Au menu de la réforme du lycée : suppression de postes, surcharge de travail et mise en concurrence généralisée

vendredi 12 octobre 2018
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La mise en place de la réforme du lycée avance à grands pas. Le président Macron souhaite avoir sa première fournée de bacheliers avant la fin de son mandat en mai 2022. C’est pourquoi la réforme doit entrer en vigueur dès la rentrée prochaine en première, puis en 2020 en terminale.

La réforme – comme toute bonne réforme ! - doit se traduire par la suppression d’heures de cours pour les élèves, ce qui permet de supprimer des emplois encore et encore. Tous ceux qui ont connu la précédente réforme du lycée (mise en œuvre par les mêmes) le savent. A cela s’ajoutent des attaques plus pernicieuses : la concurrence de tous contre tous et un énième alourdissement de la charge de travail.

Que le meilleur gagne !

Fidèle au ’’diviser pour régner’’, la réforme entraîne la mise en concurrence généralisée entre lycées et entre disciplines, pour mettre en concurrence les personnels. Pour l’instant, les chefs d’établissements doivent consulter la chambre d’enregistrement qu’est le conseil pédagogique sur les spécialités que souhaitent avoir l’établissement. Si à l’occasion, on peut dépouiller l’établissement voisin…

La concurrence aura aussi lieu bientôt entre les disciplines pour savoir comment vont se répartir les heures des spécialités entre discipline : 50-50 pour les deux disciplines concernées, 75-25, 100 % pour les uns et zéro pour les autres. Le résultat se fera établissement par établissement, en fonction des relations entre les équipes disciplinaires et, bien entendu, du bon vouloir du chef d’établissement (autonomie oblige !)

Concurrence également pour répartir les ’’marges’’ que chaque chef d’établissement va pouvoir distribuer à certains enseignements avec des dédoublements. Concurrence enfin lorsqu’il va falloir ’’vendre’’ sa spécialité aux élèves pour créer puis maintenir un vivier et sauver des postes.

La mise en concurrence va créer une ambiance délétère dans les salles des profs – d’autant plus que les perdants verront les postes disparaître dans leur discipline et/ou dans leur lycée.

Pour l’État-patron, ce n’est pas qu’un moyen pour détruire des postes, c’est également l’occasion de freiner toute riposte collective en développant le ’’chacun pour soit’’ déjà trop présent.

Charge de travail : toujours plus !

Depuis des années, la charge de travail des professeurs de lycée n’a fait qu’augmenter avec les multiples injonctions de l’institution (innovez ! différenciez ! tutorez ! etc.), le développement du numérique (renforcé par le crash d’e-lyco depuis que le marché a été livré à une multinationale norvégienne) et les classes de plus en plus surchargées.

La réforme va entraîner des changements de programme, plus ou moins profonds selon les matières. A la prochaine rentrée, certains collègues vont devoir préparer trois programmes (seconde – première générale – première technologique).

Au-delà de la nécessité des ’’faiseurs’’ de programme de justifier leur poste et leur salaire, cela traduit ce que Danièle Linhart, spécialiste de l’évolution du travail et de l’emploi, appelle « la dictature du changement permanent ». Dans un entretien de mars dernier (bastamag.net/La-dictature-du-changement-perpetuel-est-le-nouvel-instrument-de-soumission-des) : « Dans toutes les entreprises – que ce soit dans l’industrie ou dans les services – on change régulièrement les logiciels, on recompose les services et départements, on redéfinit les métiers , on organise des déménagements, on externalise, puis on ré-internalise... Ce faisant on rend les connaissances et l’expérience obsolètes. On arrive même à transformer de bons professionnels en apprentis à vie ! Les gens sont perdus. Les salariés […] sont totalement déstabilisés, se sentent en permanence sur le fil du rasoir et se rabattent sur les procédures et les méthodes standard, comme sur une bouée de sauvetage. Mais ces procédures et méthodes standard ne sont définies et maîtrisées que par les directions… Les salariés se retrouvent en proie à des doutes terribles. Ils se sentent impuissants, incompétents. Ils sont obligés de mendier des aides techniques. Leur image de soi est altérée. Ils ont peur de la faute, de faire courir des risques à autrui. Ces méthodes les jettent dans une profond sentiment d’insécurité. »

Là encore, l’avalanche de réformes – dans les écoles comme dans les collèges et lycées – est un outil pour briser la résistance des travailleurs, pour les infantiliser et ainsi les désarmer.

Il est encore temps d’arrêter le rouleau compresseur de la réforme. Rien n’est encore perdu !

Pour la CGT, la réforme du lycée est totalement inacceptable car elle a pour objectif de supprimer des emplois (selon les calculs de l’intersyndicale près de 25 000 sont menacés) mais aussi d’économiser du fric sur le dos des jeunes issus de la classe ouvrière et des catégories populaires (en réduisant la quantité et donc la qualité de l’offre d’enseignement). Le sacro-saint ’’intérêt des élèves’’ est la dernière préoccupation du Ministère et de tous ceux qui colportent les mensonges gouvernementaux qu’ils portent des cartes de presse ou des badges syndicaux.

Même si l’ambiance est bien (trop) calme dans les salles des profs, la CGT se bat pour construire une mobilisation contre cette réforme, en lien et en convergence avec les autres luttes des salariés de l’enseignement – en premier lieu celles contre la réforme/mise à mort des LP ou contre les suppressions massives de postes dans les services administratifs.



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Brèves

La pédagogie Nutella ou le collège 2016... vu à la TV !

lundi 20 avril 2015

La réforme du collège 2016 agite le Landerneau enseignant depuis quelques semaines. Elle inquiète aussi à juste titre les parents qui se demandent bien ce que ledit collège réformé fera avec leur progéniture.

Pour rassurer tout le monde, la télévision publique nous montre à quoi ressemblera le collège 2016, dans deux reportages successifs. En effet, le collège réformé s’inspire de dispositifs innovants qui existent déjà dans quelques établissements expérimentaux.

Alors savourons cet avant-goût du collège nouveau...

Lire la suite sur le site La Vie Moderne

Chatel : « Certaines mesures vont dans le bon sens »

lundi 20 avril 2015

C’est le spécialiste des réformes destructrices Chatel qui ont mis à mal le lycée général et liquidé la voie STI qui nous le dit.
On constate facilement où Vallaud-Belkacem trouve son inspiration !

« Que les conservateurs tombent les masques ! »

lundi 20 avril 2015

Voici le titre de l’interview de Vallaud-Belkacem au très réactionnaire journal Le Point.
Notre seule réponse à NVB : « Que les néo-libéraux tombent également le masque ! »

4 pages spécial Retraités de la FERC

samedi 31 août 2013

Au sommaire : Conférence de l’UFR... les retraités à l’offensive ! - Quelle UFR, quelle structure ? - Place des retraités dans la CGT - Continuité syndicale et renforcement - Impressions croisées
Télécharger le 4 pages

Au sujet des dépenses scolaires…

jeudi 22 août 2013

Chaque année, à l’approche de la rentrée, on retrouve dans les médias des articles plus ou moins bien renseignés sur les « dépenses de la rentrée des classes ». Je les parcours toujours avec un peu d’agacement quand ils mettent en avant les nouveaux cartables, les vêtements, les classeurs, les crayons et les compas, les garderies et les cantines.
Parler de ces frais là, c’est évoquer l’arbre pour cacher la forêt. Les cartables et les compas durent facilement plusieurs années et les vêtements ne me semblent pas être une dépense scolaire : mes filles iraient-elles nues si l’école n’existait pas ? Idem pour la cantine : il faut manger même en dehors de l’obligation scolaire. Admettons pour la garderie des petits. Ce qui m’interpelle, ce sont les frais dont on parle moins et qui pourtant jalonnent bien le parcours scolaire des jeunes.
Lire la suite sur le site de l’Ecole démocratique

Ecole élémentaire : en France, le nombre d’élèves par enseignant supérieur à la moyenne OCDE (Depp)

vendredi 16 août 2013

Selon la revue « L’Éducation natio­nale en chiffres » de la Depp, le taux d’encadrement dans les écoles élémen­taires fran­çaises se situe en des­sous de la moyenne des pays de l’OCDE.
Le taux d’encadrement dans les écoles élémen­taires fran­çaises est en des­sous de la moyenne des pays de l’OCDE, selon la revue « L’Éducation natio­nale en chiffres » éditée par la Depp et parue en juillet 2013.
Dans les pays de l’OCDE, le nombre moyen d’élèves par ensei­gnant était à ce niveau de 15,4, en 2011 contre 18,4 en moyenne en France.

Loire-Atlantique / Rythmes : lettre ouverte des UD CGT, FO, FSU et Solidaires au DASEN et aux 26 maires de Loire-Atlantique appliquant la réforme en 2013

samedi 29 juin 2013

Depuis plusieurs mois, nos organisations syndicales ne cessent de dénoncer la précipitation et les dangers contenus dans la réforme des rythmes scolaires. Si les appréciations de nos syndicats respectifs peuvent diverger sur l’analyse de la loi Peillon et de son volet sur les rythmes scolaires, cela ne nous empêche en rien de partager nombre de points de vue sur les effets néfastes de cette réforme. Les propos volontaristes des municipalités ayant décidé de s’engager dès septembre 2013 dans la mise en œuvre du pan de réforme sur les rythmes ne résistent pas à un l’examen pragmatique. Pour notre part cette réforme relève plus d’un projet politique portant sur la territorialisation de l’École que sur les effets bénéfiques pour les enfants et les familles.
L’intention gouvernementale affiche une volonté de servir la réussite scolaire des élèves. Nous pensons qu’il y a loin du discours à une réalité qui malmène aussi les personnels concourant aux rythmes éducatifs des enfants. Les campagnes de communication politiciennes ne peuvent dissimuler les malaises grandissant autour de la rentrée 2013 précipitée.
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Coaching patronal au collège, sous l’œil attendri de France 2

mercredi 26 juin 2013

Mardi 18 juin, dans le 20h de France 2, après les 9 min inaugurales sur les inondations en France, et parmi les quelques miettes distribuées aux autres sujets (3 min sur le mouvement social au Brésil, 2 sur l’accueil des touristes à Paris), on retiendra un reportage d’anthologie, intitulé (sur le site de France 2) « Éducation : du coaching en ZEP » : 4 min 20 consacrées à l’intervention d’une cadre dirigeante dans un collège de « ZEP », pour appliquer, selon ses propres dires, les « méthodes d’entreprise » à l’école. 4 min 20 pour un « gros plan » qui « traite » un sujet sans (se) poser la moindre question, sans rien en dire sinon célébrer les vertus d’une initiative qui, avec d’autres, relève d’un entrisme entrepreneurial dans l’institution scolaire, du reste fort à la mode. Une initiative présentée sans contrepoint ni distance : un tel éloge relève-t-il encore de l’information ?
Lire la suite sur le site d’ACRIMED