Réunion du pôle FTP le 4 octobre 2007 introduction.

mercredi 24 octobre 2007
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Nous avons décidé, lors d’un récent CNU, de ne pas réunir les pôles pendant un certain temps par économies budgétaires. Cette décision est due à la réforme du système de cotisation et de financement des structures de la CGT. Nous sommes dans une période transitoire, une période de rodage, cela ne devait donc pas durer même si des ajustements seront sans doute nécessaires pour retrouver un fonctionnement normal.

Nous avons décidé de déroger à cette décision et de tenir cette réunion car les transformations profondes dans l’enseignement technologique et professionnel, qui sont annoncées depuis un certain temps, se précisent, même si nous ne disposons pas encore de toutes les informations et que subsistent encore des zones d’ombres.

La dernière réunion du pôle s’est tenue le 6 octobre 2006, elle avait été précédée par une autre réunion le 23 mars 2006 :

  • La réforme de l’enseignement général était annoncée, nous avions, à l’époque connaissance des grandes lignes :
  • La réforme de la filière STI de la voie technologique jouait l’arlésienne, tout le monde en parlait mais personne ne l’avait vue. Elle fut présentée officiellement en avril 2007, pour une mise en œuvre prévue dès la rentrée 2008 ; finalement elle est reportée à la rentrée 2009 voire à la rentrée 2010.

Entre-temps, un audit sur l’enseignement professionnel a vu le jour, avec à la clé 11 propositions, certaines étant déjà engagées comme, par exemple, la réforme de l’enseignement général dans les BEP et les Bacs pro.

Comme pour les autres audits (lycée, collège), les mots clés sont : optimisation, rationalisation, obligation de résultat, efficience, performance.

Il déroule, comme les autres, une conception libérale de l’école qui s’accommode mal du service public et se révèle peut-être d’une façon encore plus évidente, comme alibi à des orientations politiques décidées en amont.

Depuis, Xavier Darcos, à l’occasion de prises de parole, lors de déplacements divers et variés, annonce des mises en œuvre rapides, sans bien entendu s’embarrasser de concertations préalables avec les organisations syndicales. C’est le cas, par exemple, de la généralisation des bacs pro 3 ans et de la limitation de l’offre de formation par la réduction du nombre des diplômes professionnels proposés.

Ces réformes vont transformer profondément les organisations pédagogiques dans les établissements.
Elles touchent tous les aspects, les contenus, des enseignements généraux et professionnels, les modes de certifications, la finalité même de l’enseignement professionnel, dont l’objectif de professionnalisation risque d’être amoindri, et, bien entendu, les conditions d’exercice des personnels avec la perspective de l’annualisation des services et « du travailler plus pour gagner pareil ».

Nous avons tenu à inviter, aujourd’hui, les camarades qui vont siéger dans les nouvelles Commissions Professionnelles Consultatives. Nous avons, en effet, intérêt à rester en relation constante compte tenu de ce qui se travaillera dans les CPC. Nous souhaitons, d’une part, avoir un discours CGT le plus juste possible, un positionnement cohérent vis-à-vis de notre orientation (ce qui ne doit pas empêcher l’expression libre des camarades) et nous souhaitons, d’autre part, être en capacité d’informer les collègues de ce qui s’élaborera.

Dans cette introduction au débat, je voudrais justement limiter mon propos à ces questions de l’offre et de la certification qui sera au cœur du travail des CPC.

-I- Réduction de l’offre de formation.

Nous avons joint à la convocation-mandat le discours de Darcos, lors d’un déplacement à Reims, qui donne les grandes lignes, la philosophie générale de sa politique.
Il souligne l’importance de la voie professionnelle, pour en venir « aux défis à relever ». Il nous ressert l’habituel discours sur la nécessité de rendre la voie plus attractive, en veillant notamment à rendre plus claire, plus lisible et plus attrayante la dénomination des formations. Il prend à cet égard l’exemple du B.E.P. R.O.C.S.M. (réalisation d’ouvrages chaudronnés et de structures métalliques), le baccalauréat professionnel M.A.E.M.C. (maintenance des appareils et équipements ménagers et de collectivité).

On peut souscrire mais il en vient, me semble-il, à l’essentiel en pointant des problématiques qu’il nous faut examiner lucidement, sans avoir une attitude de gardien du temple, mais sans se laisser abuser non plus par de fausses évidences. Ces problématiques tournent essentiellement autour de l’offre de formation qu’il estime démesurée. 263 CAP, 35 BEP, 69 Bacs Pro.

-1- L’offre des formations proposées est-elle pléthorique ? Faut-il se focaliser sur le nombre des certifications ?

Un constat, elle est plutôt en diminution depuis plusieurs années. D’après CPC info n° 35 :
Une politique de rationalisation de l’offre de CAP a été mise en place depuis le début des années 80 : 314 en 1983, les CAP étaient au nombre de 232 en 1992 et de 221 en 2002.
Dans cet ensemble très hétérogène, cohabitent des spécialités traditionnelles de métiers, des spécialités au recrutement sélectif et d’autres beaucoup plus accessibles. (Sans qu’il y ait de connotations de valeur, chacun voit la différence entre le CAP accordeur de piano et le CAP vendeur en pièces de rechanges, ou entre le CAP doreur à la feuille ornemaniste et CAP constructeur de route).

Les diverses politiques de rénovation du BEP, mises en oeuvre depuis une vingtaine d’années, ont fait réduire le nombre de spécialités et recentré le BEP sur son objectif initial : la polyvalence. 48 BEP étaient accessibles en 1992, 44 en 1998 et 38 en 2002.

Par contre, le nombre des spécialités de bac pro, dont la création date de 1985, s’est rapidement démultiplié pour, maintenant, se stabiliser : 48 spécialités étaient en place en 1992, 58 en 1998 et 61 en 2002. Les nouvelles spécialités s’inscrivent plutôt dans le registre du métier, afin de répondre à des besoins très spécifiques d’entreprises (Bac pro artisanat et métiers d’art option horlogerie par exemple).

Les effectifs dans ces spécialités sont réduits, alors que les spécialités transversales du tertiaire administratif, du commerce, de la maintenance industrielle ou de l’électrotechnique accueillent des milliers de jeunes en formation.
Un peu comme en CAP, coexistent en bac pro des spécialités très différentes par leur profil et leurs flux d’inscrits.

Quant au BP, ils n’étaient plus que 68 en 1998 et 64 en 2002. Ils devraient disparaître pour être remplacés par des bacs pro.

Le nombre des BTS est stable : 108 en 1992, 112 en 1998 et 109 en 2002

-2- D’où vient ce manque de lisibilité ?

Il est évident que nous sommes en présence d’un système assez complexe, avec une offre de diplômes qui évolue en permanence. D’aucun pense pourtant que nous sommes dans un univers statique, bloqué par la machine administrative, avec derrière des fonctionnaires, la fonction publique empêtrée dans ses lourdeurs traditionnelles, enfin que du politiquement correct.

En fait, il n’en est rien et on peut dire que c’est justement le contraire qui se produit, on est en présence d’un système assez réactif qui tente de répondre aux demandes, aux besoins de formation qui sont le plus souvent exprimés par les professions elles-mêmes.

Il n’y a pas d’empilement par créations successives, on a vu que l’offre au niveau V a tendance à baisser et qu’elle se stabilise au niveau IV et III , c’est-à-dire qu’au bout du compte il y a autant d’abrogations de diplômes que de créations. Ce qu’il faut relever également, c’est que l’ensemble des diplômes professionnels est extrêmement hétérogène, du fait même de cette réactivité.

Est-ce à dire qu’il ne faille rien toucher ?

Un état des lieux s’impose, mais comment le réaliser ? L’adéquation parfaite emploi formation est-elle concevable ? Tant d’emplois disponibles, tant d’élèves à former. C’est d’autant plus difficile à réaliser que les entreprises sont assez défaillantes dans leurs prévisions de développement. Les régions quant à elles, vers lesquelles on renvoie la responsabilité de définir les besoins, sont elles-mêmes assez démunies. On voit qu’on touche, là, à des concepts éminemment politiques de développement économique. La question du plein emploi est, de toute façon, assez déterminante, même si on sait que certains secteurs sont, d’ores et déjà, en pénurie de main d’œuvre.

Quoi qu’il en soit, la CGT a souvent évoqué la nécessité d’examiner la construction de l’offre de formation et de certification dans un espace interministériel. Il n’y a pas, en effet, que l’Education nationale qui soit productrice de diplômes.

Pour ce qui nous concerne, il faudrait examiner dans les départements en invitant les SDEN ou les URSEN, de mener l’enquête carte des formations dans les établissements, je ne pense pas qu’ils trouvent des formations qui soient superflus ou inutiles dans les établissements.

-II- Ce que veut faire Darcos.

-1- Simplifier l’offre des diplômes.

Cette proposition s’inscrit dans les objectifs de la loi Fillon qui préconise des diplômes à champ professionnel large. Elle est développée dans le rapport d’audit qui estime qu’in fine l’offre devrait se limiter à une vingtaine de champs professionnels, en donnant cette définition :

« Il s’agit de concevoir les diplômes professionnels de la façon suivante : un diplôme, à spectre large, délivré par l’Etat, des mentions de spécialisations acquises en entreprise ou en formation. La spécialisation fait partie du diplôme sans pour autant être reconnue dans la certification. La certification reste générale, l’expérience est particulière ».

On voit qu’on ne touche pas seulement au nombre de diplômes mais on redéfinit la finalité des formations professionnelles en décalant la professionnalisation vers l’entreprise.
On est dans le droit fil des revendications du MEDEF qui souhaite reconnaître que des compétences attachées au poste de travail.
A l’opposé de cette conception, la CGT milite pour des droits attachés à la personne. Le diplôme professionnel étant le fondement de la reconnaissance de la qualification.

Nous avons, à la CGT, toujours rappelé le rapport dialectique entre la dimension scolaire, généraliste de l’enseignement professionnel et les contenus professionnalisant. C’est ainsi que nous revendiquons le bac professionnel de la façon suivante :

  • Le premier objectif du baccalauréat professionnel est l’insertion professionnelle. Il a été créé pour un accès direct à la vie active. C’est un diplôme d’ouvrier ou d’employé hautement qualifié.
  • Il doit permettre la poursuite d’études pour ceux qui le souhaitent.
  • Il doit permettre le retour aux études et à la formation dans la vie professionnelle.

Il est évident que dans cette définition nous soulignons l’importance du rôle et de la place de l’enseignement général, cette question a fait l’objet du débat des derniers pôles et je vous renvoie aux comptes-rendus. Nous tenons à cette notion d’intégration de l’enseignement professionnel dans l’Education nationale, et notre conception, assise sur le slogan former le travailleur et le citoyen, nous conduit à revendiquer que le lycéen professionnel soit un lycéen à part entière.

Se servir du Lycée des Métiers pour rationaliser l’offre.

L’objectif est de limiter le nombre de spécialités par établissement. La première réglementation des Lycées des Métiers était assez contraignante et limitait le nombre d’établissements « labellisables », la seconde réglementation a ouvert la labellisation en donnant la possibilité d’une mise en réseau de plusieurs établissements. X. Darcos parle de resserrer l’offre autour d’une ou deux formations et d’augmenter le nombre de lycées des métiers.

-2- La volonté de généraliser le bac professionnel en 3 ans s’inscrit dans cette orientation.

Le bac pro en 3 ans est actuellement mis en œuvre dans le cadre de « l’expérimentation ». En principe, il ne se substitue pas au bac pro en 4 ans 2+2, mais se situe en parallèle.
Un rapport de l’IG a rendu une appréciation mitigée, il concluait en tout état de cause au maintien des structures 2+2 en parallèle et restait réservé sur l’extension.
Maintenant ce qui est proposé, c’est la généralisation du bac pro 3 ans, passer de 10 000 élèves actuellement à la totalité, c’est-à-dire 100 000 élèves avec comme objectif immédiat 40 000 dès la rentrée 2008.
Jusqu’ici, les établissements qui mettent en œuvre « l’expérimentation » mobilisent les équipes éducatives, en principe volontaires pour reformater les contenus de formation prévus sur 4 ans, en 3 ans.
X. Darcos nous dit que les élèves en difficulté pourront, s’ils le souhaitent, accomplir le cursus en 4 ans, mais tout le monde a compris que ce ne sera pas dans l’ancien dispositif 2+2, mais dans le cadre d’un redoublement.

Pour justifier cette généralisation X. Darcos avance plusieurs raisons, sans jamais évoquer bien entendu le fait que tout cela permettrait de réaliser des économies d’échelle substantielles.

Il évoque :

  • L’absence d’insertion au niveau V (BEP) dans le tertiaire, par exemple, où le niveau minimum requis se situe au niveau IV, ce qui semble être une réalité.
  • Le faible taux de poursuite d’études après un BEP, ce qui est vrai aussi mais le nombre de bacs pro proposés n’est pas en mesure d’absorber le flux d’élèves des BEP, ce qu’omet de signaler le ministre. Ceci étant, il est vrai qu’un continuum de la formation sur la durée pourrait favoriser l’accès au bacs pro. Mais cette configuration pose des questions fondamentales sur la structuration des 3 voies des lycées, et plus particulièrement entre voie technologique et voie professionnelle.

A partir du moment où le bac technologique et le bac pro se préparent en 3 ans, la concurrence entre les 2 voies prend une autre dimension, d’autant que l’accès au BTS est de plus en plus encouragé pour les élèves de bacs pro.

Quelle incidence sur les flux d’élèves ?

Théoriquement on voit se dessiner une voie professionnelle, avec un accès à l’enseignement supérieur que l’on peut qualifier de court, par le bac pro.
Des incertitudes existent quant à l’avenir de la voie techno, particulièrement pour la filière STI.

Je parlais, en commençant, de zones d’ombres, l’une d’elles concerne la rénovation de la filière STI, qui est repoussée, officiellement pour raison de financement.
« Le dossier est bouclé mais… nous sommes sous l’œil de Bercy répète » le doyen de l’IG en charge du dossier. Pourtant Jean Louis Membrini, qui est le Directeur de l’enseignement scolaire, explique que le dossier n’est pas entièrement bouclé. La concertation a lieu encore avec les Régions, en fait il s’agit de négociations état/régions pour savoir qui va payé. Je vous rappelle qu’il est question de 80 millions d’euros.

L’inquiétant c’est que, faute de candidats, la filière ne se tarisse. Il est évident qu’une rénovation s’impose. Par répercussion, les STS ont de plus en plus de mal à recruter, certaines d’entre elles sont menacées de fermeture faute de candidats.

Voilà ce que nous voulions vous soumettre, sachant bien entendu que tous les sujets peuvent être abordés, mais vous comprendrez bien que ces questions sont d’importance et qu’il faille y consacrer du temps et de la réflexion. Ce sont des sujets qui nécessitent du recul, mais qui doivent être abordés au regard des expériences et du vécu professionnel et syndical de chacun-e d’entre nous.


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