécial Retraités de la FERC

samedi 31 août 2013

Au sommaire : Conférence de l’UFR... les retraités à l’offensive ! - Quelle UFR, quelle structure ? - Place des retraités dans la CGT - Continuité syndicale et renforcement - Impressions croisées
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Au sujet des dépenses scolaires…

jeudi 22 août 2013

Chaque année, à l’approche de la rentrée, on retrouve dans les médias des articles plus ou moins bien renseignés sur les « dépenses de la rentrée des classes ». Je les parcours toujours avec un peu d’agacement quand ils mettent en avant les nouveaux cartables, les vêtements, les classeurs, les crayons et les compas, les garderies et les cantines.
Parler de ces frais là, c’est évoquer l’arbre pour cacher la forêt. Les cartables et les compas durent facilement plusieurs années et les vêtements ne me semblent pas être une dépense scolaire : mes filles iraient-elles nues si l’école n’existait pas ? Idem pour la cantine : il faut manger même en dehors de l’obligation scolaire. Admettons pour la garderie des petits. Ce qui m’interpelle, ce sont les frais dont on parle moins et qui pourtant jalonnent bien le parcours scolaire des jeunes.
Lire la suite sur le site de l’Ecole démocratique

Ecole élémentaire : en France, le nombre d’élèves par enseignant supérieur à la moyenne OCDE (Depp)

vendredi 16 août 2013

Selon la revue « L’Éducation natio­nale en chiffres » de la Depp, le taux d’encadrement dans les écoles élémen­taires fran­çaises se situe en des­sous de la moyenne des pays de l’OCDE.
Le taux d’encadrement dans les écoles élémen­taires fran­çaises est en des­sous de la moyenne des pays de l’OCDE, selon la revue « L’Éducation natio­nale en chiffres » éditée par la Depp et parue en juillet 2013.
Dans les pays de l’OCDE, le nombre moyen d’élèves par ensei­gnant était à ce niveau de 15,4, en 2011 contre 18,4 en moyenne en France.

Loire-Atlantique / Rythmes : lettre ouverte des UD CGT, FO, FSU et Solidaires au DASEN et aux 26 maires de Loire-Atlantique appliquant la réforme en 2013

samedi 29 juin 2013

Depuis plusieurs mois, nos organisations syndicales ne cessent de dénoncer la précipitation et les dangers contenus dans la réforme des rythmes scolaires. Si les appréciations de nos syndicats respectifs peuvent diverger sur l’analyse de la loi Peillon et de son volet sur les rythmes scolaires, cela ne nous empêche en rien de partager nombre de points de vue sur les effets néfastes de cette réforme. Les propos volontaristes des municipalités ayant décidé de s’engager dès septembre 2013 dans la mise en œuvre du pan de réforme sur les rythmes ne résistent pas à un l’examen pragmatique. Pour notre part cette réforme relève plus d’un projet politique portant sur la territorialisation de l’École que sur les effets bénéfiques pour les enfants et les familles.
L’intention gouvernementale affiche une volonté de servir la réussite scolaire des élèves. Nous pensons qu’il y a loin du discours à une réalité qui malmène aussi les personnels concourant aux rythmes éducatifs des enfants. Les campagnes de communication politiciennes ne peuvent dissimuler les malaises grandissant autour de la rentrée 2013 précipitée.
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Coaching patronal au collège, sous l’œil attendri de France 2

mercredi 26 juin 2013

Mardi 18 juin, dans le 20h de France 2, après les 9 min inaugurales sur les inondations en France, et parmi les quelques miettes distribuées aux autres sujets (3 min sur le mouvement social au Brésil, 2 sur l’accueil des touristes à Paris), on retiendra un reportage d’anthologie, intitulé (sur le site de France 2) « Éducation : du coaching en ZEP » : 4 min 20 consacrées à l’intervention d’une cadre dirigeante dans un collège de « ZEP », pour appliquer, selon ses propres dires, les « méthodes d’entreprise » à l’école. 4 min 20 pour un « gros plan » qui « traite » un sujet sans (se) poser la moindre question, sans rien en dire sinon célébrer les vertus d’une initiative qui, avec d’autres, relève d’un entrisme entrepreneurial dans l’institution scolaire, du reste fort à la mode. Une initiative présentée sans contrepoint ni distance : un tel éloge relève-t-il encore de l’information ?
Lire la suite sur le site d’ACRIMED