Enseignement professionnel : Politique gouvernementale et propositions syndicales

dimanche 30 septembre 2007
par  David Querret
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Xavier Darcos a prononcé un discours sur l’enseignement professionnel, le 6 septembre 2007, à Châlons-en-Champagne. Il y a présenté les grandes lignes de sa politique. Bien sûr, il y occulte ce qui est pourtant décisif : la volonté gouvernementale de diminuer le coût de l’enseignement en France. Cette obsession est bien sûr déterminante, elle pèse bien plus lourd dans les décisions prises que maintes justifications aux prétentions pédagogiques…

Les missions de l’enseignement professionnel

Xavier Darcos commence son discours en rappelant que 30% des lycéens de France sont des lycéens de l’enseignement professionnel, soit 710.000 élèves. Il a raison, l’enseignement professionnel n’est pas marginal, il faut en prendre conscience. «  L’objectif de la voie professionnelle est clairement de former les jeunes pour permettre leur insertion professionnelle » nous dit-il. Certes, la spécificité de l’enseignement professionnel est de préparer les élèves à l’exercice d’un métier, de permettre une insertion directe sur le marché du travail. Mais mission spécifique ne veut pas dire mission unique, ni même prioritaire. Il faut le dire et le répéter : l’objectif principal de l’enseignement professionnel, comme de tout le système éducatif, c’est la formation d’individus épanouis et de citoyens émancipés, capables de faire des choix conscients concernant leur vie ou la marche de la société. C’est pour cette raison que nous enseignons en LP des matières comme le français, l’histoire, la géographie, l’économie, le droit, la VSP, le dessin ou l’EPS… La formation professionnelle vient s’ajouter à cet objectif émancipateur, elle ne doit pas s’y substituer.

Filières délaissées : où sont les responsabilités ?

Parmi les défis qu’il pose à l’enseignement professionnel, Xavier Darcos estime qu’il faut « gagner le combat de l’image afin d’attirer plus d’élèves dans les filières les plus porteuses », citant le bâtiment, l’hôtellerie-restauration, l’hygiène et l’environnement. Il laisse penser que l’enseignement pro serait responsable de la désaffection de ces filières, filières qui seraient victimes d’une mauvaise réputation... Il se trompe radicalement et masque ainsi les responsabilités du patronat de ces branches professionnelles. Si ces métiers n’attirent pas, c’est que les conditions de travail y sont particulièrement difficiles et les rémunérations largement insuffisantes. Il en est de même dans la plupart des filières industrielles. Au gouvernement donc, d’imposer une politique de progrès social dans les secteurs où le travail est le plus dur et le moins gratifiant. Mais il ne semble pas que ce soit la priorité de ses priorités…

Trop de diplômes professionnels, trop spécialisés ?

Monsieur Darcos estime qu’il y a trop de diplômes professionnels (un nombre « démesuré », souligne-t-il), ce qui nuirait à leur lisibilité par les familles et les chefs d’entreprise. En même temps, il pense qu’il faut des formations plus généralistes, permettant aux élèves une meilleure adaptabilité, de plus grandes possibilités de réorientation, de reconversion ou de poursuite d’étude. Tout cela est à prendre en compte, à discuter. On peut accepter une rénovation des formations et des diplômes, et il est bien sûr préférable d’offrir le plus grand nombre d’opportunités à leurs titulaires.
Mais nous devons être vigilants sur plusieurs points :

  • nous exigeons le maintien du nombre de places disponibles dans les LP. Rénovation ne doit pas signifier diminution de l’offre de formation. A chaque fermeture de section doit correspondre l’ouverture d’une autre.
  • concernant l’adaptabilité, qui pourrait s’y opposer ? Mais rappelons qu’elle suppose une solide formation générale et théorique. Or, depuis des années, cette formation voit ses volumes horaires diminuer et ses exigences s’affaisser.
  • n’oublions pas non plus qu’un diplôme de l’enseignement professionnel doit permettre l’exercice d’un métier précis. Attention donc à ne pas «  déqualifier » ces diplômes en les rendant trop généralistes et par conséquent sans utilité.

L’élévation du niveau de recrutement

« Un certain nombre de branches professionnelles ne recrutent plus qu’au niveau du baccalauréat professionnel et plus du tout au niveau BEP », déclare le ministre. Certes, et nous sommes les premiers à exiger de tirer les qualifications vers le haut. Nous ne nous opposons donc pas au développement des formations de bac professionnel, au contraire. Mais encore une fois, avec l’exigence de remplacer les filières BEP condamnées par des filières bac pro afin de maintenir l’offre de formation. Sil faut fermer dans un établissement un BEP tertiaire jugé « dépassé », alors ouvrons une section bac pro dans ce même établissement ! Quant au bac pro en trois ans, nous attendons toujours un bilan sérieux de cette innovation.

Contrôle des connaissances et modalités d’examen

« A l’occasion de cette réflexion collective sur l’offre de diplômes professionnels, je souhaite qu’une attention toute particulière soit consacrée aux modalités de leur obtention … et il serait peut-être préférable que la validation des connaissances soit elle aussi progressive, tout au long de la scolarité ». Monsieur Darcos évoque ainsi le CCF qu’il veut développer, voire généraliser. Le CCF prend pourtant un temps colossal aux collègues chargés de le mettre en œuvre. Or, ce procédé nuit à l’égalité des élèves et à la valeur des diplômes. Trop souvent, les CCF diffèrent d’un établissement à l’autre, on le sait bien. Que valent des diplômes obtenus dans des situations différentes ? Que vaudraient les résultats d’une course si chaque coureur courait de son côté, chronométré par son propre entraîneur ? Il est temps que la CGT prenne ses responsabilités et dénonce les conditions d’attribution et la valeur de certains diplômes. Si nous ne refusons pas tout CCF, nous voulons le limiter à certaines matières et nous nous opposons fermement à sa généralisation. Monsieur Darcos évoque enfin l’acquisition des diplômes sous forme de « modules ». Ce dispositif est lié au CCF. Mais il introduit un risque supplémentaire, celui de la destruction de la cohérence de classe. L’enseignant n’aurait plus devant lui les élèves d’un même niveau qu’il suivrait tout au long de l’année, mais son public varierait en fonction du module qu’il serait entrain de traiter.

Les PFE : à quand une évaluation sérieuse de leur intérêt ?

Le ministre évoque le passage des élèves en entreprise.
Qu’apprennent nos élèves lorsqu’il sont en PFE ? Ils se confrontent au monde de l’entreprise, découvrent certains équipements, certains procédés, ce qui n’est pas dénué d’intérêt, loin de là. Mais faut-il vraiment que le temps consacré à ces PFE continuent toujours à s’allonger ? A-t-on déjà fait un bilan sérieux de leur apport véritable ? Dans l’immédiat, nous considérons que ces périodes sont déjà bien assez longues et prennent finalement bien assez de place dans la formation des élèves .

Les fameux « lycées des métiers ».

Xavier Darcos déclare vouloir doubler en trois ans le nombre de lycées labellisés « lycées des métiers » (350 actuellement). Rappelons qu’il s’agit d’établissements organisés autour d’un secteur d’activité (le bâtiment, la plasturgie…), qui délivrent des diplômes de tous niveaux concernant ce secteur (du CAP au BTS) et qui accueillent des élèves de tous statuts (formation scolaire, par apprentissage, formation initiale, continue) ainsi que des structures de toutes sortes (GRETA, CFA, UFA…). On peut approuver la possibilité de suivre toute une filière dans un même établissement, de même que la cohabitation dans une même enceinte de structures de formations s’adressant à des publics différents.
Toutefois :

  • nous défendons l’existence de lycées généralistes, proposant des filières de formations complètes (du CAP au BTS) dans différents secteurs, industriels et tertiaires. C’est indispensable pour les établissements ruraux, qui doivent offrir la plus large palette possible de choix aux populations des environs. C’est bénéfique pour tous les établissements, par le mélange que cela permet entre les différents types d’élèves.
  • nous sommes partisans de lycées « à taille humaine », qui permettent convivialité et tranquillité. La volonté d’économiser passe avant tout chez notre ministre, avec son obsession de « regrouper », mais elle se fait au détriment des conditions de vie, d’étude et de travail des communautés éducatives.
  • nous voulons défendre le « groupe classe ». Nous voulons en effet faire cours à des classes, c’est-à-dire à un des ensembles stables d’élèves de même âge, de même niveau et de même statut, qui progressent ensemble, travaillent ensemble et nouent au fil du temps une relation de travail et de confiance avec l’enseignant. Ce cadre permet la stabilité des repères pour les élèves et la planification de ses activités pour l’enseignant. Cela permet également à ce dernier de bien connaître son public. Nous refusons donc les classes qui n’en sont plus, qui mélangent des groupes hétérogènes et variant au fil de l’année : des scolaires présents toute l’année avec des apprentis qui ne sont là qu’une quinzaine sur deux et des adultes qui viennent le temps d’acquérir un module manquant ; des élèves qui feraient un bac pro en trois ans et d’autres, en formation continue, qui complèteraient juste leur formation sur un an… Cette tendance est à l’œuvre, elle est même déjà entamée, nous en connaissons des exemples et elle est destructrice.
  • nous exigeons un traitement égalitaire des établissement. Car dans un contexte de développement de l’autonomie des établissements et de concurrence entre eux (sommet de l’absurdité libérale !), nous craignons la mise en place d’un système à deux vitesses : d’un côté les « très méritants » lycées labélisés, montrés en exemple et bien dotés ; de l’autre, les établissements de seconde zone, délaissés et dénigrés.

Le grand retour de l’apprentissage

C’est une constante depuis des années, le ministre souhaite toujours développer l’apprentissage. Et le nombre d’apprentis continue d’augmenter. L’apprentissage n’est plus marginal, il concerne aujourd’hui 28% des jeunes du secondaire professionnel (31,5% en Haute-Normandie). Il touche tous les niveaux de diplômes (et désormais l’enseignement supérieur). L’enjeu est donc très clair : quelle sera demain la forme dominante de formation professionnelle, le statut scolaire ou l’apprentissage ? Pourtant, l’apprentissage n’est pas un mode de formation satisfaisant. Il est sélectif ( il faut qu’un patron vous accepte si vous voulez suivre la formation), discriminatoire (les critères de choix des entreprises sont parfois fort… « discutables » !) et inégalitaire (la formation dépend beaucoup de l’entreprise d’accueil). Nous considérons également cette formation comme une formation au rabais, puisque le nombre d’heures de cours est largement amputé. Enfin, les taux d’échec sont importants, sans compter les ruptures de contrats qui n’ont jamais été précisément évaluées (entre 25% et 50% selon les branches). Notre préférence va donc à la formation sous statut scolaire, qui doit à nouveau être priorisée et valorisée.

Dans le débat sur l’avenir de l’enseignement professionnel, notre syndicat revendique donc :

  • un enseignement professionnel comme enseignement à part entière, qui forme à la vie, à la vie sociale et à la vie professionnelle.
  • des lycées généralistes, des lycées à taille humaine
  • le refus de toute mise en concurrence des établissements
  • le respect de la cohérence du groupe classe
  • une rénovation des diplômes avec : maintien de l’offre de formation ; renforcement de la formation générale et théorique ; maintien de la qualification.
  • pour l’égalité entre élèves et la valeur des diplômes : la limitation du CCF.
  • l’arrêt de l’allongement des PFE, une évaluation sérieuse sur l’apport de ce dispositif.
  • la priorité à la formation sous statut scolaire

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