LE CAMPUS DES MÉTIERS ET DES QUALIFICATIONS:L’OBSESSION DE LA COMPÉTITIVITÉ

samedi 14 juin 2014
par  Luc De Chivré
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Les Campus des Métiers et des Qualifications (CMQ) ont été créés dans le sillage de la loi de refondation de l’école, en mai 2013. Aux lycées de Fécamp, les personnels ont découvert à la rentrée 2013 que leur établissement avait été choisi pour constituer la tête de réseau du CMQ3E (Campus des Métiers et des Qualifications des Energies et de l’Efficacité Energétique). Cette structure inédite soulève bien des questions et appelle d’importantes critiques.
Le CMQ, qu’est-ce que c’est ?
Impulsé par les ministères de l’Education nationale, de la Recherche et du redressement productif, le campus des métiers et des qualifications est défini dans le BOEN n°20 de 2013 (http://www.education.gouv.fr/pid25535/bulletin_officiel.html?cid_bo=71776). D’après le jargon en vigueur, il s’agit de faciliter la continuité et la mixité des parcours dans le cadre du « continuum bac – 3/bac +3 » (statut scolaire, apprentissage, formation tout au long de la vie, VAE), de favoriser la poursuite d’études vers le supérieur et d’ouvrir sur l’international.
La spécialisation du CMQ3E haut- normand porte sur le domaine des énergies et de l’efficacité énergétique (thème labellisé en octobre 2013). Le statut du CMQ3E est celui d’une association loi 1901 qui regroupe en particulier des établissements de formation et de recherche et des entreprises. Un comité de pilotage associe les services de l’Etat, l’Education nationale, l’Enseignement supérieur et de la Recherche, les entreprises et la Région. Le principe fondateur est la « mutualisation des moyens techniques et humains, dans une démarche collaborative et non concurrentielle » (sic). Une assemblée générale constitutive s’est réunie le 20 février 2014.
Ça, c’est pour la bonne parole. Mais essayons de comprendre ce qui se trame derrière cette appellation prétentieuse.
Le CMQ, une nouvelle version du lycée des métiers ?
Pas vraiment. Alors que le label lycée des métiers est attribué à un établissement, en lien avec une spécialité professionnelle, le CMQ ne labellise pas un seul établissement mais un réseau d’établissements.
En revanche, comme le lycée des métiers, le CMQ a pour objectif de favoriser la mixité des parcours et des publics. Forcément, comme les gouvernements de droite ou de gauche qui se succèdent depuis une dizaine d’années, le ministère cherche avant tout à développer l’apprentissage et met l’enseignement professionnel public en concurrence avec celui-ci.
Sur le plan de la « démocratie » (mais n’ayons guère d’illusions sur une supposée démocratie dans l’Education Nationale), le CMQ, c’est pire en tous les cas. Alors qu’un vote majoritaire du conseil d’administration est nécessaire pour obtenir le label lycée des métiers, ce n’est même plus le cas pour l’adhésion d’un établissement à un CMQ. Pourquoi donc l’institution prendrait-elle le risque d’essuyer un refus des personnels et des usagers et contrarier ainsi les plans du rectorat et du conseil régional ? Le ministère impose l’adhésion au CMQ, un point, c’est tout. Ainsi, 27 lycées de l’académie ont adhéré au CMQ3E, parmi lesquels, outre les trois lycées fécampois, l’Emulation dieppoise, Siegfried, Schuman/Perret, Lavoisier au Havre, Sembat à Sotteville, Queneau à Yvetot, Coubertin à Bolbec, entre autres. Evidemment, cela s’est fait sans concertation et sans en informer les personnels. Aux lycées de Fécamp, les personnels n’ont reçu qu’un courrier de leur direction, en septembre, les informant vaguement de la mise en place du CMQ mais les représentants des personnels ont été soigneusement tenus à l’écart de toute réunion sur ce sujet. Circulez, y’a rien à voir !
Quel partenariat avec les entreprises locales ?
Le CMQ prévoit d’établir « des liens privilégiés avec les entreprises locales : notamment afin d’y réaliser des prototypes, mais aussi par la mise à disposition des plateaux techniques du campus ». Le CMQ3E comporte en effet des entreprises partenaires qui ont choisi d’y adhérer : Areva, EDF, ERDF ou Dalkia ! C’est donc ça, les entreprises locales ? On pouvait s’attendre à des PME et au lieu de cela, on a des sites locaux de firmes multinationales bien connues pour leur contribution au progrès social et environnemental.
Pourquoi un statut d’association loi 1901 ?
Ce statut inédit constitue une entorse au fonctionnement du service public de l’enseignement professionnel. Comme nous l’avons montré plus haut, le risque est en effet réel que ce type de structure renforce la mainmise des intérêts patronaux sur l’enseignement professionnel. D’autant qu’on trouve dans le « collège institutions et associations », l’un des deux principaux lobbies patronaux, à savoir la CGPME, ainsi que la CCI de Fécamp/Bolbec. Manque plus que le MEDEF, mais cela ne devrait pas tarder… Qui peut donc croire que la présence de groupes industriels comme Areva ou EDF et celle d’associations patronales soit désintéressée ? C’est un peu le loup qui entre dans la bergerie. Le pouvoir décisionnel, ou à tout le moins l’influence, qui leur est conféré sur les formations dispensées et leurs modalités risque donc par ce biais d’accroître la mainmise des milieux patronaux.
Et les conditions de travail des personnels dans tout ça ?
D’après ceux qui sont chargés de vendre le projet, deux principes pédagogiques sont mis en avant : la mutualisation et la modularisation.
Comme il faut toujours un habillage pédagogique, la mutualisation est présentée comme une opportunité pour nos élèves de sortir du lycée pour découvrir plein de choses, et pour le lycée, de nouer des partenariats avec d’autres établissements. Mais derrière ce mot de mutualisation, il y a évidemment l’obsession de la réduction des dépenses budgétaires. Comment ? Par exemple en mettant les locaux et les plateaux techniques des établissements scolaires à la disposition d’autres publics et d’autres formations. Ou encore en mixant des publics différents (élèves, apprentis, adultes en formation) puisque l’un des objectifs des CMQ est de développer l’apprentissage. Une seule classe au lieu de deux (avec deux ou trois types de publics différents), un seul atelier au lieu de deux, voilà qui permet de faire des économies.
La modularisation consiste à mettre en place des formations ou des enseignements sur de courtes périodes, de quelques semaines par exemple, parfois en lieu et place de formations plus longues et de meilleure qualité mis plus coûteuses. Cela permet ainsi d’éviter d’ouvrir des formations dans les lycées publics et aussi d’en supprimer.
Par les contraintes liées à l’organisation du travail des enseignants (occupation des locaux, organisation du temps, par exemple) ou à la diversité des publics accueillis, la mutualisation et la modularisation peuvent donc avoir des conséquences tout à fait négatives sur nos conditions de travail.
Le CMQ, une coquille vide ?
Rien n’est moins sûr. Le statut d’association loi 1901, la présence de puissantes entreprises et de groupes de pression patronaux en son sein, la mise à disposition des plateaux techniques des établissements, la promotion de l’apprentissage, qui a les faveurs du patronat, au détriment de l’enseignement professionnel public, tous ces éléments font craindre que le campus des métiers ne constitue une étape de plus vers une sortie de l’enseignement professionnel du système éducatif public.


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Au sujet des dépenses scolaires…

jeudi 22 août 2013

Chaque année, à l’approche de la rentrée, on retrouve dans les médias des articles plus ou moins bien renseignés sur les « dépenses de la rentrée des classes ». Je les parcours toujours avec un peu d’agacement quand ils mettent en avant les nouveaux cartables, les vêtements, les classeurs, les crayons et les compas, les garderies et les cantines.
Parler de ces frais là, c’est évoquer l’arbre pour cacher la forêt. Les cartables et les compas durent facilement plusieurs années et les vêtements ne me semblent pas être une dépense scolaire : mes filles iraient-elles nues si l’école n’existait pas ? Idem pour la cantine : il faut manger même en dehors de l’obligation scolaire. Admettons pour la garderie des petits. Ce qui m’interpelle, ce sont les frais dont on parle moins et qui pourtant jalonnent bien le parcours scolaire des jeunes.
Lire la suite sur le site de l’Ecole démocratique

Ecole élémentaire : en France, le nombre d’élèves par enseignant supérieur à la moyenne OCDE (Depp)

vendredi 16 août 2013

Selon la revue « L’Éducation natio­nale en chiffres » de la Depp, le taux d’encadrement dans les écoles élémen­taires fran­çaises se situe en des­sous de la moyenne des pays de l’OCDE.
Le taux d’encadrement dans les écoles élémen­taires fran­çaises est en des­sous de la moyenne des pays de l’OCDE, selon la revue « L’Éducation natio­nale en chiffres » éditée par la Depp et parue en juillet 2013.
Dans les pays de l’OCDE, le nombre moyen d’élèves par ensei­gnant était à ce niveau de 15,4, en 2011 contre 18,4 en moyenne en France.

Loire-Atlantique / Rythmes : lettre ouverte des UD CGT, FO, FSU et Solidaires au DASEN et aux 26 maires de Loire-Atlantique appliquant la réforme en 2013

samedi 29 juin 2013

Depuis plusieurs mois, nos organisations syndicales ne cessent de dénoncer la précipitation et les dangers contenus dans la réforme des rythmes scolaires. Si les appréciations de nos syndicats respectifs peuvent diverger sur l’analyse de la loi Peillon et de son volet sur les rythmes scolaires, cela ne nous empêche en rien de partager nombre de points de vue sur les effets néfastes de cette réforme. Les propos volontaristes des municipalités ayant décidé de s’engager dès septembre 2013 dans la mise en œuvre du pan de réforme sur les rythmes ne résistent pas à un l’examen pragmatique. Pour notre part cette réforme relève plus d’un projet politique portant sur la territorialisation de l’École que sur les effets bénéfiques pour les enfants et les familles.
L’intention gouvernementale affiche une volonté de servir la réussite scolaire des élèves. Nous pensons qu’il y a loin du discours à une réalité qui malmène aussi les personnels concourant aux rythmes éducatifs des enfants. Les campagnes de communication politiciennes ne peuvent dissimuler les malaises grandissant autour de la rentrée 2013 précipitée.
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Coaching patronal au collège, sous l’œil attendri de France 2

mercredi 26 juin 2013

Mardi 18 juin, dans le 20h de France 2, après les 9 min inaugurales sur les inondations en France, et parmi les quelques miettes distribuées aux autres sujets (3 min sur le mouvement social au Brésil, 2 sur l’accueil des touristes à Paris), on retiendra un reportage d’anthologie, intitulé (sur le site de France 2) « Éducation : du coaching en ZEP » : 4 min 20 consacrées à l’intervention d’une cadre dirigeante dans un collège de « ZEP », pour appliquer, selon ses propres dires, les « méthodes d’entreprise » à l’école. 4 min 20 pour un « gros plan » qui « traite » un sujet sans (se) poser la moindre question, sans rien en dire sinon célébrer les vertus d’une initiative qui, avec d’autres, relève d’un entrisme entrepreneurial dans l’institution scolaire, du reste fort à la mode. Une initiative présentée sans contrepoint ni distance : un tel éloge relève-t-il encore de l’information ?
Lire la suite sur le site d’ACRIMED