Rapport Thélot - UNE MACHINE DE GUERRE CONTRE L’EDUCATION NATIONALE

lundi 15 novembre 2004
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Le 12 octobre la commission Thélot a rendu son rapport officiellement, et à partir de là a commencé une phase de discussions qui a comme échéances d’abord, en décembre, l’adoption en conseil des ministres du projet de loi d’orientation, puis, au printemps 2005, son passage devant l’Assemblée nationale. Mais on devine qu’un projet devant être adopté dans deux mois en conseil des ministres est d’ores et déjà rédigé.
Ce texte est le produit d’un processus politique entamé à l’automne 2003. Création d’une commission, puis dans les établissements, les écoles, un « Grand débat » est organisé, en présence des parents, des élèves, des élus, .... A l’URSEN/CGT, nous avons refusé de participer à cette mascarade, et donc de la cautionner.

Rien dans ce rapport ne peut se targuer de la moindre originalité, ceux qui avaient lu, tout ou partie des rapports précédents, réalisés par de précédentes commissions, n’auront aucune surprise à la lecture de ce rapport.

C’est donc un condensé du programme de Chirac et Seillière en matière d’enseignement, appuyé toutefois sur les acquis des précédentes « réformes », que ce soit sur les Lycées Professionnels, à l’université, ou encore la dite « réforme du lycée », la nouvelle 3ème (voir L’Objectif syndical n°65), sur la création des assistants d’éducation, etc. Mais il s’agit cette fois-ci d’un programme de travail immédiat.

Un plan de déqualification et de déscolarisation de la jeunesse populaire

Le rapport part du constat que les besoins de formation, auxquels bien entendu l’enseignement doit être adapté, sont des besoins en main d’œuvre non qualifiée, ou plus exactement déqualifiée.
En conséquence, il propose tout à la fois d’expulser les élèves des cursus généraux, au-delà de 16 ans, et de déqualifier l’enseignement « obligatoire », c’est à dire à l’école primaire, et principalement au collège.

Les cycles d’apprentissage seraient redécoupés. La scolarité obligatoire est restructurée en « cycles » : « cycle d’apprentissage » (grande section de maternelle, CP, CE 1) ; « cycle d’approfondissement » (CE 2, CM 1, CM 2, 6e) ; « cycle de diversification » (5e, 4e, 3e). La classe de 6e, dans sa structure pédagogique, est donc rattachée au primaire.

Les blocs de matières seront hiérarchisés, et les élèves en difficulté pourraient être cantonnés pour la plus grande partie des horaires définis dans les cycles, au seul bloc des apprentissages dits « fondamentaux » : le français, les mathématiques, l’anglais de « communication internationale », « l’éducation à la vie en commun », et Internet.

Ces « matières fondamentales » sont elles mêmes dévalorisées : en anglais de « communication internationale » on en restera sans doute au vocabulaire du marketing, tout le reste deviendrait accessoire. Ceux qui auront maîtrisé les apprentissages fondamentaux, pourront obtenir un large horaire dans les apprentissages secondaires et optionnels : l’EPS, les sciences, le travail manuel, une deuxième langue vivante, ou encore les langues anciennes, les « humanités » (que devient l’histoire-géo ?)

On notera que la « découverte professionnelle » pourrait prendre une importance d’autant plus grande que les élèves auraient des difficultés : pour résoudre les difficultés scolaires, il suffit donc de supprimer l’école ! Il suffisait d’y penser.

Les élèves qui à la sortie de chaque cycle n’auront pas maîtrisé ces savoirs de base y seront maintenus indéfiniment, leur scolarité toute entière, entre le CE 2 du primaire et la troisième du collège, se limitant aux « renforcements des indispensables ». Ils n’auront jamais accès aux matières de réflexion et de logique, ni aux « humanités » (le nouveau nom d’un enseignement réduit de littérature, histoire et géographie) ni aux « sciences » (réunissant indistinctement sciences physiques et sciences de la vie), ni aux mathématiques, ni à une seconde langue vivante.

Les élèves qui maîtriseraient mal les apprentissages fondamentaux ne pourraient pas accéder au lycée, où les apprentissages secondaires seraient exigés. Ils se dirigeraient naturellement vers l’apprentissage et l’alternance, ou seraient tout simplement expulsés de l’école, avec un crédit-formation tout au long de la vie pour occuper leur période de chômage.

A priori, on a l’impression d’un recentrage sur les « matières fondamentales », mathématiques et français. Ce n’est pas le cas : non seulement le socle commun, par rapport au collège actuel, est appauvri du point de vue de l’éventail des disciplines, mais y compris les « matières fondamentales » sont appauvries. Il est symptomatique de constater que lorsque le rapport parle des contenus de l’enseignement (et pas seulement des structures), il ne donne pas d’indication précise sauf une : les programmes sont trop ambitieux, le contenu du « socle commun » implique de les revoir à la baisse.

Pour déqualifier les jeunes, le rapport souhaite aussi une refonte-suppression du BEP au profit du Bac pro, qui n’est reconnu que dans un nombre infime de conventions collectives.

Un statut du lycéen professionnel, destiné à appâter le chaland, calqué sur les rémunérations de stages, c’est à dire moins de 300 euros mensuels, permettrait de livrer dans un cadre d’alternance généralisée les jeunes à la formation patronale, comme main d’œuvre complémentaire. Ce statut vise à sortir ces lycéens des contraintes de l’école. Thélot écrit qu’il est nécessaire de redéfinir « le statut juridique du jeune lorsqu’il est en stage (en particulier lors des périodes de congés scolaires »). L’objectif est sans doute de permettre aux patrons d’avoir de la main d’œuvre gratuite pendant ces périodes.

De plus, notons que dès le cycle 5ème/3ème, les stages en entreprise sont généralisés dans le cadre des parcours de découvertes, pour les élèves les plus faibles.

L’autonomie des établissements contre le cadre national de l’enseignement

L’autonomie des établissements est nécessaire pour permettre la déréglementation. Il s’agit essentiellement de développer de nouvelles structures de « pilotage » managérial des établissements, et plus précisément de nouveaux échelons hiérarchiques pour mettre au pas les travailleurs de l’Education Nationale.
Les établissements se verraient dotés d’une large autonomie, budgétaire, de pouvoirs renforcés, notamment dans la nomination des personnels.

 Ainsi, le statut des écoles élémentaires serait modifié. De véritables chefs d’établissements scolaires seraient créés, dotés de pouvoirs réels, ils « gouverneraient » l’école et le réseau d’école à partir d’un conseil tripartite, où des représentants de parents, des élus locaux, viendraient compléter le directoire.

 Dans les établissements secondaires aussi de nouveaux conseils seraient créés, et de nouvelles chefferies avec la « promotion » d’un professeur à une direction des études et d’un CPE à une direction de la vie scolaire. La première s’occuperait de l’organisation des disciplines, du remplacement des enseignants, de l’organisation des examens... La seconde de l’apprentissage de la civilité, de l’orientation en relation avec les entreprises Tout ceci renforçant le poids de la direction dans chaque établissement.
Un conseil pédagogique, en plus d’un conseil de la communauté scolaire, serait chargé de l’organisation générale de la vie de l’établissement.
Les budgets des établissements seraient quant à eux modulables : une part fixe, une part délivrée sur critères sociaux, jusqu’à 25 % de dotation supplémentaire, et 8 à 1O % de la dotation horaire sur la base de la politique de l’établissement, le tout évalué régulièrement.
Dans les établissements en difficulté, les proviseurs et principaux pourraient donner un avis sur la nomination des personnels enseignants.
Budget et programmes variant du tout au tout dans chaque établissement au gré des projets et des équipes : il ne restera rien du cadre national de l’enseignement.
Le rapport propose de faire voler en éclat le cadre national des diplômes avec l’organisation des cycles dans la partie obligatoire du cursus, le brevet d’études fondamentales, en deux parties, évaluée dans l’établissement, l’insistance du rapport sur la personnalisation des parcours. Rien n’est écrit dans le rapport sur le bac, mais quelle autre évolution pourrait-il subir dans ce projet ? Une division des examens est prévue dans les établissements du secondaire !
Les nouveaux conseils d’établissements, les partenariats et contrats passés avec les entreprises, l’évaluation des crédits en fonction des résultats, des examens eux mêmes attribués dans le cadre de l’établissement, tout cela aboutit à soumettre les établissements, aux pressions locales venues de toute part :

 les élus locaux auxquels la loi de décentralisation a transféré des responsabilités essentielles dans la définition des cartes des formations, contrôleront de surcroît par le levier budgétaire variable la politique des établissements, d’autant qu’ils gèreront les personnels TOS, les locaux. ..

 le patronat, par les rapports croissants que les établissements se voient contraints d’entretenir avec les entreprises, pour les stages, l’alternance, au collège, dans les lycées professionnels.
C’est bel et bien une logique de démantèlement total.

La liquidation programmée de l’enseignement professionnel

Pour inscrire profondément les liens école/entreprise, le rapport Thélot propose que la première année de formation des PLP d’enseignement professionnel corresponde uniquement à un stage d’un an en entreprise. Il veut aussi mettre les PLP sous la double tutelle des ministères du Travail et de l’Education : or, l’enseignement professionnel a été retiré de la tutelle du ministère du Commerce et de l’Industrie il y a 84 ans car le patronat s’était montré incapable d’organiser correctement les cours professionnels.

De plus, la commission Thélot propose que soient embauchés des « professeurs associés », salariés d’entreprises privées qui viendraient donner quelques heures de formation aux élèves en lieu et place des PLP qualifiés et régis par le statut de fonctionnaires d’Etat.
L’objectif est, tout simplement, de faire disparaître l’enseignement professionnel !

Une attaque sans précédent contre le statut des personnels

Dans un tel cadre, le statut des personnels, des enseignants, est directement attaqué. Il faut en effet pour le gouvernement à la fois soumettre les enseignants à l’arbitraire local, comme l’ensemble des personnels. Recrutés de plus en plus par le chef d’établissement lui- même, se voyant imposer les remplacements en interne, et enfin augmenter jusqu’à 30 % leur service, les décrets de 1950 définissant le service des enseignants en heures d’enseignement sont l’obstacle décisif à faire sauter.

Dans un premier temps, et parce que cette disposition « bouleverse les habitudes », le rapport propose que les 4 à 8 heures hebdomadaires supplémentaires affectées aux tâches pédagogiques ne relevant pas de l’enseignement soient obligatoires pour les seuls enseignants nouvellement recrutés, et instaurée sur la base du volontariat pour les autres. Mais personne ne peut être dupe, il ne s’agit que d’une disposition transitoire, et vouée à s’étendre à tous - d’autant que le renouvellement du corps enseignant d’ici quelques années va être considérable.

Ces heures ouvrent les portes à tout : remplacement des enseignants, surveillance, apprentissage de la « civilité », éducation à la vie en société, orientation en relation avec les entreprises.
L’évaluation des enseignants, leur formation devrait être remodelée.
On se mettrait à recruter des profs bivalents. Le concours ne serait qu’une première étape, le stage durerait deux ans, et serait sanctionné par un examen. La régionalisation des recrutements et des affectations serait amorcée, ce qui prépare la déstructuration de ce qui existe encore de national dans les mutations, mais aussi d’autres évolutions vers un recrutement local probablement...

Les enseignants feraient un bilan de leur pratique pédagogique annuelle avec le chef d’établissement, leur inspection aurait lieu tous les trois ans, en présence du chef d’établissement.
Le rapport Thélot propose encore, toujours contre le statut, d’étendre la polyvalence, la flexibilité des enseignants des lycées et collèges. Dans le cadre de la redéfinition des cycles, en particulier sur le primaire et le collège, les PLC et les PE pourraient ainsi être amenés à passer d’un cycle à l’autre, d’un établissement à l’autre, d’un statut à l’autre.

Ce texte concentre ce que doit être la loi d’orientation, à savoir une machine de guerre contre les travailleurs et l’enseignement. Personne ne peut en être dupe - à moins de considérer que le gouvernement aurait lancé un an de « grand débat », demandé un rapport à une commission qu’il a lui-même désignée ...pour rien !
Face à cette offensive de grande ampleur, une grève massive et unitaire est indispensable. Il faut rendre coup pour coup à Chirac / Raffarin et au Medef.


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