Contre la réforme du collège, cheval de Troie de la flexibilité, GREVE et MANIFESTATIONS le 11 JUIN

vendredi 5 juin 2015
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Manifestation académique à Rouen : 10h au Rectorat / Assemblée générale : 11h à la Maison des associations (rue Dumont d’Urville, entre la préfecture et la fac de droit)

Au-delà de l’agitation politico-médiatique, la réforme du collège constitue une attaque sans précédent contre les conditions de travail des personnels.

Comme hier les IDD, comme actuellement les TPE, les « enseignements d’exploration » et l’accompagnement « personnalisé » (AP) en LP et lycée général, les futurs EPI (enseignements pratiques interdisciplinaires) et l’AP prévus par la réforme sont des outils pour diviser les personnels et ainsi les rendre plus flexibles (plus corvéables à merci !)
Cette fois-ci, la réforme va plus loin. Les horaires des EPI et de l’AP seront retirés des horaires d’enseignement de chaque professeur y participant ! Pas en plus. Ainsi un enseignant d’histoire-géographie faisant 1h d’AP en 5ème ou un EPI n’aura plus que deux heures par semaine d’enseignement de ses disciplines en classe au lieu de 3h. C’est une baisse drastique. Et à ceci s’ajoute une organisation extrêmement difficile ne permettant pas de moduler les groupes ni les effectifs selon les difficultés des enfants... Tout se fera le plus souvent en classe entière vu le peu de création de postes prévus (un demi par collège en moyenne).
Le chef d’établissement aura par conséquent aussi un pouvoir accru en décidant des EPI, des modalités de l’AP... ainsi qu’avec les 20% d’autonomie de chaque établissement. Il pourra (en partie) choisir dans quelle discipline un enseignant devra compléter son service ou sera victime d’une suppression de poste.
Ces nouveautés n’ont rien de pédagogiques, ce sont des paramètres d’ajustement pour la gestion des ressources humaines qui permettront de substantielles économies budgétaires.
Les enseignants en sous-service vont devoir compléter avec des EPI et de l’AP, y compris avec des classes qu’ils n’ont pas. Des élèves pourront, par exemple, avoir un professeur de français pour assurer l’enseignement de la discipline et un autre pour la partie français d’un EPI, voire un troisième pour faire du soutien (en classe entière !) dans le cadre de l’AP.

Un autre levier pour flexibiliser vise directement les professeurs de technologie, de SVT et de Physique-Chimie : l’EIST, l’enseignement intégré des sciences et techniques. Le professeur d’une discipline pourra (et devra car on connaît le volontariat made in Éducation nationale) enseigner les deux autres, pour lesquelles il n’est pas qualifié. On risque de rapidement constater que des établissements vont offrir de la technologie (complètement dénaturée) à des élèves faibles et de la physique-chimie aux meilleurs. De plus, là encore, le chef d’établissement pourra choisir, en cas de baisse des moyens horaires, qui assurera l’EIST et donc qui ira compléter ou perdra son poste.

Toutes les nouveautés introduites par la réforme – EPI, AP, EIST, EMC – ne vont en rien aider les élèves. Une partie d’entre eux est déjà depuis des années en vigueur au lycée, certains sous d’autres acronymes (TPE et ECJS). Ils n’ont eu pour résultat que de déstructurer l’enseignement en multipliant les intervenants et en faisant perdre tout sens à certaines heures de « cours ». Comme on le voit,

il y a peu de pédagogie dans ce projet et beaucoup de management. L’objectif n’est pas d’assurer une quelconque réussite pour les élèves mais il est purement comptable et technocratique.

Trop peu, trop tard ?

Après la publication du décret par Vallaud-Belkacem, la CGT Educ’action Haute-Normandie a plaidé pour une réponse rapide à cette provocation. Nous souhaitions un appel à une nouvelle journée de grève, dès la fin du mois de mai. Malheureusement, l’intersyndicale nationale a décidé d’une date tardive. Cependant, il est indispensable de réussir la journée du 11 juin en étant massivement en grève dans les collèges pour répliquer au gouvernement. Partout, les personnels doivent se réunir en assemblée générale pour décider des suites. Pour la CGT Educ’action Haute-Normandie, il est encore possible de stopper la réforme en construisant dans les établissements une grève jusqu’au retrait.

Le mirage de l’interdisplinarité

Le gouvernement nous explique depuis des semaines que les collégiens s’ennuient et qu’il faut mettre en place la prétendue « interdisciplinarité » pour donner du sens aux enseignements et faire progresser les élèves.
Sans être opposé à l’interdisciplinarité (des projets mis en œuvre par des enseignants volontaires sont de réelles réussites), nous ne pouvons que nous opposer à l’extension (et à l’amplification) au collège de « pédagogies » style TPE qui sont un échec total.
Les chercheurs qui travaillent sur la question de l’interdisciplinarité ont montré que celle-ci non seulement ne réduit pas les inégalités scolaires, mais qu’elle les aggrave.
Elisabeth Bauthier, chercheuse au laboratoire EScol de Paris VIII et qui a observé les travaux personnels encadrés au lycée déclare : « Ce que nous avons observé, depuis quelques années, c’est que les meilleurs élèves tirent un avantage supplémentaire de ce genre de dispositif. Les entrées par thème favorisent les élèves qui savent construire un texte ou une réflexion en cherchant dans différents domaines. Ils naviguent entre les savoirs. C’est une tâche sophistiquée qui laisse les plus faibles sur le bord de la route. Avec la généralisation de telles méthodes les écarts vont se creuser. »
Stéphane Bonnéry, chercheur en sciences de l’éducation, note que les projets interdisciplinaires qu’il a pu observer sont souvent trop savants ou trop simplistes, peu accessibles ou sans intérêt...

Toujours plus « d’autonomie » pour les établissements, toujours plus de caporalisation pour les personnels !

L’autonomie des établissements, mise en avant comme une liberté pédagogique des équipes au bénéfice des élèves, est en réalité celle du seul chef d’établissement. C’est en effet près de 20% de la dotation en heures d’enseignement qui sera laissée au libre choix du chef d’établissement, dans le cadre d’un contrat d’objectif (selon la terminologie libérale appliquée à l’école), généralisant de fait la concurrence entre les disciplines et les enseignants.
Pour les élèves et leur famille le terme d’autonomie rimera avec mise en concurrence et perte des garanties d’égalité d’accès aux services publics, aux enseignements, à l’orientation choisie. Cette réforme remet en cause, en partie, le caractère national de l’enseignement et des programmes. C’est un nouveau pas vers une territorialisation, qui fait suite à celle du primaire avec la mise en place des rythmes scolaires et à la régionalisation de l’enseignement supérieur.
C’est un atout essentiel pour la déréglementation des conditions de travail des personnels, avec un rôle toujours plus accru de la hiérarchie, rôle également renforcé avec la disparition des garanties contenues dans les décrets de 1950.

Une réforme de gauche ?

Malgré la démagogie de la droite qui attaque une réforme qui n’est que la reprise au collège de celle qu’elle a menée en lycées professionnel, général et technologique, certains politiciens et « penseurs » de droite ont – eux ! – au moins l’honnêteté de le reconnaître et de saluer cette réforme.
C’est le cas du directeur de la très libérale officine patronale, Institut Montaigne. Il écrit dans Les Echos (7 mai 2015) :
«  Il faut que le gouvernement tienne bon sur le principe, qu’il a souhaité mettre en avant, de permettre aux établissements de disposer d’un volume équivalent à 20 % des enseignements pour accompagner les élèves les plus en difficulté en petits groupes ou de bâtir des enseignements pluridisciplinaires. Ce n’est certes pas la fin du collège unique, mais c’est un coin solide enfoncé dans un dispositif beaucoup trop monolithique. C’est le cœur des annonces qui ont été faites par la ministre… et elles devraient réjouir tous les militants de l’autonomie des établissements d’enseignement secondaire. C’est à ce titre qu’elles effraient les bastions syndicaux les plus conservateurs.  »
C’est également le cas d’Alain Madelin qui, dans Le Point (20 mai 2015), apporte son soutien au gouvernement :
« J’ai suffisamment défendu le principe de l’autonomie des établissements dans ma vie politique, parfois avec des ministres de gauche, pour me réjouir de l’introduction d’une petite dose d’autonomie à l’intérieur de l’enseignement, fût-ce 20 % de l’emploi du temps, et dans des conditions un peu rigides. […] Je ne crois qu’en une seule chose : l’enseignant, sa créativité et sa liberté pour lui permettre de produire une école meilleure, mais aussi plus juste. Je souhaiterais même qu’on aille beaucoup plus loin avec de vrais établissements autonomes tenus par des équipes d’enseignants volontaires, au moins dans les zones défavorisées où les enfants sont enfermés dans des écoles ghettos qui sont un scandale permanent. »
Enfin, la réforme est saluée par Laurence Parisot (BFM TV, 19 mai), ancienne présidente du Medef (l’organisation patronale a voté pour la réforme lors du Conseil supérieur de l’éducation) :
« La réforme met en avant des principes très intéressants, très novateurs, très modernes. Il faut faire cette réforme  »


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Brèves

La pédagogie Nutella ou le collège 2016... vu à la TV !

lundi 20 avril 2015

La réforme du collège 2016 agite le Landerneau enseignant depuis quelques semaines. Elle inquiète aussi à juste titre les parents qui se demandent bien ce que ledit collège réformé fera avec leur progéniture.

Pour rassurer tout le monde, la télévision publique nous montre à quoi ressemblera le collège 2016, dans deux reportages successifs. En effet, le collège réformé s’inspire de dispositifs innovants qui existent déjà dans quelques établissements expérimentaux.

Alors savourons cet avant-goût du collège nouveau...

Lire la suite sur le site La Vie Moderne

Chatel : « Certaines mesures vont dans le bon sens »

lundi 20 avril 2015

C’est le spécialiste des réformes destructrices Chatel qui ont mis à mal le lycée général et liquidé la voie STI qui nous le dit.
On constate facilement où Vallaud-Belkacem trouve son inspiration !

« Que les conservateurs tombent les masques ! »

lundi 20 avril 2015

Voici le titre de l’interview de Vallaud-Belkacem au très réactionnaire journal Le Point.
Notre seule réponse à NVB : « Que les néo-libéraux tombent également le masque ! »

4 pages spécial Retraités de la FERC

samedi 31 août 2013

Au sommaire : Conférence de l’UFR... les retraités à l’offensive ! - Quelle UFR, quelle structure ? - Place des retraités dans la CGT - Continuité syndicale et renforcement - Impressions croisées
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Au sujet des dépenses scolaires…

jeudi 22 août 2013

Chaque année, à l’approche de la rentrée, on retrouve dans les médias des articles plus ou moins bien renseignés sur les « dépenses de la rentrée des classes ». Je les parcours toujours avec un peu d’agacement quand ils mettent en avant les nouveaux cartables, les vêtements, les classeurs, les crayons et les compas, les garderies et les cantines.
Parler de ces frais là, c’est évoquer l’arbre pour cacher la forêt. Les cartables et les compas durent facilement plusieurs années et les vêtements ne me semblent pas être une dépense scolaire : mes filles iraient-elles nues si l’école n’existait pas ? Idem pour la cantine : il faut manger même en dehors de l’obligation scolaire. Admettons pour la garderie des petits. Ce qui m’interpelle, ce sont les frais dont on parle moins et qui pourtant jalonnent bien le parcours scolaire des jeunes.
Lire la suite sur le site de l’Ecole démocratique

Ecole élémentaire : en France, le nombre d’élèves par enseignant supérieur à la moyenne OCDE (Depp)

vendredi 16 août 2013

Selon la revue « L’Éducation natio­nale en chiffres » de la Depp, le taux d’encadrement dans les écoles élémen­taires fran­çaises se situe en des­sous de la moyenne des pays de l’OCDE.
Le taux d’encadrement dans les écoles élémen­taires fran­çaises est en des­sous de la moyenne des pays de l’OCDE, selon la revue « L’Éducation natio­nale en chiffres » éditée par la Depp et parue en juillet 2013.
Dans les pays de l’OCDE, le nombre moyen d’élèves par ensei­gnant était à ce niveau de 15,4, en 2011 contre 18,4 en moyenne en France.

Loire-Atlantique / Rythmes : lettre ouverte des UD CGT, FO, FSU et Solidaires au DASEN et aux 26 maires de Loire-Atlantique appliquant la réforme en 2013

samedi 29 juin 2013

Depuis plusieurs mois, nos organisations syndicales ne cessent de dénoncer la précipitation et les dangers contenus dans la réforme des rythmes scolaires. Si les appréciations de nos syndicats respectifs peuvent diverger sur l’analyse de la loi Peillon et de son volet sur les rythmes scolaires, cela ne nous empêche en rien de partager nombre de points de vue sur les effets néfastes de cette réforme. Les propos volontaristes des municipalités ayant décidé de s’engager dès septembre 2013 dans la mise en œuvre du pan de réforme sur les rythmes ne résistent pas à un l’examen pragmatique. Pour notre part cette réforme relève plus d’un projet politique portant sur la territorialisation de l’École que sur les effets bénéfiques pour les enfants et les familles.
L’intention gouvernementale affiche une volonté de servir la réussite scolaire des élèves. Nous pensons qu’il y a loin du discours à une réalité qui malmène aussi les personnels concourant aux rythmes éducatifs des enfants. Les campagnes de communication politiciennes ne peuvent dissimuler les malaises grandissant autour de la rentrée 2013 précipitée.
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Coaching patronal au collège, sous l’œil attendri de France 2

mercredi 26 juin 2013

Mardi 18 juin, dans le 20h de France 2, après les 9 min inaugurales sur les inondations en France, et parmi les quelques miettes distribuées aux autres sujets (3 min sur le mouvement social au Brésil, 2 sur l’accueil des touristes à Paris), on retiendra un reportage d’anthologie, intitulé (sur le site de France 2) « Éducation : du coaching en ZEP » : 4 min 20 consacrées à l’intervention d’une cadre dirigeante dans un collège de « ZEP », pour appliquer, selon ses propres dires, les « méthodes d’entreprise » à l’école. 4 min 20 pour un « gros plan » qui « traite » un sujet sans (se) poser la moindre question, sans rien en dire sinon célébrer les vertus d’une initiative qui, avec d’autres, relève d’un entrisme entrepreneurial dans l’institution scolaire, du reste fort à la mode. Une initiative présentée sans contrepoint ni distance : un tel éloge relève-t-il encore de l’information ?
Lire la suite sur le site d’ACRIMED