Télé-travail dans l’enseignement : réflexions provisoires et critiques

dimanche 29 mars 2020
popularité : 1%

Sommés d’assurer la continuité pédagogique et contraints du jour au lendemain de travailler à distance à cause du Covid-19, environ 850 000 enseignant.e.s se sont donc mis au télé-travail.
Chacun(e) s’interroge depuis lors et, tour à tour, peste devant son écran, bidouille, sature, s’adapte, se plante, s’arrache les cheveux, se désespère… Pas simple du tout, c’est le moins qu’on puisse dire.
La CGT éduc’action, comme tout un chacun, se questionne et est amenée à se positionner. Elle ne nie pas les aspects positifs que les nouvelles technologies et le télé-travail permettent dans certaines circonstances : petits bonheurs professionnels de pouvoir échanger à nouveau avec les élèves dans la situation que nous vivons, nouvelles opportunités pédagogiques, nouveaux contenus, etc. Mais des questions et des critiques de fond se posent et doivent nous inciter à la plus grande vigilance. En voici quelques-unes.

Constatons d’emblée que nous ne sommes, dans l’immense majorité, pas du tout préparés au télé-travail. Ni formés, ni assistés, ni équipés non plus. Aucun matériel ne nous est fourni par l’employeur : nous sommes les seuls fonctionnaires/travailleurs contraints de devoir travailler avec nos propres ordinateurs et notre propre matériel, acheté sur nos deniers personnels. Il faut le dire clairement : c’est totalement inadmissible. Et ce n’est pas comme si nos salaires compensaient cette injustice... Ajoutons que la loi impose à tout employeur de négocier avec les organisations syndicales les modalités du télé-travail. Là encore, zéro pointé.
Ensuite, il est un aspect un peu passé sous silence et pourtant essentiel, celui de la santé des élèves. De nombreuses études scientifiques alertent sur les dangers des écrans : impact possible sur le QI, la concentration, le développement du cerveau, la santé mentale, l’obésité, etc. Or, l’institution semble ignorer, voire mépriser totalement, ces alertes. C’est un problème. Certes, il n’existe pas de consensus dans la communauté scientifique sur l’impact sanitaire du numérique mais il convient d’évaluer ces risques et d’être attentif aux mises en garde du milieu scientifique. Les événements en cours devraient nous inciter à écouter les scientifiques...

Autre motif d’inquiétude de taille par rapport aux enfants et aux jeunes, le télé-enseignement risque fort d’accroître les fractures sociale et scolaire en y ajoutant la fracture numérique. Nous le constatons dans notre département depuis deux semaines, une partie des élèves, souvent les plus accompagnés par leurs familles et les mieux équipés, donc, les CSP+, peuvent réussir tant bien que mal à travailler et à se débrouiller à distance. Mais pour une grande partie des élèves, il est difficile, voire impossible dans certains cas, de garder le contact avec eux et leurs familles, d’exiger quoi que ce soit, bref, d’assurer la continuité pédagogique. Continuer à pratiquer la notation, dans ce contexte, est une double aberration. Cela creuse les fractures et, ce faisant, perd de sa valeur.
Interrogé très récemment sur le site du Café pédagogique, le spécialiste de l’éducation Alain Bouvier va plus loin et s’alarme de la privatisation en cours de l’éducation et du coup d’accélérateur que pourrait produire cette crise. Citons-le : « C’est la fin d’une éducation nationale uniforme. […] A partir du moment où les parents prennent la main sur l’éducation il ne la lâcheront plus. S’ils trouvent que ce que propose telle entreprise ou telle association est bon, ils l’utiliseront. Après la crise, les familles feront du mixte. [...] D’ici deux mois il n’y aura pas deux élèves en train de faire la même chose. » Avis aux défenseurs du service public ! La CGT Educ’action considère que ce ne sont pas les familles qui feront du mixte, mais certaines familles qui financièrement pourront avoir recours à des contenus de télé-enseignement payants. Des familles auront pris l’habitude également de demander des comptes, d’attendre la même réactivité à leurs messages que pendant le confinement, normalisant ainsi le travail colossal de secrétariat sous lequel croulent certains enseignant-es depuis le début de la crise sanitaire.

Par ailleurs, pour les travailleurs.ses que nous sommes (mais aussi pour nos élèves), la généralisation du numérique et du télé-travail comporte en soi un risque énorme d’accroissement du contrôle par la hiérarchie. Contrôler, fliquer, manager à distance, certains en rêvent.
Le télé-travail est aussi une aubaine pour les GAFAM et le secteur des technologies appliquées à l’éducation qui, à l’occasion de la pandémie, bénéficient d’une opportunité en or pour pénétrer le marché éducatif et se rendre indispensables.
Cela pose aussi le problème de la publicité faite aux marques, du conditionnement aux modalités d’usage comme à la vision du monde qu’elles tentent d’imposer.
Afin de répondre au mieux aux besoins réels des enseignants et des élèves (et non à ceux des marchands du numérique), la diffusion et l’utilisation des logiciels libres dans l’Éducation nationale doit être favorisée (plutôt que le monopole actuel de Microsoft) et accompagnée d’une véritable formation, de la création de postes d’informaticiens et de développeurs de logiciels pédagogiques en grand nombre, au sein du service public.
L’État doit aussi garantir la protection des données à caractère personnel et à caractère scolaire en les hébergeant sur des serveurs à vocation non commerciale

Enfin, l’impact écologique du télé-travail semble largement ignoré ou sous-estimé. En effet, le numérique, ça pollue, et beaucoup, notamment parce qu’il rejette d’énormes quantités de gaz à effet de serre (GES). Ainsi, Mathieu Amiech militant écologiste interrogé dans le récent ouvrage L’écologie au 21ème siècle (Seuil/Reporterre), explique qu’il faut en faire une priorité de lutte contre le dérèglement climatique. Par exemple, un courriel avec une pièce jointe représente une heure de consommation d’une ampoule électrique. 10 à15 % de l’électricité consommée dans le monde est due au numérique ! Et derrière le numérique, il y a le renouveau de l’industrie minière mondiale et la course aux terres rares.

Toutes ces questions, il faut s’en emparer et engager la discussion avec nos collègues de travail. Il faudra aussi porter ces revendications dans les instances représentatives des personnels.
La CGT Educ’action souhaite y prendre toute sa part afin de défendre les droits des personnels, mais également de proposer un projet de société où la santé et la protection de l’environnement sont réellement des priorités dans l’intérêt des travailleurs. La CGT éduc’action estime que rien ne remplacera la qualité de l’enseignement en présentiel, avec des maxima d’effectifs à 15 en éducation prioritaire et 20 hors éducation prioritaire.


Agenda

<<

2020

 

<<

Mai

 

Aujourd'hui

LuMaMeJeVeSaDi
27282930123
45678910
11121314151617
18192021222324
25262728293031
Aucun évènement à venir les 3 prochains mois

Sites favoris


7 sites référencés dans ce secteur

Brèves

Ecoles Delaunay en action le 22 janvier 2020 pour revenir en REP+

jeudi 23 janvier

Lors de l’animation pédagogique du mercredi 22 janvier 2020 sur « les élèves à besoins particuliers », les enseignants ont rappelé leur exigence de classer les écoles maternelle Delaunay-Laurencin et élémentaire Sonia Delaunay de Dieppe (Val Druel) en REP+. En effet, elles sont sorties de l’Éducation Prioritaire en 2014 et ont été exclues des dispositifs REP et REP+ alors qu’elles répondent à tous les critères pour être classées en REP+. Son rang (64ème) au niveau académique la situe au même niveau que les écoles de REP+ du Havre ou de Rouen Nord.

Tous les enseignant·e·s des deux écoles sont venu·e·s avec un tee-shirt rappelant leur exigence et ont pris la parole en début d’animation. À l’issue de l’animation, l’urne était disponible pour pouvoir faire voter au référendum d’initiative populaire.

La CGT Éduc’action 76 soutient les collègues dans leurs actions.

Motion de soutien aux salariés de la Chapelle d’Arblay

mercredi 18 septembre 2019

Les camarades de la CGT Educ’action Haute-Normandie réunis en Assemblée générale de rentrée le 16 septembre 2019 à Maromme expriment leur soutien aux salariés de la Chapelle Darblay, menacés de licenciement.
Dans le secteur privé, les fermetures de site et les plans de licenciement se multiplient. Dans les services publics, ce sont les suppressions de postes massives et la dégradation des conditions de travail.
De plus, la réforme des retraites est une attaque contre l’ensemble des salariés.

  • Zéro licenciement !
  • Non à la fermeture des sites !
  • Non à la casse des services publics !
  • Non à la réforme des retraites ! Luttons tous ensemble !

Motion adoptée à l’unanimité par l’AG des syndiqué-e-s CGT éduc’action Rouen

Fusion des académies : j’habite à Evreux, pourra-t-on me nommer à Cherbourg ?

vendredi 13 septembre 2019

La lettre de cadrage pour la fusion des académies de Caen et Rouen certifiait que la gestion des personnels enseignants ne serait pas impacté jusqu’en 2022 (Mais en 2018 on nous jurait que la fusion n’était pas encore décidée). A en croire M. le Ministre, jusqu’à cette ce cas de figure n’existera pas. Mais après 2022 ça devient tout à fait possible pour les personnels du second degré. Le Rectorat a tout intérêt à ce que la souplesse et la mobilité des personnels soient maximales. Et avec l’affaiblissement du rôle des CAPA il sera encore plus compliqué d’influer sur les choix des services académiques, sans oublier que pour les contractuels ce « contrôle » est inexistant.

Une fusion des académies pour fermer des sections !

vendredi 13 septembre 2019

Le Rectorat et la Région Normandie lancent la réflexion pour une nouvelle carte de formation à la rentrée de septembre 2020. Ca ne sent pas bon du tout ! L’académie et la région de Normandie auront, si nous ne faisons pas reculer le Ministère, le même périmètre au 1° janvier. Les filières de formation, frontalières pour le moment, ou seulement identiques, seront à la prochaine rentrée dans la même académie. Ce sera une très bonne excuse pour fusionner et fermer par ci par là et pour récupérer les postes.

Mac Do Neufchâtel en Bray veut licencier une militante syndicale CGT !

vendredi 6 juillet 2018

Suite à un entretien disciplinaire une syndiquée CGT depuis un mois au McDonald’s de Neufchatel en Bray a été mise à pieds à titre conservatoire avant que ne soit décidé un licenciement. Les vrais motifs de cette mise à pied : la distribution de tracts dans les restaurants de cette franchise (Dieppe, Yvetot et Neufchâtel en bray) mentionnant les acquis obtenus au restaurant d’Elbeuf (13e mois, prime trimestrielles, congés enfants malades, arbre de Noël ...), et la crainte que les salariés reprennent eux aussi ces revendications !
Rassemblement Dimanche 8 juillet 18h45 devant le Mac Donald de Neufchâtel en Bray.