Esprit « d’entreprendre » : le temps de cerveau de nos élèves ne doit pas être disponible pour la propagande patronale

dimanche 14 mai 2017
par  Stéphane Legardinier
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Une fois de plus, le rectorat fait la promotion sur son site internet de l’esprit d’entreprendre, en célébrant les vertus supposées des mini- entreprises. Lire l’article : http://www.ac-rouen.fr/academie/actualites-de-l-academie/l-esprit-d-entreprendre-des-eleves-de-l-academie-160603.kjsp?RH=ACCUEIL
Il ne s’agit pas ici de remettre en cause le travail des collègues qui donnent du temps et de l’énergie pour essayer de motiver nos élèves. Mais qu’on nous permette simplement de les appeler à la plus grande vigilance à l’égard de ces partenariats qui se généralisent pernicieusement.
En effet, s’il est souhaitable que l’Ecole enseigne ce qu’est l’entreprise à nos élèves, il est inacceptable qu’elle ouvre ses portes à des lobbys qui en profitent pour véhiculer un discours et une idéologie sur l’entreprise. Or, c’est à l’évidence le cas avec le réseau EPA, Entreprendre pour apprendre, lobby à la manœuvre derrière les mini-entreprises. EPA appartient d’ailleurs à un réseau plus vaste constitué à l’échelle européenne (Junior Achievement – Young Enterprise Europe) et mondiale (Junior Achievement Worlwild), chargé, entre autres, d’inculquer les « valeurs » de l’entreprise dans le système éducatif. Parmi les partenaires d’EPA, on trouve notamment le MEDEF, la CGPME et le réseau des chambres de commerce et d’industrie (CCI-France). Et quand on navigue sur le site d’EPA, la liste des partenaires qui soutiennent le réseau est éloquente : Exxon Mobil, Engie, Crédit agricole, HSBC, BNP Paribas, Microsoft, Google, Bloomberg, Adecco, Orange, UBS, Banque populaire, etc., tous partenaires totalement désintéressés, naturellement, et animés uniquement de nobles idéaux pour la jeunesse.
Ensuite, EPA véhicule à travers les mini-entreprises un discours et une représentation de l’entreprise qui ne correspondent pas à la réalité du monde du travail mais qui relaient le point de vue et les attentes des patrons. Les mini- entreprises mettent en avant uniquement les savoirs- être et les qualités attendues des entrepreneurs : motivation, dynamisme, flexibilité, loyauté, engagement, compétitivité, innovation. Il s’agit d’inculquer dans les têtes de nos jeunes, mais aussi celle des adultes, que l’entreprise, c’est cool, c’est le plaisir, l’épanouissement personnel, l’entraide autour d’un projet et de valeurs communes. L’objectif consiste à formater de futurs salariés dociles, loyaux et acquis au fonctionnement capitaliste de l’entreprise.
Tout cela berce d’illusions nos élèves. Comme s’il suffisait d’être motivé et entreprenant pour réussir et s’épanouir en entreprise. Comme si chacun pouvait devenir PDG, directeur commercial, manager. Comme si la réussite des uns, les gagnants, ne se faisait pas au détriment des autres, ceux qui ne devraient leur échec qu’à leur manque de motivation et d’adhésion à cette grande famille qu’est l’entreprise. C’est leur faire croire que l’entreprise n’est ni un espace de conflictualité, ni un lieu d’exploitation. Quid du travail réel, des conditions de travail, du droit du travail, des conflits sur les salaires, sur les cadences de travail, sur les relations avec la hiérarchie et du rôle des syndicats dans une entreprise ? Les mini- entreprises ont avant tout pour objectif de donner une image positive de l’entreprise, et de l’entrepreneur, terme tellement plus fun que ceux de patron ou d’employeur. Dans cette optique, pas de place pour étudier l’opposition entre le travail et le capital, ni pour d’autres formes d’entreprise telles que les coopératives. Sans être non plus la panacée (comment pourrait-il en être autrement d’îlots de cogestion dans un océan de compétition et de guerre économique ?), la mise en place d’une mini- entreprise coopérative laisserait néanmoins entrevoir une alternative à l’entreprise capitalistique, où la gestion et la production sont soumises à la discussion et au vote des salariés, où le produit du travail est réparti plus équitablement. Mais de cela, les réseaux comme EPA et les multinationales qui les soutiennent n’ont aucun intérêt à en faire la promotion.
Pour la CGT, la mainmise croissante de ces groupes d’intérêts privés constitue une atteinte au service public et au principe de laïcité, entendu au sens de la séparation des groupes d’intérêt privés et de l’Etat. Que nos jeunes aient à subir la dureté du monde de l’entreprise est une chose, mais qu’on les incite par-dessus le marché à adhérer à ce discours est totalement inacceptable. Les cerveaux de nos élèves doivent être disponibles pour la science, la culture, la connaissance objective du monde, l’esprit critique, pas pour une idéologie qui les aliène.


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Ecoles Delaunay en action le 22 janvier 2020 pour revenir en REP+

jeudi 23 janvier

Lors de l’animation pédagogique du mercredi 22 janvier 2020 sur « les élèves à besoins particuliers », les enseignants ont rappelé leur exigence de classer les écoles maternelle Delaunay-Laurencin et élémentaire Sonia Delaunay de Dieppe (Val Druel) en REP+. En effet, elles sont sorties de l’Éducation Prioritaire en 2014 et ont été exclues des dispositifs REP et REP+ alors qu’elles répondent à tous les critères pour être classées en REP+. Son rang (64ème) au niveau académique la situe au même niveau que les écoles de REP+ du Havre ou de Rouen Nord.

Tous les enseignant·e·s des deux écoles sont venu·e·s avec un tee-shirt rappelant leur exigence et ont pris la parole en début d’animation. À l’issue de l’animation, l’urne était disponible pour pouvoir faire voter au référendum d’initiative populaire.

La CGT Éduc’action 76 soutient les collègues dans leurs actions.

Motion de soutien aux salariés de la Chapelle d’Arblay

mercredi 18 septembre 2019

Les camarades de la CGT Educ’action Haute-Normandie réunis en Assemblée générale de rentrée le 16 septembre 2019 à Maromme expriment leur soutien aux salariés de la Chapelle Darblay, menacés de licenciement.
Dans le secteur privé, les fermetures de site et les plans de licenciement se multiplient. Dans les services publics, ce sont les suppressions de postes massives et la dégradation des conditions de travail.
De plus, la réforme des retraites est une attaque contre l’ensemble des salariés.

  • Zéro licenciement !
  • Non à la fermeture des sites !
  • Non à la casse des services publics !
  • Non à la réforme des retraites ! Luttons tous ensemble !

Motion adoptée à l’unanimité par l’AG des syndiqué-e-s CGT éduc’action Rouen

Fusion des académies : j’habite à Evreux, pourra-t-on me nommer à Cherbourg ?

vendredi 13 septembre 2019

La lettre de cadrage pour la fusion des académies de Caen et Rouen certifiait que la gestion des personnels enseignants ne serait pas impacté jusqu’en 2022 (Mais en 2018 on nous jurait que la fusion n’était pas encore décidée). A en croire M. le Ministre, jusqu’à cette ce cas de figure n’existera pas. Mais après 2022 ça devient tout à fait possible pour les personnels du second degré. Le Rectorat a tout intérêt à ce que la souplesse et la mobilité des personnels soient maximales. Et avec l’affaiblissement du rôle des CAPA il sera encore plus compliqué d’influer sur les choix des services académiques, sans oublier que pour les contractuels ce « contrôle » est inexistant.

Une fusion des académies pour fermer des sections !

vendredi 13 septembre 2019

Le Rectorat et la Région Normandie lancent la réflexion pour une nouvelle carte de formation à la rentrée de septembre 2020. Ca ne sent pas bon du tout ! L’académie et la région de Normandie auront, si nous ne faisons pas reculer le Ministère, le même périmètre au 1° janvier. Les filières de formation, frontalières pour le moment, ou seulement identiques, seront à la prochaine rentrée dans la même académie. Ce sera une très bonne excuse pour fusionner et fermer par ci par là et pour récupérer les postes.

Mac Do Neufchâtel en Bray veut licencier une militante syndicale CGT !

vendredi 6 juillet 2018

Suite à un entretien disciplinaire une syndiquée CGT depuis un mois au McDonald’s de Neufchatel en Bray a été mise à pieds à titre conservatoire avant que ne soit décidé un licenciement. Les vrais motifs de cette mise à pied : la distribution de tracts dans les restaurants de cette franchise (Dieppe, Yvetot et Neufchâtel en bray) mentionnant les acquis obtenus au restaurant d’Elbeuf (13e mois, prime trimestrielles, congés enfants malades, arbre de Noël ...), et la crainte que les salariés reprennent eux aussi ces revendications !
Rassemblement Dimanche 8 juillet 18h45 devant le Mac Donald de Neufchâtel en Bray.