Salarié de Sidel en grève pour sauver leurs emplois.

samedi 2 janvier 2016
par  Luc De Chivré
popularité : 5%

Sidel, c’est qui et c’est quoi ?
Sidel a été rachetée en 2004 par Tetra Laval, groupe suédois spécialiste du conditionnement dans l’agroalimentaire (eau, jus de fruits, lait) et 21e fortune mondiale, qui regroupe Tetra Pak (emballages carton), Sidel (emballages plastique) et Delaval (équipements pour laiterie).
 Dans le domaine de la production des emballages plastique, le site d’Octeville-sur-Mer produit les machines à fabriquer les bouteilles, le remplissage étant basé à Parme en Italie. C’est là que la direction souhaiterait, à terme, rassembler toute la production.
L’usine Sidel d’Octeville-sur-Mer produit en moyenne 200 lignes de fabrication de bouteilles en plastique par an grâce à ses 823 salariés et de nombreux sous-traitants. Les machines qui fabriquent les bouteilles d’Evian ou de Coca-Cola, c’est eux.
Début septembre, la direction annonce un plan de licenciements.
C’est-à-dire 209 suppressions d’emplois et 89 modifications de contrats. Depuis, les syndicats – dont la CGT – sont mobilisés en intersyndicale. Et élaborent, avec les salariés, des propositions alternatives. Pourtant, le site se porte bien : en 2014, il a reversé 22 millions d’euros au groupe Tetra Laval (pour la quatrième année consécutive). Et les salariés ont obtenu 2,5 % d’augmentation de salaire durant les négociations annuelles obligatoires. C’est dire si l’annonce des suppressions de postes a pris tout le monde de court.
 Depuis le 4 septembre, l’intersyndicale CGT, CFDT, CFE-CGC et UNSA dénonce les 290 suppressions d’emplois et les89 modifications de contrats. Elle multiplie les actions : débrayages, rassemblements, boycotts des produits Tetra-Pak, concerts, 12 000 tracts distribués aux salariés, 20 000 diffusés à la population.
 Sidel, où le salaire minimum de base est de 1 850 euros net mensuel, est bien connu dans la région et chacun sait que ce ne sont pas seulement les suppressions d’emplois chez Sidel qui sont en jeu, mais aussi près d’un millier d’emplois induits.
 73 millions d’euros pour la casse sociale.
Guidé par une stratégie financière à court terme, le groupe suédois Tetra Laval vise un plan d’économies de 150 millions d’euros d’ici 2018. « Le PSE va coûter au groupe 73 millions d’euros sur 2 ans », souligne Joao Luca, élu CE et délégué du personnel CGT. « Nous dénonçons cette dépense d’argent pour de la casse sociale ». Mais, la stratégie syndicale ne s’arrête pas à la contestation. « La direction avait provisionné 15 jours de grève », ajoute le syndicaliste. « Elle a été déstabilisée par notre approche. »
 Une démarche de contre-propositions.
Au-delà de quelques débrayages, les syndicats ont d’abord choisi une démarche de contre-propositions. « Le CE n’avait jamais été consulté sur les orientations stratégiques de l’entreprise, explique Reynald Kubecki, secrétaire général du syndicat CGT et co-secrétaire de l’union des syndicats CGT du Havre. On s’est dit qu’il fallait remettre la balle au centre et, grâce à une action en justice, nous avons obtenu du président du tribunal d’instance du Havre un accord de méthode. Cela nous donne plus de temps pour analyser ce projet de réorganisation et la possibilité de séparer toutes les phases d’information-consultation, contrairement à ce que prévoit aujourd’hui la loi de sécurisation de l’emploi de 2013. Nous sommes concentrés sur les orientations stratégiques du groupe et le livre 2 qui prévoit les suppressions d’emplois ». 
Avec les salariés.
Concrètement, les salariés des différents services sont invités à des séances de travail avec leurs IRP pour évaluer ensemble l’impact du projet de réorganisation. « On est partis de leur travail, on reçoit les salariés de toutes les unités – approvisionnements, montage, moulerie, etc. – et, à partir de leur expérience, en face de chaque poste supprimé, on démontre les risques et on propose des alternatives. » Certaines sont prises en compte par la direction, d’autres non. « Mais l’intersyndicale permet de parler d’une même voix à la direction et aux salariés, et de rassembler plusieurs compétences autour de la table, ce qui fait de nous des interlocuteurs sérieux », explique le syndicaliste.
 Lundi 14 décembre, les salariés votent la grève.
Bien que quelques emplois (24) aient d’ores et déjà pu être sauvés grâce à l’action syndicale, la direction demeure «  inflexible  ». Alors, lundi 14 décembre, après trois mois d’une lutte «  soft  » (appel de la population locale au boycott des produits Tetrapak, interpellation des élus, audience à la sous-préfecture…), les salariés de Sidel sont entrés en grève, répondant à l’appel de l’intersyndicale. Une grève tournante sur les sept bâtiments que compte l’usine d’Octeville, administratif compris.
 «  On en bloque deux ou trois par demi-journée, ce qui mobilise entre 150 et 200 salariés à chaque fois, et suffit pour faire cesser l’activité  », explique Raynald Kubecki qui se félicite du taux de participation des salariés «  autour de 90 % » selon lui. À l’appel de l’union locale, les syndicats CGT de l’agglomération havraise ont apporté leur soutien en étant physiquement présents dès le lundi matin. Tous les jours, jusqu’au 23 décembre, les salariés rassemblés en assemblée générale ont reconduit la grève et organisé un piquet de grève qui a empêché le fonctionnement de l’usine. L’Union Départementale CGT a apporté son soutien aux grévistes dès le début du mouvement.
Soutien syndical et populaire.
Raynald Kubecki : « Beaucoup de syndicats apportent leur soutien logistique, financier, moral. C’est très important pour nous cette présence sur les piquets aux côtés des salariés de la boite ». « Tous les commerçants d’Octeville jouent le jeu. Chaque matin et chaque soir ils nous apportent des denrées alimentaires. Le boulanger nous apporte le soir ses invendus. Et ça se propage même de l’autre côté de l’eau, à Honfleur ».
 Suspension temporaire de la grève et blocage du site à la rentrée.
Le 23 décembre s’est tenue une assemblée générale importante car elle devait décider des suites de la grève pendant les fêtes de fin d’année. Il y avait 600 salariés et près de 100 personnes pour les soutenir (dockers, Dresser, EDF, UL Dieppe, UL Harfleur, CGT Educ’Action, FRALIB....). Les salariés étaient déterminés sur les suites à donner à la lutte même s’ils ont voté à 91% la suspension de la grève. Ils ont aussi annoncé le blocage du site pour la rentrée. La détermination des salariés reste très forte alors même que la direction s’est vu contrainte de descendre à 111 licenciements au lieu des 209 initialement prévus. Mais le compte n’y est pas. La mobilisation fortement suivie et portée par la CGT et la CFE-CGC revendique toujours « zéro licenciement ».

La CGT Educ’action apporte bien entendu tout son soutien à cette revendication : défendre les emplois chez Sidel, c’est aussi défendre les emplois des sous-traitants, des commerçants et des services publics de la région. On pourrait demander aux collectivités locales et à l’Etat d’intervenir auprès de la direction de Sidel pour qu’elle renonce aux licenciements. Mais on imagine mal le premier ministre prendre fait et cause pour des salariés. Et les précédents ne suscitent pas l’optimisme.
Nous devrons sans doute nous investir, dans la mesure de nos moyens, auprès des salariés de SIDEL et pousser vers une mobilisation interprofessionnelle suffisamment puissante pour contraindre la direction de Sidel à stopper le désastre social dont elle est responsable.


Agenda

<<

2016

 

<<

Décembre

 

Aujourd'hui

LuMaMeJeVeSaDi
2829301234
567891011
12131415161718
19202122232425
2627282930311
Aucun évènement à venir les 3 prochains mois

Sites favoris


7 sites référencés dans ce secteur

Brèves

Chiffres du chômage en juillet 2015 : toutes les raisons de changer de politique

jeudi 27 août 2015

La période d’été est toujours propice aux réflexions, aux débats et à l’approfondissement des politiques. Le MEDEF peut dormir sur ses deux oreilles car Manuel Valls a annoncé, à la veille des universités d’été du PS et du MEDEF, vouloir poursuivre ses réformes, et maintenir l’ampleur du soutien aux entreprises à travers le pacte de responsabilité.
Cette politique menée depuis des années a montré son inefficacité, notamment concernant le chômage. Depuis 2012, ce sont 630 000 demandeurs d’emploi supplémentaires qui sont venus grandir les rangs de Pôle emploi.

Lire la suite sur le site de la Confédération CGT

Un syndicat Unsa condamné pour sa trop grande proximité avec le patronat

mardi 7 juillet 2015

Le journal Le Monde révèle dans son édition du 1er juillet qu’un syndicat affilié à l’UNSA vient de perdre sa représentativité.
Lire la suite

La CGT s’inquiète de l’abandon de l’égalité F/H par le gouvernement

dimanche 5 juillet 2015

Le jeudi 25 juin, le Conseil Supérieur à l’Egalité Professionnelle examinait le bilan de l’action du gouvernement depuis 2 ans en matière d’égalité en présence des Ministres, Mmes Touraine et Boistard. Si la démarche intégrée de l’égalité a permis de nombreuses avancées, et notamment la loi pour l’égalité entre les femmes et les hommes, la CGT considère que le gouvernement tourne aujourd’hui le dos à cette priorité politique.
En effet, la suppression du ministère, de plein exercice, s’accompagne aujourd’hui de la suppression, dans le projet de loi Rebsamen, de la négociation dédiée à l’égalité professionnelle. (lire la suite)

A propos de l’ouvrage de Robert Badinter et Antoine Lyon-Caen « Le travail et la loi »

dimanche 5 juillet 2015

La parution de l’ouvrage de Robert Badinter et Antoine Lyon-Caen « Le travail et la loi » a suscité de nombreuses réactions, en particulier celle de Pierre Gattaz, Président du Medef qui a largement salué l’initiative. La CGT porte un regard critique sur le contenu de ce livre. Il souffre d’une entrée dans le sujet du droit du travail qui est non fondée et maladroite au regard du contexte... (lire la suite)

Une nouvelle victime de la réforme du collège

lundi 25 mai 2015

Le président de la FCPE vient d’être débarqué par le congrès de l’association, conséquence de son soutien à la réforme du collège de Vallaud-Belkacem.
Un soutien de moins pour cette réforme destructrice !

Les bourses étudiantes pourraient devenir plus sélectives

vendredi 3 avril 2015

Pour faire des économies budgétaires, le gouvernement serait en train de réfléchir à de nouvelles modalités de calcul pour l’attribution des bourses étudiantes. Une réforme qui pourrait exclure 30 000 étudiants, selon Le Monde.
Lire la suite

Calendrier scolaire : le Medef se réjouit

vendredi 3 avril 2015

Le Medef « se réjouit » vendredi de voir le nouveau calendrier scolaire « prendre en compte le secteur du tourisme et les emplois correspondants ».
Les nouvelles dates présentées jeudi par le ministère de l’Education avancent notamment d’une semaine les vacances de printemps pour favoriser les stations de ski, prévoient des semaines de vacances pleines et non avec des départs en milieu de semaine, ainsi que le pont de l’Ascension pour tous.
« Cette décision pragmatique prise au terme d’une concertation associant toutes les parties prenantes permettra aux différents acteurs de cette filière de bénéficier d’un étalement des vacances des différentes zones afin de maintenir une activité saisonnière et les emplois qui s’y rapportent », souligne dans un communiqué le Medef.
« Ce nouveau calendrier valorise ainsi un secteur entier sans par ailleurs nuire au rythme des enfants, ce qui est crucial », ajoute l’organisation patronale.

Six syndicats demandent le retrait de la réforme du collège

vendredi 3 avril 2015

Six syndicats dont le Snes-FSU, premier syndicat du secondaire, réclament vendredi dans un communiqué le retrait du projet de réforme du collège, prévue pour la rentrée 2016, menaçant de recourir à la grève.
Ce projet « est fondé sur l’autonomie des établissements et la multiplication des hiérarchies intermédiaires sous l’autorité du chef d’établissement », critiquent, outre le Snes, le SNU.EP-FSU (enseignement professionnel), le Snalc, FO, la CGT et Sud.
« Sa mise en oeuvre institutionnaliserait le principe de mise en concurrence entre les disciplines, entre les enseignants et entre les établissements, fragiliserait la structuration disciplinaire du collège et engendrerait toujours plus d’inégalités entre les élèves », estiment-ils.
Lire la suite