Déclaration CGT éduc’action au Comité Technique Académique du 19 mai

mercredi 20 mai 2020
par  Luc De Chivré
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Madame la Rectrice,
Avant d’en venir aux questions portant sur l’Éducation Nationale, nous souhaitons apporter notre soutien aux salarié-e-s et au syndicat CGT de Renault Sandouville qui ont pris la difficile décision d’aller en justice pour s’opposer aux mesures de protection insuffisantes prises par l’employeur, et qui ont gagné en référé. Ils et elles ont, dans une période difficile, pensé avant tout à la santé des salarié-e-s qu’ils défendent et ils ont eu raison. Rien ne justifie qu’on risque sa vie à la gagner.
Concernant la réouverture des écoles et des collèges, nous avions pressenti qu’elle se ferait à la va-vite, avec pas ou peu d’investissements, et sans aucun personnel supplémentaire. Après une semaine, nous estimons toujours qu’il est dangereux de passer outre l’avis du conseil scientifique et de rouvrir les écoles et les établissements alors que les conditions sanitaires ne sont pas remplies. Il était impossible d’organiser correctement la réouverture dans les conditions imposées par le chef de l’État, le Ministère et le Rectorat) et une fois de plus les personnels de l’Education mais aussi les personnels territoriaux, sont soumis à très rude épreuve et doivent se débattre seul.e.s devant d’innombrables difficultés. Le chef de l’État, le gouvernement et M.Blanquer fait font courir de très gros risques aux personnels, aux enfants et aux parents, et ils jouent avec le feu quand de nombreux médecins et scientifiques craignent une seconde vague de l’épidémie.
Presque partout le matériel prévu par les protocoles nationaux et les protocoles d’établissements ou locaux n’était pas entièrement arrivé. De plus, dans de nombreux établissements et écoles, le personnel communal, départemental et régional est en nombre insuffisant et n’a pas toujours suivi de formation spécifique pour la désinfection des locaux comme exigée par le protocole national. Il nous a été rapporté aussi des problèmes de salles de classes exiguës et où il est impossible de respecter la distanciation physique.
Concernant les masques, avant les mensonges de Pénicaud, Véran, Philippe et Macron, le Ministère du travail a toujours recommandé le port de masques FFP2 comme le démontre la circulaire Ministère du travail DGT du 3 juillet 2009 concernant le risque de pandémie : « La première recommandation d’ordre sanitaire a trait à l’utilisation d’équipements de protection individuelle de type masques FFP2, destinés à protéger les personnes qui les portent. » Ceux qui sont fournis aux personnels de l’Education Nationale et aux élèves ne sont même pas tous de vrais masques chirurgicaux de norme NF EN 14 683, qui est une garantie non d’une protection maximale comme le seraient les masques FFP2, mais d’une qualité correcte à condition que tous, personnels et élèves en portent. Les maques « grand public » ne présentent aucune garantie suffisante : la spécification AFNOR n’est ni une norme, ni une certification et aucune étude scientifique ne prouve l’efficacité de ces masques ! Le propre Conseil scientifique du gouvernement indique dans son avis du 20 avril que « nous n’avons pas de données solides actuellement sur l’efficacité des masques alternatifs ». Une partie d’air aspiré peut donc passer entre le visage et le masque. Par ailleurs, nous aimerions avoir le rapport du laboratoire qui a testé ces masques et qui garantit une « efficacité de filtration supérieur à 90% pour les particules de 3 microns ». Nous demandons donc des masques FFP2 pour les personnels, et non des masques « grand public ».
Il nous est impossible de faire une liste complète des multiples situations de travail à risques qui nous remontent du terrain. Nous constatons que de nombreux personnels prennent en ce moment des risques importants pour leur santé et en font courir involontairement aux élèves et à leur famille, et nous sommes à leurs côtés pour les soutenir. Nous avons vu également le stress important, la détresse trop souvent, que crée cette situation chez les personnels, notamment les directeurs/trices des écoles. Tous les droits de retrait qui sont exercés et qui seront exercés dans cette période sont plus que légitimes et légaux, et nous aimerions avoir l’assurance de votre part qu’ils seront acceptés sans aucun souci ou : nous vous demandons de respecter la loi, et qu’aucun retrait de salaire ne sera effectué pour ces personnels qui trouvent le courage de vous alerter sur les risques sanitaires et sont contraints de se retirer de situations de travail dangereuses, car pour un seul droit de retrait ou pour une seule fiche de registre SST remplie, ce sont bien plus de situations à risques qui existent. Madame la Rectrice, nous vous rappelons qu’il est de la responsabilité de l’employeur de protéger les personnels et que vous avez une obligation de moyens et de résultats en matière de santé, supérieure à votre pouvoir hiérarchique. Le Code du travail doit s’appliquer partout dans l’académie et vous fait obligation d’éviter les risques, de les évaluer (notamment dans les DUER), de les combattre à la source, d’adapter le travail à l’homme (article L4121-2 du Code du travail). Sur l’évaluation des risques, les documents uniques (DUER) doivent être actualisés lors de toute décision modifiant les conditions de santé et de sécurité ou les conditions de travail (article R4121-2 du Code du travail applicable dans la Fonction publique). Où sont les DUER, où ont-ils été actualisés ou comment ? En outre, dans la plupart des écoles et établissements scolaires, des entreprises extérieures interviennent, par exemple pour des travaux de maintenance. Or, la réglementation impose dans le cadre du risque Covid-19 (agent biologique pathogène, voir arrêté du 19 mars 1993, en application de l’article R. 4512-7 du code du travail) de procéder à des inspections préalables communes et de mettre à jour les plans de prévention. Qu’en est-il dans notre académie, Mme la Rectrice ? Concernant les prérogatives des CHSCT, nous exigeons l’application de la loi : tous les droits d’alerte pour danger grave et imminent effectués par un membre d’un CHSCT (au moins 7 au cours des dernières semaines, de la part de trois organisations syndicales du CHSCT départemental de Seine-Maritime) doivent obligatoirement et légalement être suivis d’enquêtes immédiates du CHSCT. Nous sommes dans un Etat de droit ? Hé, bien ! Montrez l’exemple, faites appliquer la loi dans l’académie que vous dirigez !
Concernant nos élèves et leurs familles, nous comprenons bien entendu grandement les difficultés de nombreuses familles et le désarroi d’enfants et de jeunes en difficulté et/ou sans solution matérielle pour garder un lien avec l’éducation, et nous en sommes très inquiets. L’enseignement à distance accroît les inégalités sociales déjà présentes auparavant et est très loin de permettre aux enseignants de faire progresser les élèves dans leurs apprentissages. Mais ce n’est pas pour pallier à ces manques que le gouvernement Philippe-Macron a précipité l’ouverture des écoles et collèges. Si cette préoccupation avait réellement dicté les décisions gouvernementales pendant le confinement et maintenant, les choix faits auraient été bien différents : des maxima de 15 élèves par classe dès septembre (voire moins selon les besoins sanitaires) de l’école au lycée ; lutter plus efficacement contre l’inégalité scolaire et rattraper le retard scolaire au lieu d’entériner des fermetures de classes et des suppressions de postes en plein confinement ; recruter des assistants sociaux pour comprendre les difficultés des familles et les aider au lieu du flicage et des sanctions contre des familles démunies, premières victimes de cette crise ; augmenter des fonds sociaux des établissements scolaires et des aides sociales pour contribuer à aider ces familles plongées dans des difficultés extrêmes.
La raison de la reprise est essentiellement économique, pour que les salarié-e-s puissent être contraints par leur employeur à retourner travailler sans savoir si leurs enfants sont en sécurité, et en prenant parfois eux/elles-mêmes des risques. Il est inadmissible que l’économie prenne le pas sur la santé, et que la population doive aller au travail avant de retrouver ses proches. Dans l’éducation, les personnels ont préservé leur droit à garder le choix légitime de mettre ou non leurs enfants en classe puisque M. le Ministre a affirmé lors du Comité Technique Ministériel du 5 mai que ces cas étaient pris en compte comme des ASA jusqu’au 2 juin, ce qui n’a pas empêché parfois certaines pressions de la part de la hiérarchie. Bien sûr, nous sommes inquiets pour la suite, car la situation sanitaire ne sera sans doute pas meilleure dans une semaine et demie, et le virus CoViD-19 toujours en circulation. Nous espérons que les personnels auront toujours ce choix après le 2 juin, mais aussi qu’on ne fera pas reposer plus de travail sur les épaules des collègues qui sont en présentiel en ce moment et qui ne pourraient supporter plus de stress et de charge de travail.
Se profile maintenant la rentrée de septembre. Nous partageons tous le secret espoir que la situation va s’arranger mais nous en doutons tous également. Et il faut prévoir déjà les mesures à prendre pour pouvoir revenir à une éducation de qualité, en présentiel uniquement, et avec les garanties maximales de sécurité. Hélas, les propos du Ministre de l’Education dans une interview au Journal du Dimanche donnent déjà les grandes lignes : on fera ce qu’on peut, sans aucun moyen supplémentaire. A savoir que la situation que nous allons connaître en mai-juin préfigure ce que pourrait être le mois de septembre. Nous pouvons pourtant faire d’autres choix et nous avons là aussi des propositions : du matériel de protection en nombre et en stock (lingettes virucides, masques FFP2, gel hydroalcoolique) dans chaque établissement et école ; des tests de dépistage réguliers pour l’ensemble des personnels et des élèves, mais aussi pour toute la population, afin d’apporter de la sérénité dans les écoles et les établissements et d’éviter des mesures trop sécuritaires ; des masques gratuits en nombre suffisant, aux normes, pour les personnels et les élèves, et aussi pour toute la population ; une protection accrue pour les AESH dont la mission implique une proximité avec les élèves et une réflexion sur leurs conditions de travail et un AESH à temps plein par élève pour éviter les transferts potentiels du virus, et aider au mieux les enfants ; la titularisation sans conditions de tous les précaires parce qu’ils remplissent des missions importantes et qu’il est grand temps de leur donner le statut protecteur qu’ils méritent ; des maxima de 15 élèves par classe toute l’année scolaire 2020/2021, de l’école au lycée hors épidémie et de 10 élèves par classe si l’épidémie est toujours présente ; un recrutement très massif, en urgence, qui passe par la titularisation sans conditions des stagiaires 2019, en plus de tous les précaires, et une attribution sans examen des concours à tous les inscrits, pour les enseignants et les personnels d’entretien ; une annulation de toutes les suppressions de postes et fermetures de classe ; un recrutement d’urgence et massif de personnels de vie scolaire, techniques et médico-scolaires titulaires.
Enfin nous sommes consternés de voir le gouvernement mégotant sur la prime à donner aux personnels soignants, alors même que ce sont de véritables augmentations de salaire qu’il faudrait. Le gouvernement peut les remercier, leur passer de la pommade comme il sait souvent le faire pour toute la fonction publique et pour de très nombreux salarié-e-s ; mais il serait beaucoup plus sincère et utile de décider d’un rattrapage et d’une hausse du pouvoir d’achat pour tous, de créer des postes dans la santé mais aussi dans tous les services publics, et d’augmenter massivement le nombre de lits dans les hôpitaux.


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Ecoles Delaunay en action le 22 janvier 2020 pour revenir en REP+

jeudi 23 janvier

Lors de l’animation pédagogique du mercredi 22 janvier 2020 sur « les élèves à besoins particuliers », les enseignants ont rappelé leur exigence de classer les écoles maternelle Delaunay-Laurencin et élémentaire Sonia Delaunay de Dieppe (Val Druel) en REP+. En effet, elles sont sorties de l’Éducation Prioritaire en 2014 et ont été exclues des dispositifs REP et REP+ alors qu’elles répondent à tous les critères pour être classées en REP+. Son rang (64ème) au niveau académique la situe au même niveau que les écoles de REP+ du Havre ou de Rouen Nord.

Tous les enseignant·e·s des deux écoles sont venu·e·s avec un tee-shirt rappelant leur exigence et ont pris la parole en début d’animation. À l’issue de l’animation, l’urne était disponible pour pouvoir faire voter au référendum d’initiative populaire.

La CGT Éduc’action 76 soutient les collègues dans leurs actions.

Motion de soutien aux salariés de la Chapelle d’Arblay

mercredi 18 septembre 2019

Les camarades de la CGT Educ’action Haute-Normandie réunis en Assemblée générale de rentrée le 16 septembre 2019 à Maromme expriment leur soutien aux salariés de la Chapelle Darblay, menacés de licenciement.
Dans le secteur privé, les fermetures de site et les plans de licenciement se multiplient. Dans les services publics, ce sont les suppressions de postes massives et la dégradation des conditions de travail.
De plus, la réforme des retraites est une attaque contre l’ensemble des salariés.

  • Zéro licenciement !
  • Non à la fermeture des sites !
  • Non à la casse des services publics !
  • Non à la réforme des retraites ! Luttons tous ensemble !

Motion adoptée à l’unanimité par l’AG des syndiqué-e-s CGT éduc’action Rouen

Fusion des académies : j’habite à Evreux, pourra-t-on me nommer à Cherbourg ?

vendredi 13 septembre 2019

La lettre de cadrage pour la fusion des académies de Caen et Rouen certifiait que la gestion des personnels enseignants ne serait pas impacté jusqu’en 2022 (Mais en 2018 on nous jurait que la fusion n’était pas encore décidée). A en croire M. le Ministre, jusqu’à cette ce cas de figure n’existera pas. Mais après 2022 ça devient tout à fait possible pour les personnels du second degré. Le Rectorat a tout intérêt à ce que la souplesse et la mobilité des personnels soient maximales. Et avec l’affaiblissement du rôle des CAPA il sera encore plus compliqué d’influer sur les choix des services académiques, sans oublier que pour les contractuels ce « contrôle » est inexistant.

Une fusion des académies pour fermer des sections !

vendredi 13 septembre 2019

Le Rectorat et la Région Normandie lancent la réflexion pour une nouvelle carte de formation à la rentrée de septembre 2020. Ca ne sent pas bon du tout ! L’académie et la région de Normandie auront, si nous ne faisons pas reculer le Ministère, le même périmètre au 1° janvier. Les filières de formation, frontalières pour le moment, ou seulement identiques, seront à la prochaine rentrée dans la même académie. Ce sera une très bonne excuse pour fusionner et fermer par ci par là et pour récupérer les postes.

Mac Do Neufchâtel en Bray veut licencier une militante syndicale CGT !

vendredi 6 juillet 2018

Suite à un entretien disciplinaire une syndiquée CGT depuis un mois au McDonald’s de Neufchatel en Bray a été mise à pieds à titre conservatoire avant que ne soit décidé un licenciement. Les vrais motifs de cette mise à pied : la distribution de tracts dans les restaurants de cette franchise (Dieppe, Yvetot et Neufchâtel en bray) mentionnant les acquis obtenus au restaurant d’Elbeuf (13e mois, prime trimestrielles, congés enfants malades, arbre de Noël ...), et la crainte que les salariés reprennent eux aussi ces revendications !
Rassemblement Dimanche 8 juillet 18h45 devant le Mac Donald de Neufchâtel en Bray.