Avec Inser’Jeunes, le gouvernement met en concurrence les formations professionnelles

mercredi 10 février 2021
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Nous reproduisons cet article du Café pédagogique sur ce nouveau coup porté au service public de la voie professionnelle.

Un nouveau site, lancé le 9 février au soir par l’Education nationale et le ministère du Travail, permet aux jeunes et aux familles d’avoir accès immédiatement au taux d’insertion dans l’emploi pour chaque formation professionnelle, du CAP au BTS, de chaque CFA ou établissement scolaire. Pour le ministère il s’agit d’éclairer les choix des familles et d’aider à l’orientation des jeunes. Mais celles-ci sont -elles égales devant un site Internet officiel ? L’orientation par voie numérique peut-elle remplacer un accompagnement humain à l’orientation ?

Connaitre le taux d’insertion pour chaque formation

Le nouveau site Inser’Jeunes propose pour chaque formation envisagée par un jeune le taux d’insertion par diplôme et type de préparation (scolaire ou en apprentissage). D’un clic de souris on découvre la formation la plus proche de chez soi avec le taux d’insertion et la valeur ajoutée de l’établissement ou CFA.

Pour Selma Mahfouz, directrice de la Dares (ministère du travail), le site "va permettre une meilleure orientation en donnant des informations sur les débouchés. Il rendra le système de formation plus efficace en donnant un pouvoir de régulation aux jeunes grâce au financement au contrat". En effet depuis la loi "pour la liberté de choisir son avenir professionnel", les CFA sont rémunérés au contrat. Telle formation affichant un taux d’insertion faible devrait ainsi disparaitre de la carte. C’est la logique libérale appliquée à la formation professionnelle.

Fabienne Rosenwald, directrice de la Depp (Education nationale) préfère mettre l’accent sur le fait que le site donne d’autres informations comme la part des contrats d’apprentissage interrompus et la valeur ajoutée pour chaque CFA ou lycée professionnel. Cette valeur ajoutée est la différence entre le taux d’emploi constaté et celui qui était attendu, c’est à dire le taux d’emploi moyen des établissements ayant le même profil d’élèves compte tenu du taux de chômage local.

Un site peut-il remplacer l’accompagnement à l’orientation ?

Et oui, ce n’est pas simple ! Et c’est là que niche le diable. Quand on navigue sur le site, ce qui est mis en avant c’est le taux d’insertion dans l’emploi. Les diplômes sont classés en fonction de ce taux et ensuite les établissements. La mention de la part des contrats d’apprentissage rompus est très discrète alors qu’il s’agit toujours d’un taux significatif (un tiers, la moitié etc.). La mention de la valeur ajoutée est très visible quand on arrive sur chaque établissement ou CFA. Mais peut-on attendre d’un jeune et de la plupart des familles qu’elle soit bien comprise ?

Quelle que soit la formation, ce que voient les jeunes et leurs familles sur le site c’est que le taux d’insertion dans l’emploi est plus élevé en apprentissage qu’en lycée professionnel (LP). Autrement dit ils sont immédiatement dirigés vers les diplômes à plus forte insertion, qui peuvent être les plus courts, et vers les CFA.

Une bonne orientation pour qui ?

Pourquoi pas ? Mais en réalité les jeunes ne sont pas égaux devant l’apprentissage. Si l’insertion professionnelle est meilleure par l’apprentissage c’est que celui-ci recrute des élèves bien différents des LP. On compte deux fois plus de père artisan, commerçant ou chef d’entreprise chez les apprentis que chez les lycéens professionnels (et ça aide pour l’accès à l’emploi !). L’insertion professionnelle est directement liée à l’origine sociale. Par contre on a trois plus d’immigrés et deux fois plus d’enfant de mère sans diplôme en LP qu’en CFA. Autrement dit la meilleure réussite des apprentis reflète le tri social qui est fait en apprentissage.

Le site Inser Jeunes met en concurrence immédiate tous les jeunes et toutes les structures des formations professionnelles. C’est la loi du plus fort qui s’exerce librement. A la Dares, on le revendique ouvertement. "La régulation du système est faite par les jeunes et le financement au contrat. Un CFA moins bon attire moins de jeunes et la régulation se fait. Le ministère n’a rien à faire", explique Selma Mahfouz.

Mais que veut dire moins bon ? Le site affiche " trouver la formation professionnelle qui vous correspond le mieux pour entrer dans le monde du travail !" Mais pour les familles ce qui est visible c’est le taux d’insertion. Or celui ci dépend du taux de chômage local et de l’origine sociale des élèves. Ces données sont introduites dans la valeur ajoutée. Mais cette notion est elle vraiment accessible à tous ? Dans l’éducation nationale on voit bien comment les médias, et par suite les familles, utilisent les indicateurs des lycées pour faire des classements prenant le contre pied de la valeur ajoutée.

Des effets redoutables pour les petits CFA et les LP

L’ouverture du site devrait avoir des effets immédiats sur les CFA déjà touchés par le paiement à la formation dans de nombreuses régions. Il va favoriser les CFA les mieux dotés, des régions les plus attractives aux dépens des CFA à faibles moyens dans les bassins d’emploi sinistrés.

Du coté éducation nationale, F Rosenwald explique que les indicateurs enrichiront le dialogue entre établissements et rectorats. Des décennies après la publication des indicateurs des lycées, on n’a pas vu que les IVAL aient amélioré la situation des lycées des quartiers populaires. Bien au contraire. On a vu les mieux classés devenir des ghettos d’élèves les plus favorisés et les autres se ghettoïser aussi. Cette tendance existe déjà entre CFA et LP. Le nouveau site devrait l’accélérer et pourrait aussi renforcer la concurrence entre LP.

Pourquoi ce site ouvre t-il maintenant ? C’est une application de la loi "pour la liberté de choisir son avenir professionnel". Son article 24 prévoit la transmission d’indicateurs pour chaque CFA et chaque LP. En fait le dernier cadeau de la loi Pénicaud.

François Jarraud


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Le taux d’encadrement dans les écoles élémen­taires fran­çaises est en des­sous de la moyenne des pays de l’OCDE, selon la revue "L’Éducation natio­nale en chiffres" éditée par la Depp et parue en juillet 2013.
Dans les pays de l’OCDE, le nombre moyen d’élèves par ensei­gnant était à ce niveau de 15,4, en 2011 contre 18,4 en moyenne en France.

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