Le pacte Elysée-MEDEF

mercredi 8 janvier 2014
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Consternants aux yeux des économistes que nous avons interrogés, les voeux de François Hollande pour 2014 marquent un nouveau glissement vers une ligne de droite assumée.

À la première écoute, les voeux de François Hollande, le 31 décembre, n’avaient rien de fracassant. Protocole un brin désuet, rhétorique endormante, la cérémonie n’a suscité que peu de réactions sur le moment. L’attention s’est toutefois réveillée à la lecture d’un communiqué de satisfaction du Medef, publié au matin du 1er janvier.

Qu’avait donc dit le président de la République pour justifier cette communication inhabituelle de l’organisation patronale ? Certes, François Hollande a réaffirmé qu’il n’avait « qu’une priorité, qu’un objectif, qu’un engagement : l’emploi ! ».

Mais derrière l’apparente continuité de ses propos, le chef de l’État, qui s’engageait un an auparavant à tout mettre en oeuvre pour inverser la courbe du chômage avant ce 31 décembre 2013, a surtout paru s’en remettre aux entreprises. Notamment quand il leur propose un « pacte de responsabilité » fondé, at- il expliqué, « sur un principe simple : moins de charges sur le travail, moins de contraintes sur leurs activités et, en contrepartie, plus d’embauches et plus de dialogue social ».

C’est ce « pacte » qui a séduitle Medef. Son président, Pierre Gattaz, rappelle dans son communiqué, et dans un entretien au Monde (5 janvier), avoir porté à l’Élysée, mi-novembre, « un pacte de confiance, signé par plus de 80 fédérations professionnelles et 120 Medef territoriaux », promettant la création d’un million d’emplois en échange de l’ouverture de « cinq chantiers : sur le coût du travail, la fiscalité, la baisse des dépenses publiques, la simplification et les freins à l’embauche ».

Et ce « contenu est très proche » de celui du pacte de responsabilité, assure Pierre Gattaz, très sensible à d’autres annonces du discours présidentiel, présentées par François Hollande comme des « décisions fortes » qui guideront la politique du gouvernement.

En premier lieu, « réduire la dépense publique » selon « un programme d’économies » qui, a assuré le Président, vaut pour « tout le quinquennat ». « Nous pouvons faire mieux en dépensant moins », estime le chef de l’État, qui précise que « cela vaut pour l’État […], pour les collectivités locales […] et pour la Sécurité sociale » qui « doit en terminer avec les excès et les abus ».

L’objectif de cette réduction des dépenses ? « Réduire notre déficit, mais aussi pouvoir à terme baisser les impôts », dont le Président estime qu’ils « sont devenus lourds, trop lourds ».

« C’est là le sens de la réforme fiscale […] engagée », a-t-il expliqué. Seconde décision : la simplification des démarches administratives, tant « pour les actes de la vie quotidienne » que « pour la création d’entreprises et le développement de l’investissement ».

Pierre Gattaz, le président du Medef, s’est félicité des annonces de François Hollande, au « contenu très proche » des propositions du patronat.

Devant ses orientations, les économistes sont pour le moins sceptiques. L’efficacité de ce type de pacte « ne s’est pas vérifiée par le passé, donc pourquoi ça marcherait aujourd’hui ? », s’interroge Agnès Michel, responsable de la commission économie et social d’Europe Écologie-Les Verts.

Certains ont encore en mémoire le « deal » proposé au début des années 1980 par Yvon Gattaz, alors président du Conseil national du patronat français (CNPF), l’ancêtre du Medef : en échange de l’instauration « d’emplois nouveaux à contraintes allégées », le père de Pierre Gattaz promettait (déjà) la création de 471 000 emplois. En 1986, Jacques Chirac, Premier ministre, lui a donné entière satisfaction. Personne n’a jamais pu prouver que les emplois promis avaient été créés.

Plus récemment, le crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE), décidé l’an dernier pour un montant de 20 milliards d’euros, devait, en baissant de 6 % les charges des entreprises, permettre des créations d’emplois. C’était aussi le résultat attendu de la loi dite de sécurisation de l’emploi, entrée en vigueur en juillet, qui, en facilitant les licenciements et les modifications du contrat de travail, lève ce que le Medef appelle « les freins à l’embauche ».

« C’est l’inverse qui s’est produit puisque les plans sociaux ont atteint l’an dernier un record qu’on n’avait pas atteint depuis quatre ans », déplore Guillaume Etievant, secrétaire national à l’économie du Parti de gauche (PG). « Dans ce genre de pacte, relève Michel Husson, des Économistes atterrés, il y a toujours une dissymétrie entre les concessions, très précises, faites au patronat et les engagements complètement flous de ce dernier. »

Au mieux, le pacte de responsabilité de François Hollande n’est donc aux yeux de l’économiste Thomas Coutrot qu’un « pur exercice de communication politique d’ailleurs assez pathétique ».

Le porte-parole d’Attac y voit « l’habillage d’une politique néolibérale assez classique : on baisse le coût du travail et on attend que les actionnaires soient gentils ! ». Et au final, « un désengagement de l’État » supplémentaire. Au pire, « ce qu’il nous annonce, c’est purement et simplement une politique de droite, avec de manière explicite ou implicite l’expression de tous les poncifs de l’idéologie néoconservatrice et néolibérale », craint son collègue Jacques Généreux, professeur à Sciences Po. Que le Président se fasse l’écho du ras-le-bol fiscal et annonce l’objectif de baisser les impôts étonne Agnès Michel.

« La question n’est pas de savoir si on paie trop ou pas assez, mais de voir quels services publics on a en retour », déclare-t-elle, regrettant déjà « la remise à plat fiscale de Jean-Marc Ayrault ». Une réforme « torpillée », prédit Jacques Généreux : « Pour François Hollande, la réforme fiscale, ce n’est pas l’efficacité et la justice, c’est la baisse des impôts. Tout est dit ! »

Autre nouveauté dans le discours présidentiel, le passage sur « les excès et les abus » de la Sécurité sociale est durement commenté. Si Jean-Marie Harribey, coprésident des Économistes atterrés, feint l’incompréhension « Est-ce qu’il voulait parler des abus des médecins, des abus des gens qui prennent deux cachets au lieu d’un ? Ce n’était pas très clair… » , Michel Husson juge le propos « absolument scandaleux ». « À la limite du nauséabond », abonde Jacques Généreux.

Tous refusent toutefois de voirdans ces voeux présidentiels un « tournant » politique. Ils « marquent un approfondissement des choix libéraux » faits lors de la remise du rapport Gallois en novembre 2012, analyse JeanMarie Harribey. La nouveauté, note Guillaume Etievant, « c’est que François Hollande assume encore plus ». « Un glissement progressif vers une politique de droite assumée », renchérit Thomas Coutrot.

Une politique que Jacques Généreux résume ainsi : « On sort de la crise en réduisant le périmètre de l’État, en baissant les dépenses publiques et l’impôt, et en faisant la chasse au gaspillage provoqué par tous ces faux chômeurs, ces faux allocataires qui vivent aux crochets de la société. C’est absolument consternant. » « On baisse le coût du travail et on attend que les actionnaires soient gentils. » ■

par Michel Soudais (avec Camille Selosse et Florence Tricoire)


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Brèves

Moins de fonctionnaires et un statut attaqué :

vendredi 26 mai 2017

120 000 fonctionnaires en moins mais un service public renforcé. Comme depuis 10 ans, le but est donc de faire mieux avec moins, ce qui impliquera, dans les faits, une baisse des services rendus aux usagers et une détérioration des conditions de travail des personnels. Pour cela, la recette managériale habituelle : autonomie des chef-fes de services, individualisation des carrières et des salaires. Bref, la concurrence entre les personnels et la division

CEPIC, AVEC LA CGT, ILS et ELLES ONT GAGNÉ !

mardi 18 avril 2017

Au bout de 2 semaines de grève totale et de blocage du site, les salariés de CEPIC ont arraché vendredi 14 avril un très bon accord :

  • une augmentation de salaire avec un talon de 30 €
  • une prime exceptionnelle équivalent à un mois de salaire
  • une prime de chiffre d’affaires mensuelle

De fait, ces mesures salariales amènent les salariés de CEPIC au niveau des minima conventionnels, que l’employeur refuse depuis des années. La grève menée par les militants CGT de CEPIC, épaulés par la présence permanente de l’UL Sotteville St Etienne a rassemblé du premier au dernier jour 90 % des salariés.
L’UD 76 et la fédération Chimie ont organisé la solidarité sur le piquet : des dizaines de syndicats cgt sont venus régulièrement soutenir. La victoire des CEPIC, après la victoire des Legrand est une victoire pour toute la CGT. C’est la victoire de l’unité et de la solidarité.

Lutte gagnante : victoire pour les travailleurs sans papiers du Marché de Rungis

mercredi 12 avril 2017

Après trois semaines de grève et d’occupation de la Tour Semmaris, les pressions sur les entreprises pour l’établissement des CERFA, les parties (Préfecture, Min de Rungis, CGT) se sont mis d’accord sur les points suivants :

  • établissement par les services préfectoraux de récépissés avec autorisation de travail pour l’ensemble des grévistes ;
  • dépôt des dossiers des 128 travailleurs sans papiers en préfecture du Val-de-Marne.

En conséquence, l’occupation de la Tour Semmaris a pris fin dimanche 9 avril 2017.

Cette victoire est incontestablement à mettre au crédit de la lutte, de la détermination des travailleurs sans papiers, des militants de la CGT et des nombreux et divers soutiens qui auront pu s’exprimer.

On bosse ici, on vit ici, on reste ici !

Montreuil, le 10 avril 2017

Les salariés de l’usine Legrand ont gagné !

mardi 28 mars 2017

Cet après-midi, après 9 jours de grève et de blocage , la direction de l’usine Legrand de Malaunay a cédé devant la délégation CGT et FO, et face à la détermination des salariés qui ont gagné 41,61 euros d’augmentation par mois.
La solidarité a joué un rôle déterminant. Le patron, énervé par la détermination des grévistes qui tenaient bon a lâché : « oui je le sais, vous avez une cagnotte », en faisant référence au soutien financier des autres syndicats CGT et d’autres salariés présents le jeudi 23 Mars devant l’usine. La CGT éduc’action de l’académie de Rouen était porteuse ce jour là d’un message de soutien. BRAVO aux LEGRAND !

Déclarations CGT éduc’action de mars 2017

samedi 25 mars 2017

Lutte gagnante chez SIDEL, près du Havre :

mardi 21 mars 2017

Après des propositions au rabais suite aux négociations salariales annuelles, les salariés de Sidel (métallurgie) ont décidé de se mobiliser pour les salaires alors que les résultats de l’entreprise sont au beau fixe. Après 2 jours de débrayages, la direction a été obligée de revoir sa copie à la hausse. Ainsi, l’augmentation générale pour les non cadres est passée de 0,4% à 1%, Pour les cadres, c’est 1,6% d’augmentation individuelle. La prime de transport est améliorée de 3%, et la prime de vacances de 1000 euros est reconduite. 5000 euros de primes vont être versés aux salariés ainsi qu’un bonus. Le mercredi 8 mars l’assemblée générale a accepté le contenu des négociations et a repris le travail .

Mutations 2° degré : le rectorat ne veut pas communiquer les postes vacants !

samedi 18 mars 2017

Les collègues qui participent au mouvement intra du second degré l’ont déjà remarqué : le rectorat ne communiquera pas les postes vacants, hors postes spécifiques. La raison invoquée d’un problème de calendrier ne tient pas la route. En effet, le CTA qui entérine les suppressions de postes a lieu le 24 Mars, et à la demande légitime des organisations syndicales, il est important que la période de saisie des voeux ne se fasse pas pendant les vacances. Mais cette excuse soulève pas mal de questions : pourquoi refuser de diffuser les postes vacants au moins pour quelques jours, après le 24 Mars ? Pourquoi ne pas avoir fixé les CTA et les groupes de travail préparatoires plus tôt ? Pourquoi ne pas laisser le serveur SIAM ouvert jusqu’au 7 avril ? Cette décision ressemble plus à un refus de communiquer les postes vacants, qu’à un simple problème de calendrier !

Non, tout ne va pas bien dans l’éducation !

jeudi 9 mars 2017

Contrairement à ce que le gouvernement déclare la rentrée 2016 n’est pas bonne, et celle qui se prépare va être encore pire. Les effectifs de classe vont encore augmenter. En Seine-Maritime, en collège, 40 classes vont fermer pour 31 ouvertures. Et les ouvertures ne se font que quand les classes sont déjà pleines à craquer ! Les collèges sortant de l’éducation prioritaire figurent dans le top 5. La fermeture du collège Guy Môquet au Havre est en cours. Dans les lycées les effectifs de classe dépassent de plus en plus fréquemment la barrière déjà inadmissible de 35 élèves par classe. Dans le 1° degré, en Seine-Maritime, 97 classes vont fermer pour seulement 37 ouvertures. Et dans l’Eure, avec des fermetures plus nombreuses que les ouvertures il y aura 6 classes de moins.