L’apprentissage comme « filière d’excellence » ? Une imposture de plus !

lundi 14 septembre 2015
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Depuis des années, les gouvernements successifs font de l’apprentissage la filière d’excellence de la formation professionnelle initiale. Mais qu’en est-il réellement ?

Apprentissage et pédagogie

En matière pédagogique, l’apprentissage s’appuie sur une démarche d’enseignement qui permet au jeune de confronter (soi-disant !) en permanence les questions que lui pose sa pratique dans l’entreprise à l’apport des disciplines fondamentales, comme les maths ou le français.
C’est un mode de formation dont l’essence même consiste à mettre le jeune en situation de faire des allers et retours entre les disciplines fondamentales (exit les formations culturelles et citoyennes) et la pratique technique ou managériale dans l’entreprise.

Apprentissage : un mieux disant dans l’insertion professionnelle ?

L’apprentissage serait aussi une réponse au chômage des jeunes. Avec près de 400 000 jeunes de moins de 25 ans au chômage, la France aligne des performances qui se situent en dessous des autres pays européens.
Le contrat d’apprentissage est un contrat de travail par lequel l’employeur s’engage, outre le versement d’un salaire, à assurer à un jeune une formation conduisant à l’obtention d’un diplôme reconnu. Si parfois, l’apprentissage permet une élévation du niveau de compétences, dans la plupart des cas, cette méthode de formation ne permet pas de s’inscrire dans le parcours professionnel de l’individu. En effet, L’intérêt de l’apprentissage réside simplement dans l’insertion professionnelle collée aux intérêts de l’entreprise d’accueil. Ce mode de formation ne permet pas, à posteriori, à un jeune de pouvoir se construire au travers de l’obtention d’une réelle expérience professionnelle adaptable auprès d’autres acteurs du marché du travail.
L’apprentissage porte aussi en elle la violence quotidienne du marché du travail et de la société en général. Signer un contrat d’apprentissage avec une entreprise, c’est adjoindre sa scolarité à la volonté de l’entreprise de conserver ses employés, à la capacité de survie de l’entreprise, durant tout le temps de sa formation… C’est s’exposer à un mode de recrutement souvent discriminatoire dans lequel l’origine sociale sert parfois de facteur d’exclusion, justifie officieusement le refus d’embauche du patron. C’est parfois faire l’expérience précoce du chômage et de l’asservissement au monde économique à un moment où l’essentiel devrait être la recherche de qualification (Un apprenti sur quatre quitte l’entreprise avant la fin de son contrat, le corollaire est l’absence de qualification et le décrochage scolaire).

Des chiffres qui en disent long…

Une analyse de l’évolution quantitative de l’apprentissage ne peut se faire que sur l’année en cours moins un. Avec une chute vertigineuse de 13,7% lors des 4 premiers mois de l’année 2014, le seuil des 250 000 contrats n’avait pas été atteint. Même au plus fort de la crise de 2009, la chute n’avait pas excédée 3,4%. Avec la baisse de 8,14% en 2013, passant de 297 295 contrats en 2012 à 273 091, le gouvernement et le patronat continuent à faire le forcing comme si rien ne se passait.
Depuis 7 ans, quelles que soient les politiques successives menées, les contrats n’ont jamais franchi le cap des 300 000 alors que l’objectif final annoncé dans le pacte pro entrepreneurial dit « de responsabilité » du gouvernement, est de 500 000 d’ici 2017. Si l’on y ajoute les 23,5% de ruptures de contrats dans l’année civile, on peut se demander ce que deviennent ces jeunes.
Pourtant les dépenses pleuvent pour promouvoir ce mode de formation. Des campagnes de communication (octobre 2014), à la création d’une fondation à l’innovation pour le développement de l’apprentissage (FIPA)…, le budget dédié à l’apprentissage ne semble pas connaître les déboires de l’austérité quasi généralisée à l’ensemble des dépenses de l’Etat.
Dans son budget 2014, la Région Haute Normandie annonce une augmentation de 3 % de ses frais de fonctionnement due notamment au budget dédié à l’apprentissage (76,37 Millions d’euros, 70,79 Millions d’ d’euros à la formation professionnelle, 43,09 Millions d’ d’euros à la formation sanitaire et sociale). La répartition de ce budget tend à se redistribuer inversement dans le projet de budget 2015 (74,78 Millions d’euros pour l’apprentissage, 79,4 Millions d’ d’euros à la formation professionnelle, 44,14 Millions d’ d’euros à la formation sanitaire et sociale).
Pourquoi ?
Peut être parce que les entreprises ne jouent pas le jeu,qu’elles n’embauchent pas, malgré les dépenses et les aides apportées, la quantité d’apprentis « contractée » avec la Région (baisse de 8% du nombre de contrats signés sur l’année 2013/2014, tendance qui se prolonge en 2014/2015). Et ce, malgré la prime de 1000 € accordée aux entreprises de moins de 250 salariés qui embauchent un apprenti pour la première fois ou qui accueillent des apprentis supplémentaires, cumulée pour les entreprises de moins de 11 salariés avec la prime à l’apprentissage de 1000 € adoptée en 2014.
Peut être aussi parce que le développement de l’apprentissage repose sur un tissu économique fiable et stable ? Ce qui n’est pas la caractéristique actuelle de celui de la Haute Normandie qui subit la crise de plein fouet.

Les objectifs cachés du patronat

En voulant accueillir plus de 60 000 apprentis dans l’EN d’ici 2017, par la mixité des publics, le gouvernement met à mal une fois de plus la formation sous statut scolaire. Afin d’arriver à cet objectif, le ministère veut lever certains « obstacles » qui sont un frein :
mise en adéquation des règles de gestion administratives et financières dans les EPLE
refonte de la procédure d’orientation en intégrant un vœu apprentissage
En voulant légitimer l’apprentissage au sein de l’EN, et en s’appuyant sur le levier de la mixité, le gouvernement permet au patronat d’avoir la mainmise sur le système global de la formation professionnelle initiale. Il est avéré que le patronat ne veut pas s’arrêter en si bon chemin. Son objectif est de casser le système global existant afin de créer dans tous les centres de formation un système regroupant le scolaire et leur conception de l’apprentissage. Dans ce « vivier » le patronat, au gré de l’investissement ou non du jeune, pourra rechercher celui qui est le plus performant et rejeter celui qui est en souffrance.
Si au cours de sa formation, l’apprenti est en délicatesse avec l’entreprise, il sera prié de réintégrer le scolaire, et le chef d’entreprise « avisé », pourra alors en choisir un autre. Nous nous orientons vers une formation professionnelle de type « Kleenex » en développant à terme, la formation – emploi – certification. Dans ce schéma, les professeurs deviennent des formateurs adaptables à toutes les situations d’élève, les classes des déversoirs à effectif variable, la progressivité des savoirs et la pédagogie n’ont plus cours. L’annualisation du temps de travail devient la règle. Le transferts du corps des PLP aux Régions et la transformation de leur statut le moyen d’y parvenir.

Non à la mixité des publics et des parcours

En exigeant la mixité des parcours et des publics, le patronat noyaute le système de l’intérieur et amène progressivement les lycées professionnels à devenir des outils au service de la logique financière.
C’est pour cette raison que nous devons dire NON au développement à tout crin de l’apprentissage, à la mixité des publics et à toute forme de remise en cause de nos missions et statuts.

A la CGT éduc’action, nous nous battons pour un enseignement professionnel sous statut scolaire de qualité, qui dispose de moyens tant humains que matériels satisfaisants et qui permette la réussite de tous et de toutes.


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Brèves

La pédagogie Nutella ou le collège 2016... vu à la TV !

lundi 20 avril 2015

La réforme du collège 2016 agite le Landerneau enseignant depuis quelques semaines. Elle inquiète aussi à juste titre les parents qui se demandent bien ce que ledit collège réformé fera avec leur progéniture.

Pour rassurer tout le monde, la télévision publique nous montre à quoi ressemblera le collège 2016, dans deux reportages successifs. En effet, le collège réformé s’inspire de dispositifs innovants qui existent déjà dans quelques établissements expérimentaux.

Alors savourons cet avant-goût du collège nouveau...

Lire la suite sur le site La Vie Moderne

Chatel : « Certaines mesures vont dans le bon sens »

lundi 20 avril 2015

C’est le spécialiste des réformes destructrices Chatel qui ont mis à mal le lycée général et liquidé la voie STI qui nous le dit.
On constate facilement où Vallaud-Belkacem trouve son inspiration !

« Que les conservateurs tombent les masques ! »

lundi 20 avril 2015

Voici le titre de l’interview de Vallaud-Belkacem au très réactionnaire journal Le Point.
Notre seule réponse à NVB : « Que les néo-libéraux tombent également le masque ! »

4 pages spécial Retraités de la FERC

samedi 31 août 2013

Au sommaire : Conférence de l’UFR... les retraités à l’offensive ! - Quelle UFR, quelle structure ? - Place des retraités dans la CGT - Continuité syndicale et renforcement - Impressions croisées
Télécharger le 4 pages

Au sujet des dépenses scolaires…

jeudi 22 août 2013

Chaque année, à l’approche de la rentrée, on retrouve dans les médias des articles plus ou moins bien renseignés sur les « dépenses de la rentrée des classes ». Je les parcours toujours avec un peu d’agacement quand ils mettent en avant les nouveaux cartables, les vêtements, les classeurs, les crayons et les compas, les garderies et les cantines.
Parler de ces frais là, c’est évoquer l’arbre pour cacher la forêt. Les cartables et les compas durent facilement plusieurs années et les vêtements ne me semblent pas être une dépense scolaire : mes filles iraient-elles nues si l’école n’existait pas ? Idem pour la cantine : il faut manger même en dehors de l’obligation scolaire. Admettons pour la garderie des petits. Ce qui m’interpelle, ce sont les frais dont on parle moins et qui pourtant jalonnent bien le parcours scolaire des jeunes.
Lire la suite sur le site de l’Ecole démocratique

Ecole élémentaire : en France, le nombre d’élèves par enseignant supérieur à la moyenne OCDE (Depp)

vendredi 16 août 2013

Selon la revue « L’Éducation natio­nale en chiffres » de la Depp, le taux d’encadrement dans les écoles élémen­taires fran­çaises se situe en des­sous de la moyenne des pays de l’OCDE.
Le taux d’encadrement dans les écoles élémen­taires fran­çaises est en des­sous de la moyenne des pays de l’OCDE, selon la revue « L’Éducation natio­nale en chiffres » éditée par la Depp et parue en juillet 2013.
Dans les pays de l’OCDE, le nombre moyen d’élèves par ensei­gnant était à ce niveau de 15,4, en 2011 contre 18,4 en moyenne en France.

Loire-Atlantique / Rythmes : lettre ouverte des UD CGT, FO, FSU et Solidaires au DASEN et aux 26 maires de Loire-Atlantique appliquant la réforme en 2013

samedi 29 juin 2013

Depuis plusieurs mois, nos organisations syndicales ne cessent de dénoncer la précipitation et les dangers contenus dans la réforme des rythmes scolaires. Si les appréciations de nos syndicats respectifs peuvent diverger sur l’analyse de la loi Peillon et de son volet sur les rythmes scolaires, cela ne nous empêche en rien de partager nombre de points de vue sur les effets néfastes de cette réforme. Les propos volontaristes des municipalités ayant décidé de s’engager dès septembre 2013 dans la mise en œuvre du pan de réforme sur les rythmes ne résistent pas à un l’examen pragmatique. Pour notre part cette réforme relève plus d’un projet politique portant sur la territorialisation de l’École que sur les effets bénéfiques pour les enfants et les familles.
L’intention gouvernementale affiche une volonté de servir la réussite scolaire des élèves. Nous pensons qu’il y a loin du discours à une réalité qui malmène aussi les personnels concourant aux rythmes éducatifs des enfants. Les campagnes de communication politiciennes ne peuvent dissimuler les malaises grandissant autour de la rentrée 2013 précipitée.
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Coaching patronal au collège, sous l’œil attendri de France 2

mercredi 26 juin 2013

Mardi 18 juin, dans le 20h de France 2, après les 9 min inaugurales sur les inondations en France, et parmi les quelques miettes distribuées aux autres sujets (3 min sur le mouvement social au Brésil, 2 sur l’accueil des touristes à Paris), on retiendra un reportage d’anthologie, intitulé (sur le site de France 2) « Éducation : du coaching en ZEP » : 4 min 20 consacrées à l’intervention d’une cadre dirigeante dans un collège de « ZEP », pour appliquer, selon ses propres dires, les « méthodes d’entreprise » à l’école. 4 min 20 pour un « gros plan » qui « traite » un sujet sans (se) poser la moindre question, sans rien en dire sinon célébrer les vertus d’une initiative qui, avec d’autres, relève d’un entrisme entrepreneurial dans l’institution scolaire, du reste fort à la mode. Une initiative présentée sans contrepoint ni distance : un tel éloge relève-t-il encore de l’information ?
Lire la suite sur le site d’ACRIMED