RAPPORT THELOT.

Une attaque d’ampleur contre l’enseignement et les personnels.
mardi 2 novembre 2004
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La commission Thélot doit remettre son rapport à la mi-octobre, mais quelques « fuites » dans la presse ont permis de connaître certaines grandes lignes de ce véritable avant-projet de la loi d’orientation que le gouvernement veut faire voter par sa « majorité » UMP.

Ce rapport est la conclusion logique de la mascarade qu’a été le « grand débat » de Chirac / Raffarin / Ferry : les mesures proposées constituent une nouvelle aggravation de la politique de déscolarisation de la jeunesse et de déqualification des enseignants poursuivie par les gouvernements successifs.

Le rapport Thélot : destruction de l’enseignement public

Pour les jeunes, en particulier d’origine populaire, il propose la réduction massive de leur instruction. La commission Thélot renonce, de fait, à l’objectif des 80% au niveau bac affiché par la loi Jospin de 1989 (qui n’a jamais mis les moyens nécessaires à sa réalisation). Elle utilise les difficultés réelles existantes dans les collèges pour liquider le droit à l’instruction et la scolarisation de la jeunesse populaire.
Il décide - en les réduisant au statut de « matières moins fondamentales » - d’organiser le dépérissement de matières entières (toutes les langues sauf l’anglais, la physique, les SVT, l’histoire et la géographie, l’Education Physique) voire la liquidation de celles qui sont purement optionnelles (musique, arts plastiques, langues anciennes). En effet certains élèves verront réduites à quasiment rien les heures d’enseignement des matières dites « non fondamentales » : « Selon son niveau scolaire, un élève pourra être appelé à passer l’essentiel de son temps sur l’apprentissage du socle ou n’y consacrer, par exemple, que la moitié de son temps ». Pour eux, il ne restera que le français, les maths, l’internet (!?), l’anglais de « communication internationale », de l’informatique et de l’éducation à « vivre ensemble » (!?). Ce sont les résultats dans ces matières qui permettront de passer dans la classe supérieure.

o Il propose de faire disparaître toute idée de programmes nationaux par le développement de l’ « autonomie » des établissements et l’individualisation des diplômes. Cela reprend le vieux crédo patronal « compétence contre qualification », « négociation individuelle contre négociation collective ».

o Il propose de « diversifier » l’enseignement dès la classe de 5ème, c’est-à-dire de revenir à la situation d’avant la loi Haby. L’objectif : la reproduction sociale, plus encore que maintenant alors que la situation est déjà lamentable.

o Le rapport Thélot propose de liquider l’enseignement technique et professionnel public, en lui substituant pour tous les élèves ainsi orientés l’alternance et l’apprentissage : « Afin de contribuer à la revalorisation de l’enseignement professionnel (sic), la commission suggère l’élaboration d’un « statut du lycéen professionnel » avec une rémunération correspondant aux activités en entreprise ».

o L’existence de l’école maternelle semble aussi menacée.

Selon le journaliste Michaël Moreau dans son récent livre Le gouvernement des riches (La Découverte), Seillière entend « peser de tout son poids dans la réforme, prévue en 2005, de la grande loi d’orientation » de l’éducation, votée en 1989, Il s’agit - entre autres -de modifier l’image de l’entreprise, de « donner aux enfants une meilleure image de la « valeur travail » et, de pousser les patrons à embaucher les jeunes au sortir de leur cursus scolaire ».

Car - et Seillière ne l’oublie pas - à partir de 2006 débutent les années « papy-boom ». Il urge donc de former la main-d’oeuvre de demain, qui doit être docile.

Le rapport Thélot liquide le statut :

En plus d’attaquer le droit à l’instruction de la jeunesse, le rapport Thélot entend aussi détruire le statut des enseignants.

o Il veut transformer les enseignants en « bonnes à tout faire » : le rapport introduit la polyvalence.

o Il augmente massivement le temps de travail : « La définition du service des enseignants intégrerait les fonctions éducatives (soutien, temps consacrés aux différents conseils, etc.) et non plus seulement les tâches d’enseignement. Seconde conséquence, le temps de présence dans l’établissement serait accru de quatre à huit heures pour les professeurs de collège et lycée ». Petite subtilité : cette mesure sera réservée aux...volontaires et aux nouveaux titulaires. Il est inadmissible que la situation des jeunes collègues soit ainsi détériorée d’emblée et que l’on tente de diviser la profession entre « jeunes » et « vieux ». Mais, de plus, qui peut croire qu’une telle déréglementation de nos services restera sans effet sur l’ensemble des enseignants. Cette proposition, est à mettre en relation avec l’idée d’élargir les horaires d’ouverture des établissements.

Il propose de détruire les garanties statutaires quant aux affectations en particulier. Le rapport Thélot introduit ouvertement le principe du recrutement des enseignants par les chefs d’établissement : « Dans les établissements difficiles, la commission suggère de permettre aux chefs d’établissement de donner leur avis sur la nomination des personnels. ». Le chef d’établissement aurait également un pouvoir accru dans la gestion des personnels : gestion des remplacements, possibilité d’indiquer des préférences en terme de personnes pour le recrutement et de s’opposer aux mutations ...

o Les enseignants du primaire doivent être caporalisés. Sous une autre forme réapparaît le projet des « maîtres directeurs » que la mobilisation des instituteurs a jusqu’à présent fait capoter : « Contrairement à la situation actuelle, où tous les professeurs des écoles y compris les directeurs possèdent un statut équivalent, un chef d’établissement serait « recruté, formé et nommé » par l’autorité académique ». Un décret voté cette été va déjà dans ce sens qui autorise l’expérimentation d’établissement public d’enseignement primaire qui détermine le périmètre géographique, la composition de son conseil d’administration, sesrègles de fonctionnement...

Le rapport veut ouvrir les concours aux « praticiens de l’entreprise ».

o Il n’oublie pas les stagiaires avec le passage de la formation à deux ans, non pas pour une meilleure qualification des arrivants, mais pour les faire travailler deux fois plus, puisque le temps de service sera de 12 h. contre 4 à 6 actuellement.

Les attaques contre le statut ont déjà commencé. Déjà, dans un document publié par le ministère de l’Education nationale et intitulé Actualisation de la stratégie ministérielle de réforme, Fillon décide de « mieux employer les personnels se trouvant dans des disciplines où il existe un excès d’enseignants, en développant les mesures telles que l’emploi dans une autre discipline ou la reconversion, et ce de manière systématique à partir de la rentrée 2005 ».

De son côté, le ministre de la Fonction publique, Renaud Dutreil, veut liquider les plus de 1 000 corps de métiers de la Fonction publique car ils rendent impossible à l’Etat-patron d’opérer à grande échelle des reclassements internes, c’est-à-dire un véritable plan de restructuration, comme le ferait une entreprise privée. Au ministère de la Fonction publique, on commence à se demander si, au lieu d’agir au coup par coup quand se pose un problème, comme celui de la prochaine reconversion de 1 000 agents du service de la redevance de l’audiovisuel à Rennes, il ne vaudrait pas mieux provoquer un « big bang » en supprimant purement et simplement la notion de corps, pour la remplacer par celle de « filières de métiers ». Ces filières seraient regroupées en sept grandes familles : formation (850 000 fonctionnaires), administration générale (234 000), technique (232 000), sécurité (138 000), finances (167 000), santé-social (23 000) et culture (11 000). Ce « big bang » constituerait la liquidation totale des garanties statutaires pour les fonctionnaires d’Etat.

* * *

Nous partageons le constat que l’école d’aujourd’hui est celle des inégalités scolaires et sociales, mais nous devons combattre les contre-réformes gouvernementales et patronales. Nous devons défendre la perspective d’une école émancipatrice et égalitaire.

Ce rapport le prouve : l’éducation est une nouvelle fois dans la ligne de mire. Il va falloir reprendre le chemin de la grève et d’une convergence interprofessionnelle des luttes pour mettre un coup d’arrêt à l’offensive actuelle.

Amaury Verron


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