Vous avez dit emploi d’avenir professeur ?

Interview d’un Emploi d’Avenir Professeur de l’Académie de Rouen
mercredi 1er octobre 2014
par  Luc De Chivré
popularité : 2%

Interview d’un Emploi d’Avenir Professeur de l’Académie de Rouen
(Agglomération de Rouen)

1- Tu fais partie des premiers EAP recrutés il y a de cela deux ans et quelques mois dans l’académie. Comment as tu décidé d’être EAP ?
En effet, je suis devenu EAP en avril 2012, suite à une candidature déposée en mars. J’étais en fin de Licence 2 et je ne savais pas exactement ce que je voulais mais mon premier choix était la recherche.
Des le début de l’année 2012, une campagne de recrutement d’EAP a commencé et en tant qu’étudiant boursier, je recevais constamment des mails m’incitant à postuler. Je me suis décidé à envoyer ma candidature (après environ cinq-six mails) sans grande conviction.
En recevant un avis favorable, je me suis immédiatement rendu au rectorat en pensant passer un entretien mais on m’a juste informé de mon affectation dans mon établissement. En dix minutes, je suis devenu EAP sans vraiment prendre conscience et sans savoir comment j’allais gérer cette situation.
J’ai donc pris les devants en contactant l’établissement où j’étais affecté et à ma grande surprise, le collège (principale) n’était pas au courant de ce dispositif. J’ai rencontré ma tutrice et me suis présenté mais à aucun moment (rectorat ou établissement ) mes compétences linguistiques -anglais entre autres- ont été vérifiées.

2- Comment se sont déroulées tes deux premières années d’emploi d’avenir professeur dans l’établissement ?
Une semaine après ma visite dans mon établissement, j’ai commencé mon contrat de 12h. Bien évidemment, le stress du jeune étudiant qui va pour la première fois côtoyer des professeurs était palpable. A ma grande joie et surprise, mes collègues m’ont accueilli et intégré dès le début malgré les nombreuses interrogations sur mon statut. Je me suis de suite senti intégré et à l’aise tant avec les élèves qu’avec le personnel de l’établissement.
La première année était l’année-test car personne ne savait vraiment ce que je devais faire : observer, avoir des groupes ou tout simplement faire du soutien et de la vie scolaire.
Par contre, l’année de L3 fut très enrichissante. Ma tutrice est très impliquée dans mon épanouissement depuis le tout début et fait très attention à ce que j’apprends chaque jour. J’ai suivi plusieurs classes tout au long de l’année car mon emploi du temps à la fac me le permettait. Je ne faisais plus de soutien ou autre et je consacrais mes 9h par semaine dans une salle de classe à faire un vrai travail d’apprentissage du métier de professeur.
J’ai également eu la chance de suivre d’autres professeurs dans des projets autres que ma matière.
C’est cette deuxième année en tant qu’ EAP qui m’a permis de comprendre que ma vraie passion était l’enseignement dans le secondaire .

3- Est-ce la même situation pour les autres EAP que tu connais ? Quels genres de missions leur sont attribués ?
J’ai souvent l’impression d’être un EAP très chanceux. Je ne suis pas un extra dans le collège alors que certains camarades qui ont continué après la L2 ne font pas du tout les pratiques accompagnées. La plupart d’entre eux ne font que du soutien ou de l’observation. Certains ne font que deux à trois heures par semaine sans rendre de compte .
Sur un forum, une jeune femme expliquait qu’elle n’avait aucun tuteur. Cette année 2014 va être très compliquée car maintenant on arrive au stade où il n y a pas assez de tuteurs et les EAP ayant eu des avis favorables se retrouvent à faire du porte-à-porte pour d’abord trouver un tuteur qui accepterait de les prendre et ensuite appelle l’établissement.

4- Tu approches de la fin de ton cursus universitaire, comment se passe ta rentrée en Master 1 à l’ESPE ?
Mon début de Master s’annonce très difficile à ma très grande surprise. Je pensais que le statut EAP était pris en compte dans l’élaboration des plannings mais en fin de compte, notre statut est totalement ignoré par les ESPE qui ont beaucoup de travail avec les stagiaires (j’ai reçu un mail aujourd’hui pour savoir si j’avais ou étais dans la capacité d’ effectuer au minimum 40 h d’observation et pratique pour être dispensé du stage. Bien évidemment ce mail renforce ma conviction que certaines personnes ne comprennent pas tout car si on cumule les deux années précédentes, il est évident que le minimum de 40h est dépassé ). On nous a tout simplement conseillé de démissionner de notre poste car le programme était beaucoup trop chargé mais personne ne se demande pourquoi nous continuons .
Dans chaque filière, il y a souvent une journée consacrée au stage en fin de semaine mais les autres jours sont consacrés aux cours. L’EAP doit par conséquent jongler entre l’ UFR, l’ESPE et son établissement dans la même journée. Pour un grand nombre d’étudiant, les journées commencent à 8h et se terminent à 18h du lundi au vendredi avec une pause d’une heure qui laisse le temps de se rendre dans un nouveau lieu. Il faut donc avoir une organisation quasi militaire pour être sûr de réussir ses études.

5- Quel bilan tires-tu aujourd’hui de ton embauche et des possibilités de faciliter l’accès au métier d’enseignante en étant EAP ?
D’un point de vue personnel, le statut EAP m’a ouvert les yeux sur ce que je voulais faire après mon Master. C’est un très bon moyen de mêler la théorie à la pratique et d’être sur le terrain au contact d’enseignants titulaires et d’élèves. Au fil des semaines, on gagne en confiance et en maturité. La chose la plus importante pour un EAP est d’avoir un tuteur, une personne qui nous guide, qui nous corrige, qui nous félicite quand il le faut et qui nous signale quand ça ne va pas.
Malgré ces avantages, l’organisation de ce programme est chaotique. Il n y a pas assez de suivi de la part du rectorat , les ESPE ne se sentent pas concernés alors que les EAP apportent un plus en expliquant à leurs camarades non-boursiers la vie d’enseignant sur le terrain.
Pour en finir, le dernier problème qui se pose concerne l’après-EAP (si il ne réussit pas son CAPES). En effet, en M2, il est impossible pour un étudiant de postuler donc plus de bourse de service public et plus de salaire. Pour ma part, j’ai démissionné de mon contrat étudiant dans une boutique qui m’assurait du travail pendant mes cinq ans d’études mais l’an prochain je me retrouverai avec une bourse de 250 euros sans allocation chômage car bien évidemment un étudiant ne peut pas prétendre aux allocations.
En conclusion, l’EAP est un très bon moyen pour découvrir le métier d’enseignant mais aussi un piège car si l’étudiant réalise qu’il n’est pas fait pour ce métier, il sera tout de même dans l’obligation de passer le CAPES afin d’éviter le remboursement total ou partiel de la bourse de service public.


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Brèves

La pédagogie Nutella ou le collège 2016... vu à la TV !

lundi 20 avril 2015

La réforme du collège 2016 agite le Landerneau enseignant depuis quelques semaines. Elle inquiète aussi à juste titre les parents qui se demandent bien ce que ledit collège réformé fera avec leur progéniture.

Pour rassurer tout le monde, la télévision publique nous montre à quoi ressemblera le collège 2016, dans deux reportages successifs. En effet, le collège réformé s’inspire de dispositifs innovants qui existent déjà dans quelques établissements expérimentaux.

Alors savourons cet avant-goût du collège nouveau...

Lire la suite sur le site La Vie Moderne

Chatel : « Certaines mesures vont dans le bon sens »

lundi 20 avril 2015

C’est le spécialiste des réformes destructrices Chatel qui ont mis à mal le lycée général et liquidé la voie STI qui nous le dit.
On constate facilement où Vallaud-Belkacem trouve son inspiration !

« Que les conservateurs tombent les masques ! »

lundi 20 avril 2015

Voici le titre de l’interview de Vallaud-Belkacem au très réactionnaire journal Le Point.
Notre seule réponse à NVB : « Que les néo-libéraux tombent également le masque ! »

4 pages spécial Retraités de la FERC

samedi 31 août 2013

Au sommaire : Conférence de l’UFR... les retraités à l’offensive ! - Quelle UFR, quelle structure ? - Place des retraités dans la CGT - Continuité syndicale et renforcement - Impressions croisées
Télécharger le 4 pages

Au sujet des dépenses scolaires…

jeudi 22 août 2013

Chaque année, à l’approche de la rentrée, on retrouve dans les médias des articles plus ou moins bien renseignés sur les « dépenses de la rentrée des classes ». Je les parcours toujours avec un peu d’agacement quand ils mettent en avant les nouveaux cartables, les vêtements, les classeurs, les crayons et les compas, les garderies et les cantines.
Parler de ces frais là, c’est évoquer l’arbre pour cacher la forêt. Les cartables et les compas durent facilement plusieurs années et les vêtements ne me semblent pas être une dépense scolaire : mes filles iraient-elles nues si l’école n’existait pas ? Idem pour la cantine : il faut manger même en dehors de l’obligation scolaire. Admettons pour la garderie des petits. Ce qui m’interpelle, ce sont les frais dont on parle moins et qui pourtant jalonnent bien le parcours scolaire des jeunes.
Lire la suite sur le site de l’Ecole démocratique

Ecole élémentaire : en France, le nombre d’élèves par enseignant supérieur à la moyenne OCDE (Depp)

vendredi 16 août 2013

Selon la revue « L’Éducation natio­nale en chiffres » de la Depp, le taux d’encadrement dans les écoles élémen­taires fran­çaises se situe en des­sous de la moyenne des pays de l’OCDE.
Le taux d’encadrement dans les écoles élémen­taires fran­çaises est en des­sous de la moyenne des pays de l’OCDE, selon la revue « L’Éducation natio­nale en chiffres » éditée par la Depp et parue en juillet 2013.
Dans les pays de l’OCDE, le nombre moyen d’élèves par ensei­gnant était à ce niveau de 15,4, en 2011 contre 18,4 en moyenne en France.

Loire-Atlantique / Rythmes : lettre ouverte des UD CGT, FO, FSU et Solidaires au DASEN et aux 26 maires de Loire-Atlantique appliquant la réforme en 2013

samedi 29 juin 2013

Depuis plusieurs mois, nos organisations syndicales ne cessent de dénoncer la précipitation et les dangers contenus dans la réforme des rythmes scolaires. Si les appréciations de nos syndicats respectifs peuvent diverger sur l’analyse de la loi Peillon et de son volet sur les rythmes scolaires, cela ne nous empêche en rien de partager nombre de points de vue sur les effets néfastes de cette réforme. Les propos volontaristes des municipalités ayant décidé de s’engager dès septembre 2013 dans la mise en œuvre du pan de réforme sur les rythmes ne résistent pas à un l’examen pragmatique. Pour notre part cette réforme relève plus d’un projet politique portant sur la territorialisation de l’École que sur les effets bénéfiques pour les enfants et les familles.
L’intention gouvernementale affiche une volonté de servir la réussite scolaire des élèves. Nous pensons qu’il y a loin du discours à une réalité qui malmène aussi les personnels concourant aux rythmes éducatifs des enfants. Les campagnes de communication politiciennes ne peuvent dissimuler les malaises grandissant autour de la rentrée 2013 précipitée.
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Coaching patronal au collège, sous l’œil attendri de France 2

mercredi 26 juin 2013

Mardi 18 juin, dans le 20h de France 2, après les 9 min inaugurales sur les inondations en France, et parmi les quelques miettes distribuées aux autres sujets (3 min sur le mouvement social au Brésil, 2 sur l’accueil des touristes à Paris), on retiendra un reportage d’anthologie, intitulé (sur le site de France 2) « Éducation : du coaching en ZEP » : 4 min 20 consacrées à l’intervention d’une cadre dirigeante dans un collège de « ZEP », pour appliquer, selon ses propres dires, les « méthodes d’entreprise » à l’école. 4 min 20 pour un « gros plan » qui « traite » un sujet sans (se) poser la moindre question, sans rien en dire sinon célébrer les vertus d’une initiative qui, avec d’autres, relève d’un entrisme entrepreneurial dans l’institution scolaire, du reste fort à la mode. Une initiative présentée sans contrepoint ni distance : un tel éloge relève-t-il encore de l’information ?
Lire la suite sur le site d’ACRIMED