“Les raffineurs ne veulent pas être soutenus moralement, mais soutenus de manière concrète, par la grève”

jeudi 26 mai 2016
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Entretien avec Thierry Defresne, délégué syndical central CGT Total Raffinage Pétrochimie.

Peux-tu nous donner une idée de ce représente la raffinerie de Normandie ?

La raffinerie de Normandie est un site du groupe Total situé à Gonfreville-l’Orcher en Seine-Maritime. Elle date de 1933, et depuis le regroupement en 2011 de la raffinerie et du site pétrochimique, elle emploie 1700 salariés. Chaque année, la raffinerie de Normandie transforme 12 millions de tonnes de pétrole brut en produits de consommation courante (essences, gazoles, carburant pour avion, huiles, lubrifiants, etc.), ce qui représente 20 % de la production nationale de produits pétroliers. Le site travaille en continu avec la moitié des salariés, postés, travaillant en 3X8. L’autre moitié de salariés, journaliers, travaille dans les services administratifs, les supports techniques, la maintenance. En plus des 1700 salariéEs « Total », 900 employéEs appartenant à des entreprises sous-traitantes sont présents sur le site. Ils assurent une partie de la maintenance des installations (mécanique, soudure, etc.).

En terme de qualifications et d’organisation du travail, cela donne 200 ingénieurs et cadres, 300 ouvriers et 1200 techniciens et agent de maîtrise.

Syndicalement, la CGT y est majoritaire, même depuis le regroupement avec la pétrochimie (secteur dans lequel la CFDT est très présente), avec 33 % des voix, en légère baisse par rapport aux élections précédentes où nous représentions 37 %. SUD autour de 10 % s’est curieusement rallié à la CFDT lors des dernières élections. La CGC est implantée chez les cadres bien sûr, mais aussi au 2ème collège où la direction considère que les chefs de quart font partie de l’encadrement.

Comment a démarré la mobilisation contre la loi travail ?

Dans les raffineries, comme parmi les salariés, comme pour une majorité de la population, c’est le rejet de l’ensemble de la loi travail qui s’exprime. La colère est présente comme partout. La mobilisation des travailleurs du site s’inscrit dans le cadre de la forte mobilisation interprofessionnelle. Les raffineurs ne veulent pas être en première ligne de la mobilisation. Les barrages regroupent les salariés de nombreuses entreprises de la zone autour de Renault Sandouville. Sur les barrages, nous sommes obligés de tourner pour assurer les relèves se sécurité. C’est la mobilisation de l’interpro qui constitue le ciment de la lutte.

Quelles conséquences de la loi travail redoutez-vous particulièrement ?

La succession des lois Rebsamen, Macron, et maintenant cette loi travail incite les patrons à rouvrir des négociations pour remettre en cause des accords d’entreprises plus favorables. Total n’est pas en reste. En vertu d’un accord interne sur la pénibilité, les personnels ayant plus de vingt-cinq ans d’ancienneté en travail posté ont la possibilité de prendre leur retraite dès 55 ans en étant payé par Total à 77 %, y compris les primes, hors prime de quart. Les heures supplémentaires sont rémunérées au moins à 33 %, et pour certaines jusqu’à 99 %. Tout cela est dans le collimateur non seulement de Total, mais aussi de toutes les entreprises sous-traitantes. Beaucoup de salariés qui ont un salaire de base de 1200 euros de salaires de base, gagnent 2000 euros avec les heures supplémentaires et les primes de déplacement. Ils risquent de perdre 300 euros par mois. Cela explique la forte mobilisation des salariés de la sous-traitance au côté des « Total ».

Où en est la mobilisation ?

Ça a commencé en fait le jeudi 31 mars avec la journée nationale interpro, et depuis nous avons participé à toutes les journées nationales, avec des débrayages de 24 heures, des actions multiples comme les arrêts d’expéditions... Et aussi beaucoup des discussions avec les travailleurs, notamment à l’occasion des journées du 17 et du 24 avril qui ont permis d’aboutir aux propositions d’arrêt de la production de ces jours-ci. Ce qui est déterminant, c’est la mobilisation des salariés grévistes à l’intérieur du site. Les blocages avec les routiers et l’interpro ont provoqué de grosses perturbations dans la distribution des productions. Lors de la récente intervention des flics à 2 heures du matin, ils se sont trouvés assiégés autour du site, et cela n’a fait qu’amplifier le problème. Les barrages ont été levés... mais il n’y a personne sur le site en dehors des équipes de sécurité !

Le rôle de l’interpro est donc essentiel ?

Oui parce que la victoire dans cette lutte viendra de la mobilisation de toutes et tous. Nous, on répète aux gens qui viennent spontanément sur les barrages en disant « On est avec vous » : « Mettez vous en grève car la grève par délégation, ça n’existe pas ». Il faut que chacun continue à travailler sur l’élargissement de la mobilisation sur l’ensemble de la loi travail. Il faut multiplier les actions.

Il faut convaincre autour de nous, dans nos familles, de rejoindre l’action, de faire grève. Si chacun convainc une personne de son entourage, cela double le nombre de grévistes et ainsi suite...

Les raffineurs ne veulent pas être soutenus moralement dans cette bataille, mais soutenu de manière concrète, par la grève.

Quelle est la situation dans l’ensemble de filière ?

Valls avait menacé de débloquer les sites de raffinage bloqué par les barrages de salariés de l’interpro, les routiers. Son action a eu pour résultat d’accroître la colère. Ainsi, Donges (en Loire-Atlantique) et Feyzin (en région lyonnaise) sont en processus d’arrêt. Grandpuits (en Seine-et-Marne) reconduit pour 72 heures. Sa position de site stratégique pour la région parisienne conduit les salariés à peser leurs décisions. Au bout du compte, la direction pourrait être amenée à arrêter la production pour des raisons de sécurité. Et Dunkerque jusqu’à mardi. En PACA, la grève se construit en lien avec les mobilisations engagées par l’UD CGT Bouches-du-Rhône.

Dans tes interventions revient le rôle de l’interpro et le refus de l’isolement. Des souvenirs du mouvement de 2010 ?

En effet, depuis 2010, nous rencontrons des difficultés pour mobiliser sur des thèmes plus large que l’entreprise. Pourtant, malgré ce que l’on croit souvent, 2010 n’a pas été un échec complet. Nous avons obtenu des avancées en matière de départs anticipés liés à la pénibilité. Et, dans le cadre de la boite, nous avons mené des bagarres importantes. En 2013, en 2015, nous avons fait plusieurs semaines de grèves, notamment à l’occasion des négociations annuelles obligatoires (NAO) contre des accords pourris signés par la CFDT et la CGC.

Mais sur les sujets « nationaux », il y a une réticence des salariés à se retrouver en tête de mobilisations. Dans le cas de la mobilisation contre le loi travail, ils suivent de près la mobilisation dans le cadre de l’interpro. Ils nous font confiance pour ne pas nous isoler dans un jusqu’au- boutisme. Ils veulent savoir en permanence où on en est, où on va...

Propos recueillis le week-end dernier par Robert Pelletier pour le journal L’Anticapitaliste


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Brèves

Mac Do Neufchâtel en Bray veut licencier une militante syndicale CGT !

vendredi 6 juillet

Suite à un entretien disciplinaire une syndiquée CGT depuis un mois au McDonald’s de Neufchatel en Bray a été mise à pieds à titre conservatoire avant que ne soit décidé un licenciement. Les vrais motifs de cette mise à pied : la distribution de tracts dans les restaurants de cette franchise (Dieppe, Yvetot et Neufchâtel en bray) mentionnant les acquis obtenus au restaurant d’Elbeuf (13e mois, prime trimestrielles, congés enfants malades, arbre de Noël ...), et la crainte que les salariés reprennent eux aussi ces revendications !
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Grève à l’hôpital psychiatrique Janet au Havre !

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A l’image des salariés de l’hôpital psychiatrique du Rouvray, les personnels grévistes de l’hôpital psychiatrique Janet du Havre ne lâchent pas le morceau. Ils exigent la venue de Mme Gardel, directrice de l’Agence régionale de santé, l’ouverture d’une nouvelle unité pour que les patients ne soient plus dans des lits supplémentaires avec la création de 50 postes pluridisciplinaires pour la faire fonctionner, la stagiarisation de tous les contractuels-les, l’arrêt de la polyvalence, l’embauche de médecins psychiatres titulaires. Rendez vous jeudi 21 à 8h45 à l’hôpital Flaubert pour une haie de déshonneur pour les administrateurs de l’hôpital, et le samedi 23 à 17h45 sur le parvis du printemps.
Soutenez les revendications en écrivant à Mme Gardel

RESF : une bonne nouvelle qui se concrétise enfin !

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Mme Erdene, dont les enfants sont scolarisés au lycée de Déville-lès-Rouen et dans des écoles de Maromme, a reçu enfin son titre de séjour ; celui de son mari attend à la Préfecture, sauf imprévu.
Les bonnes nouvelles sur ce front sont si rares qu’il fallait en parler d’autant plus que pour d’autres familles, l’étau se resserre.
Mme Balogun - originaire du Nigéria et qui a une enfant scolarisée au collège de Maromme - s’est vu confirmer son OQTF par le Tribunal Administratif et France Terre d’Asile cherche à récupérer leur logement CADA en essayant de les en expulser.
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Fusion des académies : où en est on ?

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En janvier, Mr le Recteur des académies de Rouen et de Caen nous assurait que la fusion des deux académies n’était pas décidée et qu’elle dépendrait de l’évaluation qui serait rendue fin mars, début avril. Il était malgré tout resté bien silencieux lorsque nous lui avions dit qu’il était impossible d’évaluer un processus de fusion en 5 mois (l’expérimentation a officiellement début en novembre), et notamment les conséquences sur les conditions de travail des personnels et les conditions d’enseignement, et que nous étions convaincus que cette évaluation serait bidon et que la fusion était déjà actée officieusement. Depuis, aucune nouvelle de cette évaluation, ni de la décision du Ministère qui devait tomber à la suite de l’évaluation. Mais cela n’est pas vraiment plus rassurant. Les organisations syndicales et les personnels avaient déjà été mis devant le fait accompli en septembre en apprenant seulement à la rentrée qu’une expérimentation était menée sur les académies de Rouen et de Caen. Et le Ministère ne compte pas lâcher de sitôt son projet de fusionner des académies qui sera une véritable manne pour supprimer des postes d’administratifs en fusionnant des services et des formations.

Université : Blanquer manipule les chiffres !

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Pour justifier la sélection à l’entrée de l’université, Jean-Michel Blanquer affirme que seuls 40% des étudiants en L1 sont en L2 l’année suivante, sous entendant bien sûr que tous les jeunes ne peuvent pas réussir et qu’il faut en tenir compte. Si ce chiffre est exact, c’est oublier que beaucoup réussissent en redoublant, en se réorientant ou en obtenant un concours et qu’au final 80% des étudiants sortent de l’enseignement supérieur avec un diplôme, malgré des conditions d’étude déplorables dans de nombreuses filières.

Grève de la faim au centre hospitalier du Rouvray !

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Communiqué de presse des Grévistes de la faim
Résumé de la journée du jeudi 31mai. J10
Cette journée a été ouverte par de nouveaux témoignages culturels de soutien important ! Ensuite, s’est déroulée une Assemblée Générale où plus de 300 personnes sont venues soutenir le mouvement. A 15h, une centaine de salariés du Centre Hospitalier du Rouvray (Hôpital Psychiatrique Rouen, Normandie 76) ont investi les locaux de l’administration abandonnés et délaissés sur instruction de la direction.
Pendant que le personnel soignant assure la continuité des soins ! Toujours les mêmes qui bossent !
Cette action s’est déroulée de façon organisée et pacifique pour réclamer notamment 52 postes paramédicaux supplémentaires. Nous ne voulons que prendre en charge correctement la souffrance psychique de nos concitoyens ! Cette nuit, nos 7 collègues grévistes de la faim sont accompagnés par 52 professionnels du CHR. Il faut au moins ça, puisqu’après 10 jours de grève de la faim l’indifférence continue ! Pour seule réponse, toujours du mépris !
Et maintenant ? Action !

  • Aujourd’hui, Vendredi 01 juin à 14h15 : Assemblée Générale.
  • Samedi 02 juin à 14h00, Rassemblement de soutien sur le parvis de l’administration. NOUS VOUS ATTENDONS EN NOMBRE !
  • Samedi 02 juin à 17h30 une Tribune offerte par le maire de SER, à l’occasion de la journée festive nommée « AIRE DE FÊTE ». L’administration a été prise, maintenant à nous de l’occuper, vous êtes les bienvenus ! Apportez votre soutien financier Signez la pétition
Sur le Web : Télécharger le tract

VIDEO : CE QUE LES MEDIAS NE DISENT PAS SUR LA SNCF !

lundi 16 avril

A voir absolument l’excellente vidéo du Fil d’actu CE QUE LES MEDIAS NE DISENT PAS SUR LA SNCF !

Moins de fonctionnaires et un statut attaqué :

vendredi 26 mai 2017

120 000 fonctionnaires en moins mais un service public renforcé. Comme depuis 10 ans, le but est donc de faire mieux avec moins, ce qui impliquera, dans les faits, une baisse des services rendus aux usagers et une détérioration des conditions de travail des personnels. Pour cela, la recette managériale habituelle : autonomie des chef-fes de services, individualisation des carrières et des salaires. Bref, la concurrence entre les personnels et la division