Le numérique à l’école

lundi 14 septembre 2015
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Ce texte a été adopté par le Congrès de la CGT Educ’action de l’Eure en juin dernier

Alors que le président de la République annonce un nouveau plan d’équipement en matériel numérique afin que la France devienne le leader européen en e-enseignement (!), l’Education Nationale n’a tiré aucune évaluation sérieuse sur les outils numériques au sein du système éducatif que ce soit pour son utilisation ou les dépenses engagées. Et ce n’est pas la consultation organisée par le ministère des différents acteurs (enseignants, élèves, parents d’élèves, industriels et collectivités locales) qui peut nous apporter un début de réponse.

La loi pour la refondation de l’école du 8 juillet 2013, relayée par le projet académique 2014-2017 de l’académie de Rouen, glorifie « la stratégie numérique » et se propose « de former un élève connecté, dans une école connectée ». Tout ceci implique des décisions et des pratiques qui sont loin d’être anodines pour les enseignants, les élèves et leurs conditions de travail, quel que soit le niveau d’enseignement.
Il est donc temps que la CGT Educ’action 27 prenne position autour de ce thème qui est loin d’être annexe comme nous le verrons par la suite.

Équipements en matériel

Il est impossible de faire du numérique sans équipement. Et il n’est plus question de disposer d’un ordinateur au fond de la classe pour dire que l’on fait du numérique. Derrière celui-ci doit se trouver toute une architecture si l’on veut disposer d’un accès à internet et d’un système d’affichage adapté à la classe.

Tous ces équipements sont à la charge des collectivités locales et le premier degré se retrouve de fait le parent pauvre, et surtout en zone rurale. L’investissement, nécessitant des fonds conséquents, se fait le plus souvent par à coups sous forme de dotation sans concertation avec l’équipe pédagogique qui en a fait la demande.

Dans le plan prévu par Hollande ce sera, en théorie, l’ensemble des collégiens qui disposeront d’une tablette tactile à la rentrée 2018. Un petit calcul s’impose pour avoir une vision des fonds nécessaires en cette période d’austérité : il y a 3 320 000 collégiens et on peut estimer que le prix minimum pour avoir une tablette fonctionnelle est de 150€, ce qui nous fait un total de 500 M€. Et pour ce prix, c’est une tablette qui ne sert à rien : il faudra ajouter beaucoup de millions pour avoir les manuels numériques, les logiciels et installer toute l’architecture nécessaire à une utilisation interactive en classe (vidéo-projecteur, infrastructure réseau, etc...).
On imagine facilement que les industriels ont approuvé ce plan sans réticence. Sachant que la durée de vie est estimée à quatre ans, il faudra encore beaucoup d’argent pour renouveler l’ensemble de ce matériel devenu obsolète. De plus, cette industrie est fortement concentrée et le lobbying qu’elle exerce laisse penser que les collectivités locales seront fortement influencées dans leurs choix.

Et puis pourquoi s’arrêter à trois ans en collège ? Cela deviendra-t-il une obligation d’achat pour les familles à l’entrée au collège comme c’est le cas dans certains lycées ?

La CGT Educ’action 27 s’oppose donc à ce plan et dénonce toutes les mesures qui obligent les familles à dépenser dans du matériel qui sera bien vite obsolète.
Elle dénonce toute dépense en équipement effectuée sans une analyse préalable et concertée des besoins réels des enseignants, dans les écoles, les collèges et les lycées.

Utilisation du numérique

Un sondage, auprès des enseignants, a donné quelques sueurs froides aux têtes pensantes de l’école numérique : la moitié des enseignants ne voient pas l’utilité de son utilisation dans leur pédagogie. Selon le ministère, c’est un archaïsme qui devra être surmonté coûte que coûte même s’il faut sacrifier la liberté pédagogique pour cela. L’utilisation du numérique est déjà devenue une obligation pour certaines matières et doit être présente durant l’épreuve (exemples : CCF de maths pour le BEP et le BAC Pro, épreuve de mathématiques du DNB, validation du B2I pour l’obtention du « socle commun », etc).

Pour forcer la main, le ministère nous impose déjà tous ses outils administratifs passés sous une forme numérique : gestion des élèves, les bulletins, les cahiers de texte et notre communication interne (avec l’établissement, le rectorat...)

En parallèle, les projets, groupes de travail, …fleurissent dans les établissements du second degré dont les proviseurs et principaux, soutenus par les corps d’inspection, veulent, parfois par souci de carrière, prouver leur participation active au développement de ce point du projet académique. Ils s’auto-déclarent pilotes. Ils recherchent des « nouveautés » dans les pratiques et imposent aux enseignants de trouver des solutions pour faire valoir leur capacité à « être moderne ». Cela se fait parfois en dépit de tout progrès pédagogique (exemple des cours d’Italien irréalisables en visio-conférence et pourtant imposés à la collègue au collège Ariane de Vernon).
Les inspecteurs, dans le cadre de leurs visites, doivent émettre un avis sur les capacités de l’enseignant à utiliser les ressources numériques, que la séquence s’y prête ou pas.

Dans les écoles, on reçoit parfois des consignes de l’Inspecteur de circonscription, afin de modifier le projet d’école initialement prévu et de le concentrer sur le numérique, sans discussion préalable, réflexion sur les moyens et les objectifs d’un tel projet.

Le numérique, c’est aussi la formation à distance des collègues. Un enseignant doit souvent, pour se former sur des nouveaux programmes, des points particuliers … se « connecter » et participer à des modules de formation à distance sur son temps de préparation de cours ou sur son temps libre. C’est une attaque à sa liberté d’organisation. C’est un moyen d’accroître sa charge de travail à moindre frais pour une formation, continue ou pas, qui devrait pouvoir être accomplie par des décharges, sans rajout au temps de travail hebdomadaire des enseignants. Cette formation est en outre un outil de surveillance et de contrôle au service des corps d’inspection.

Paradoxalement, l’enseignement d’une matière des sciences du numérique pour commencer à former les élèves qui souhaitent poursuivre dans cette voie, se voit vider de sa substance : la compréhension pleine et entière de la construction et du fonctionnement d’un logiciel.

La CGT Educ’action 27 dénonce et s’oppose :

A la mise en place de formations qui doivent obligatoirement comporter du numérique :

  • sous prétexte d’économies et de nécessité pédagogique l’Education Nationale impose donc des plate-formes du type Magistère pour la formation des enseignants. Derrière le vocable de distanciel et de présentiel se cache surtout une atomisation de plus en plus importante du métier d’enseignant, où l’on recherche davantage à le surveiller qu’à le guider dans sa réflexion et sa formation.
  • les groupes de réflexions pédagogiques se voient contraints de proposer des activités qui font forcément appel à des outils numériques. La pédagogie, qui devait être la raison d’être de ces groupes, a été complètement reléguée pour répondre à l’impératif imposé par le ministère.

A la mise en place d’outils qui surveillent et augmentent notre temps de travail : les ENT en sont la caricature. Le cahier texte numérique, les notes en ligne, les sollicitations par emails de tous les acteurs (direction, collègues, élèves et parents) font que le temps de travail déborde de plus en plus sur le temps personnel.

A la réduction du métier d’enseignant à devenir animateur de séances d’e-cours par l’utilisation de logiciels « presse-bouton » qui n’apportent aucun savoir, d’activités où l’enseignant ne devient qu’un conseiller en utilisation d’un équipement. Ceci d’autant plus que la mise en place d’une activité numérique se révèle souvent plus lourde qu’une activité classique : vérification du matériel, installation adéquate. Il peut alors être très tentant de rentabiliser le temps en multipliant ce type d’activités.

La CGT Educ’action demande donc que le numérique soit un outil quand il est nécessaire (pour les formations dédiées, les formations professionnelles, les options, les utilisations pertinentes) sans que cela devienne une obligation d’utilisation. Nous exigeons une liberté pédagogique complète dans son utilisation. Que les enseignants ne soient pas contraints, par souci de l’effet « vitrine » ou d’économie, à mal utiliser les supports numériques et rajouter à leur masse de travail les formations à distance et autres adaptations pédagogiques inefficaces en l’état.


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