Très réactionnaire morale laïque

mercredi 25 mars 2015
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En décembre dernier, le Ministère a publié les projets de programmes de l’enseignement moral et civique (EMC), marotte du ministre Peillon. Ce nouvel « enseignement » a été présenté comme une pièce maîtresse de la lutte pour la défense des « valeurs de la République », République bourgeoise qui depuis bien longtemps a « remplacé sa devise Liberté, Égalité, Fraternité ! par les termes non équivoques de Infanterie, Cavalerie, Artillerie ! » (Marx, Le 18 Brumaire, 1851).

Sans discuter sur le fait que le gouvernement donne à l’école pour mission d’enseigner la morale aux élèves, c’est-à-dire le « bien » et le « mal », on peut constater facilement que le but de l’EMC est proprement réactionnaire.
Il affiche comme objectif affiché d’apprendre aux jeunes le « principe d’obéissance » c’est-à-dire «  comprendre le bien-fondé des règles régissant les comportements individuels et collectifs, à y obéir et à agir conformément à elles ». Si les élèves réussissent à intégrer ce principe, les professeurs de philosophie pourront cesser de soumettre à leurs élèves un sujet comme « Faut-il obéir à des lois injustes ? » et on trouvera moins de militants pour aider les sans-papiers ou faire des piquets de grève.

La moralité de l’EMC laisse aussi à désirer. En terminale, le passage de l’ECJS à l’EMC le montre clairement.
Les actuels programmes d’ECJS abordaient des questions qui disparaissent totalement des projets de programme d’EMC. C’est le cas par exemple des thèmes « argent et moralisation financière » et « violence et travail ». Pour le premier, on comprend sans mal que les anciens collègues de Jérôme Cahuzac aient préféré faire disparaître ce type d’interrogation. Pour le second, il suffit de lire les accompagnements de programme (élaborés sous le gouvernement Sarkozy !) pour comprendre pourquoi les auteurs de la loi Macron ont fait passer à la trappe ce sujet : «  Si globalement le travail s’est progressivement « humanisé » depuis la fin du XIXème siècle dans bon nombre de pays, la violence au travail n’a pas pour autant disparu et prend des formes multiples sur lesquelles il faut s’interroger. Si on laisse de côté la privation de travail qui est bien souvent vécue fort légitimement comme une injustice majeure, ces violences concernent avant tout la vie des travailleurs sur les lieux de travail eux-mêmes : les conditions de travail se caractérisent aujourd’hui bien souvent par l’intensification des cadences, l’individualisation du traitement des salariés avive la concurrence entre ceux-ci et augmente le stress, les conflits du travail évoluent mais demeurent au cœur de la vie sociale. »

Le même programme fait disparaître le thème « pluralisme des cultures » au profit du « pluralisme des croyances » religieuses. Le gouvernement liquide ainsi l’idée énoncée dans les accompagnements de programme que « la participation des citoyens à la communauté politique n’exclut pas pour autant leur appartenance à d’autres communautés et la pratique ainsi que la transmission d’une langue ou une culture particulières, régionale ou étrangère, font partie de la liberté de chacun ».
Exit la diversité culturelle au nom du triptyque « Un État, une nation, une langue ». Place à la «  participation active des élèves aux commémorations patriotiques  » (prévue par la réforme du collège). Place également à « la pluralité des convictions religieuses » qui est un des deux thèmes du nouveau programme.
A cela s’ajoute une version très peu laïque de la laïcité avec la disparition de l’étude de la la loi de 1905 de séparation de l’Église et de l’État (possible dans le programme d’ECJS de 2nde), remplacée par l’étude de la loi de 2004 qui visait avant tout le port du voile à l’école. 
Cette réduction de la diversité à la diversité religieuse témoigne de la crispation du gouvernement sur le religieux. Obsession d’autant plus réactionnaire que, selon une enquête sérieuse menée dans quarante pays par l’institut Gallup, seuls 37% des Français se définissent comme religieux en 2012 (contre 55% en 2005), 29% « athées convaincus » (contre 14% en 2005, ce qui est la quatrième plus forte proportion après la Chine, le Japon et la République tchèque) et 34% de personnes « non religieuses » (sans aucun doute indifférentes).
Pour comprendre cette obsession gouvernementale, il suffit sans doute de se remémorer une citation de Napoléon : «  Quant à moi, je ne vois pas dans la religion le mystère de l’incarnation, mais le mystère de l’ordre social ; elle rattache au ciel une idée d’égalité qui empêche que le riche ne soit massacré par le pauvre ».


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Brèves

La pédagogie Nutella ou le collège 2016... vu à la TV !

lundi 20 avril 2015

La réforme du collège 2016 agite le Landerneau enseignant depuis quelques semaines. Elle inquiète aussi à juste titre les parents qui se demandent bien ce que ledit collège réformé fera avec leur progéniture.

Pour rassurer tout le monde, la télévision publique nous montre à quoi ressemblera le collège 2016, dans deux reportages successifs. En effet, le collège réformé s’inspire de dispositifs innovants qui existent déjà dans quelques établissements expérimentaux.

Alors savourons cet avant-goût du collège nouveau...

Lire la suite sur le site La Vie Moderne

Chatel : « Certaines mesures vont dans le bon sens »

lundi 20 avril 2015

C’est le spécialiste des réformes destructrices Chatel qui ont mis à mal le lycée général et liquidé la voie STI qui nous le dit.
On constate facilement où Vallaud-Belkacem trouve son inspiration !

« Que les conservateurs tombent les masques ! »

lundi 20 avril 2015

Voici le titre de l’interview de Vallaud-Belkacem au très réactionnaire journal Le Point.
Notre seule réponse à NVB : « Que les néo-libéraux tombent également le masque ! »

4 pages spécial Retraités de la FERC

samedi 31 août 2013

Au sommaire : Conférence de l’UFR... les retraités à l’offensive ! - Quelle UFR, quelle structure ? - Place des retraités dans la CGT - Continuité syndicale et renforcement - Impressions croisées
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Au sujet des dépenses scolaires…

jeudi 22 août 2013

Chaque année, à l’approche de la rentrée, on retrouve dans les médias des articles plus ou moins bien renseignés sur les « dépenses de la rentrée des classes ». Je les parcours toujours avec un peu d’agacement quand ils mettent en avant les nouveaux cartables, les vêtements, les classeurs, les crayons et les compas, les garderies et les cantines.
Parler de ces frais là, c’est évoquer l’arbre pour cacher la forêt. Les cartables et les compas durent facilement plusieurs années et les vêtements ne me semblent pas être une dépense scolaire : mes filles iraient-elles nues si l’école n’existait pas ? Idem pour la cantine : il faut manger même en dehors de l’obligation scolaire. Admettons pour la garderie des petits. Ce qui m’interpelle, ce sont les frais dont on parle moins et qui pourtant jalonnent bien le parcours scolaire des jeunes.
Lire la suite sur le site de l’Ecole démocratique

Ecole élémentaire : en France, le nombre d’élèves par enseignant supérieur à la moyenne OCDE (Depp)

vendredi 16 août 2013

Selon la revue « L’Éducation natio­nale en chiffres » de la Depp, le taux d’encadrement dans les écoles élémen­taires fran­çaises se situe en des­sous de la moyenne des pays de l’OCDE.
Le taux d’encadrement dans les écoles élémen­taires fran­çaises est en des­sous de la moyenne des pays de l’OCDE, selon la revue « L’Éducation natio­nale en chiffres » éditée par la Depp et parue en juillet 2013.
Dans les pays de l’OCDE, le nombre moyen d’élèves par ensei­gnant était à ce niveau de 15,4, en 2011 contre 18,4 en moyenne en France.

Loire-Atlantique / Rythmes : lettre ouverte des UD CGT, FO, FSU et Solidaires au DASEN et aux 26 maires de Loire-Atlantique appliquant la réforme en 2013

samedi 29 juin 2013

Depuis plusieurs mois, nos organisations syndicales ne cessent de dénoncer la précipitation et les dangers contenus dans la réforme des rythmes scolaires. Si les appréciations de nos syndicats respectifs peuvent diverger sur l’analyse de la loi Peillon et de son volet sur les rythmes scolaires, cela ne nous empêche en rien de partager nombre de points de vue sur les effets néfastes de cette réforme. Les propos volontaristes des municipalités ayant décidé de s’engager dès septembre 2013 dans la mise en œuvre du pan de réforme sur les rythmes ne résistent pas à un l’examen pragmatique. Pour notre part cette réforme relève plus d’un projet politique portant sur la territorialisation de l’École que sur les effets bénéfiques pour les enfants et les familles.
L’intention gouvernementale affiche une volonté de servir la réussite scolaire des élèves. Nous pensons qu’il y a loin du discours à une réalité qui malmène aussi les personnels concourant aux rythmes éducatifs des enfants. Les campagnes de communication politiciennes ne peuvent dissimuler les malaises grandissant autour de la rentrée 2013 précipitée.
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Coaching patronal au collège, sous l’œil attendri de France 2

mercredi 26 juin 2013

Mardi 18 juin, dans le 20h de France 2, après les 9 min inaugurales sur les inondations en France, et parmi les quelques miettes distribuées aux autres sujets (3 min sur le mouvement social au Brésil, 2 sur l’accueil des touristes à Paris), on retiendra un reportage d’anthologie, intitulé (sur le site de France 2) « Éducation : du coaching en ZEP » : 4 min 20 consacrées à l’intervention d’une cadre dirigeante dans un collège de « ZEP », pour appliquer, selon ses propres dires, les « méthodes d’entreprise » à l’école. 4 min 20 pour un « gros plan » qui « traite » un sujet sans (se) poser la moindre question, sans rien en dire sinon célébrer les vertus d’une initiative qui, avec d’autres, relève d’un entrisme entrepreneurial dans l’institution scolaire, du reste fort à la mode. Une initiative présentée sans contrepoint ni distance : un tel éloge relève-t-il encore de l’information ?
Lire la suite sur le site d’ACRIMED