Un collectif de PLP normands écrit au Président de la République

lundi 12 novembre 2018
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Le quotidien Libération publie ce 12 novembre le courrier du collectif « le LP, ça marche ! », enseignant.e.s de LP de l’académie de Rouen.

L’entreprise serait-elle l’école de demain ?

« Coucou Manu ». Telle serait sans doute la formule d’appel qu’utiliserait un de nos élèves de lycée professionnel pour vous envoyer un courrier officiel, si nous, professeurs, ne prenions pas le temps nécessaire pour circonscrire les codes sociaux qui lui permettraient de formuler prosaïquement, Monsieur le président de la République.

La suite du courrier, notre élève l’ignore encore, alors que nous, enseignants des lycées professionnels de la République française, nous cherchons nos mots pour manifester notre effroi face à la réforme que Jean-Michel Blanquer veut mettre en œuvre dans nos établissements dès la rentrée 2019. Nous cherchons nos mots car ils sont rares, ceux qui peuvent décrire la perte immense de curiosité intellectuelle, de savoirs, de nouvelle chance, de lectures, de progrès, de savoir-faire, d’écriture, d’idées formulées et reformulées, de culture, de bons gestes, de répétition, de découverte, d’attitude professionnelle, d’échec et de réussite qui sont aujourd’hui les arcanes de notre métier. Jour après jour, nous œuvrons auprès de jeunes de 14 à 20 ans trop fragiles pour avoir pu profiter des enseignements du collège, trop pressés de quitter les bancs de l’école, dans un monde complexe que pourtant Google trimbale dans leur poche, trop absorbés par les écrans, trop délaissés par leur environnement pour conserver le goût de l’effort, trop découragés pour apprendre ou donner du sens à ce qui n’en a pas. Notre métier est difficile, car il nous faut faire preuve d’imagination, de dialogue, d’autorité avec ces gamins qui nous prennent pour des vieux dont les salaires sont bien moindres que ceux qu’ils croient pouvoir espérer ! A tout moment, le fil ténu de la transmission peut se rompre, mais nous sommes présents pour faire vivre le savoir, redonner l’envie à ceux qui l’ont perdue, donner leur chance à ceux qui n’en ont jamais eu. Et cette mission est fondamentale pour tous.

Nous travaillons avec un tiers des lycéens de France pendant trois ans, quatre ans autrefois, quand formation professionnelle n’était pas un vain mot du service public. Nous travaillons au bénéfice de cette nation en devenir qui subit les réformes incessantes qui frappent l’Education nationale. Ces réformes affaiblissent notre détermination à former des citoyens dignes et informés qui sauraient pourquoi ils cherchent leur travail plus loin qu’en traversant la rue et capables de faire le choix des urnes, guidés par leur libre arbitre.

La réforme Blanquer qui prévoit, entre autres, le regroupement de filières, la réduction du nombre d’heures de cours et la refonte des enseignements généraux a commencé contre toute attente en laminant notre rentrée. Elle se poursuivra avec la même noirceur en vidant les lycées professionnels, en remplissant les centres de formations d’apprentis, en contrariant la pédagogie, en vidant le budget des uns pour remplir celui des autres. L’entreprise serait-elle l’école de demain ? Les professions, les fonctions, les métiers ne s’apprennent plus sur le tas. Le bon geste doit être accompagné du mot juste, et c’est ce qui fait notre valeur ajoutée. Et c’est ce dont vous voulez priver nos élèves dès l’an prochain.

Cette nouvelle formule invalide notre expertise et nos pratiques en supprimant des heures d’enseignement pourtant indispensables. Les lycéens progressent au lycée, en stage, en atelier, en labo, en cuisine, en service, ensemble, face au tableau, face à leurs pairs, en dialogue avec l’enseignant, et au sein de la communauté scolaire.

A l’heure de la globalisation, vous ne pouvez pas priver une partie de la population d’apprendre autant que possible, accompagnée par des adultes qui la reconnaissent, la respectent et souhaitent la voir grandir. La nouvelle réforme proposée laisse peu de place à une scolarité humaine et vivante. Quel qu’en soit le coût, quel qu’en soit le temps : laissez-nous faire notre travail, Monsieur le Président !

« Biz ». Telle serait la formule de politesse qu’utiliserait un de nos élèves fort peu éduqué, s’il avait eu à vous « tweeter ».


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Brèves

La pédagogie Nutella ou le collège 2016... vu à la TV !

lundi 20 avril 2015

La réforme du collège 2016 agite le Landerneau enseignant depuis quelques semaines. Elle inquiète aussi à juste titre les parents qui se demandent bien ce que ledit collège réformé fera avec leur progéniture.

Pour rassurer tout le monde, la télévision publique nous montre à quoi ressemblera le collège 2016, dans deux reportages successifs. En effet, le collège réformé s’inspire de dispositifs innovants qui existent déjà dans quelques établissements expérimentaux.

Alors savourons cet avant-goût du collège nouveau...

Lire la suite sur le site La Vie Moderne

Chatel : « Certaines mesures vont dans le bon sens »

lundi 20 avril 2015

C’est le spécialiste des réformes destructrices Chatel qui ont mis à mal le lycée général et liquidé la voie STI qui nous le dit.
On constate facilement où Vallaud-Belkacem trouve son inspiration !

« Que les conservateurs tombent les masques ! »

lundi 20 avril 2015

Voici le titre de l’interview de Vallaud-Belkacem au très réactionnaire journal Le Point.
Notre seule réponse à NVB : « Que les néo-libéraux tombent également le masque ! »

4 pages spécial Retraités de la FERC

samedi 31 août 2013

Au sommaire : Conférence de l’UFR... les retraités à l’offensive ! - Quelle UFR, quelle structure ? - Place des retraités dans la CGT - Continuité syndicale et renforcement - Impressions croisées
Télécharger le 4 pages

Au sujet des dépenses scolaires…

jeudi 22 août 2013

Chaque année, à l’approche de la rentrée, on retrouve dans les médias des articles plus ou moins bien renseignés sur les « dépenses de la rentrée des classes ». Je les parcours toujours avec un peu d’agacement quand ils mettent en avant les nouveaux cartables, les vêtements, les classeurs, les crayons et les compas, les garderies et les cantines.
Parler de ces frais là, c’est évoquer l’arbre pour cacher la forêt. Les cartables et les compas durent facilement plusieurs années et les vêtements ne me semblent pas être une dépense scolaire : mes filles iraient-elles nues si l’école n’existait pas ? Idem pour la cantine : il faut manger même en dehors de l’obligation scolaire. Admettons pour la garderie des petits. Ce qui m’interpelle, ce sont les frais dont on parle moins et qui pourtant jalonnent bien le parcours scolaire des jeunes.
Lire la suite sur le site de l’Ecole démocratique

Ecole élémentaire : en France, le nombre d’élèves par enseignant supérieur à la moyenne OCDE (Depp)

vendredi 16 août 2013

Selon la revue « L’Éducation natio­nale en chiffres » de la Depp, le taux d’encadrement dans les écoles élémen­taires fran­çaises se situe en des­sous de la moyenne des pays de l’OCDE.
Le taux d’encadrement dans les écoles élémen­taires fran­çaises est en des­sous de la moyenne des pays de l’OCDE, selon la revue « L’Éducation natio­nale en chiffres » éditée par la Depp et parue en juillet 2013.
Dans les pays de l’OCDE, le nombre moyen d’élèves par ensei­gnant était à ce niveau de 15,4, en 2011 contre 18,4 en moyenne en France.

Loire-Atlantique / Rythmes : lettre ouverte des UD CGT, FO, FSU et Solidaires au DASEN et aux 26 maires de Loire-Atlantique appliquant la réforme en 2013

samedi 29 juin 2013

Depuis plusieurs mois, nos organisations syndicales ne cessent de dénoncer la précipitation et les dangers contenus dans la réforme des rythmes scolaires. Si les appréciations de nos syndicats respectifs peuvent diverger sur l’analyse de la loi Peillon et de son volet sur les rythmes scolaires, cela ne nous empêche en rien de partager nombre de points de vue sur les effets néfastes de cette réforme. Les propos volontaristes des municipalités ayant décidé de s’engager dès septembre 2013 dans la mise en œuvre du pan de réforme sur les rythmes ne résistent pas à un l’examen pragmatique. Pour notre part cette réforme relève plus d’un projet politique portant sur la territorialisation de l’École que sur les effets bénéfiques pour les enfants et les familles.
L’intention gouvernementale affiche une volonté de servir la réussite scolaire des élèves. Nous pensons qu’il y a loin du discours à une réalité qui malmène aussi les personnels concourant aux rythmes éducatifs des enfants. Les campagnes de communication politiciennes ne peuvent dissimuler les malaises grandissant autour de la rentrée 2013 précipitée.
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Coaching patronal au collège, sous l’œil attendri de France 2

mercredi 26 juin 2013

Mardi 18 juin, dans le 20h de France 2, après les 9 min inaugurales sur les inondations en France, et parmi les quelques miettes distribuées aux autres sujets (3 min sur le mouvement social au Brésil, 2 sur l’accueil des touristes à Paris), on retiendra un reportage d’anthologie, intitulé (sur le site de France 2) « Éducation : du coaching en ZEP » : 4 min 20 consacrées à l’intervention d’une cadre dirigeante dans un collège de « ZEP », pour appliquer, selon ses propres dires, les « méthodes d’entreprise » à l’école. 4 min 20 pour un « gros plan » qui « traite » un sujet sans (se) poser la moindre question, sans rien en dire sinon célébrer les vertus d’une initiative qui, avec d’autres, relève d’un entrisme entrepreneurial dans l’institution scolaire, du reste fort à la mode. Une initiative présentée sans contrepoint ni distance : un tel éloge relève-t-il encore de l’information ?
Lire la suite sur le site d’ACRIMED