Synthèse du rapport PRAT

sur la généralisation du BAC PRO 3 ans.
mercredi 12 décembre 2007
par  Virginie Faloise
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I/ Pourquoi danger ?

1) Parce que sans aucune concertation, le ministère engage une refonte profonde de l’enseignement professionnel en transformant massivement des filières scolaires BEP (2 ans) + Bac Pro (2 ans) en une seule filière scolaire : le Bac Pro en 3 ans.

2) Parce que le ministère engage cette refonte au mépris des résultats « contrastés », « mitigés » de l’expérimentation nationale mise en place à la rentrée scolaire 2001 qui concernait 1300 élèves et 300 apprentis inscrits dans différents établissements / CFA .
Résultats dont fait état le rapport de M. Didier Prat, inspecteur général de l’Education nationale, adressé au ministre de l’Education nationale en septembre 2005.

II/ Synthèse du rapport de M. Didier Prat.

(Les propos du rapporteur sont souvent repris in extenso..)

A/ Etat des lieux après quatre rentrées :

- Il apparaît que les procédures de sélection à l’entrée des Bacs Pro en 3 ans proposés sont différentes entre établissements et entre LP et CFA.
Les observations effectuées par Didier Prat, mettent en évidence qu’une sélection plus objective a lieu « lorsqu’il n’y a pas substitution d’une formation de BEP par un Bac Pro en trois ans et lorsque l’établissement est en mesure de proposer deux types de parcours : BEP+ BAC PRO et Bac pro en 3 ans. »
- Didier Prat signale qu’en cas d’abandon de l’élève, « la solution proposée au jeune est fréquemment le retour vers un BEP ».
- Il évoque que « les structures de formation qui offrent les deux parcours de formation en 4 et en 3 ans, assurent une gestion nettement meilleure des élèves que lorsque le bac pro 3 ans s’est substitué purement et simplement à un parcours en 4 ans ».

B/ Constats et analyses :

1) Un déficit d’encadrement et de contrôle pour la mise en place de ce parcours.

Didier Prat observe que « si la mise en place du baccalauréat en 3 ans est une réussite remarquable dans certaines sections, pour des élèves ou des apprentis, quelques fortes carences sont observées :
- « Le dispositif de suivi national, pourtant prévu dans la convention, n’a jamais été mis en place. Aucune consigne claire n’a été diffusée par l’administration centrale. Aucun protocole d’expérimentation n’a jamais été établi, aucune procédure formelle d’évaluation non plus. Seule une gestion « au fil de l’eau » a pu préciser progressivement quelques principes. »
- « Les ouvertures nouvelles ont pu se poursuivre de rentrée en rentrée sans que rien ni personne ne le tempère, au regard notamment de la fragilité du dispositif à long terme. Il a fallu attendre l’automne 2003 pour que la nécessité de recueillir l’avis de l’Inspection générale de l’éducation nationale et de la DESCO soit rappelée. Entre temps de nombreux « arrangements » avec les conditions initiales de l’expérimentation ont pu être constatés. »

2) Un développement qui mériterait d’être davantage maîtrisé.

D’après Didier Prat :
- « de nombreuses académies ont largement débordé le cadre de l’expérimentation en ouvrant des formations de baccalauréats professionnels en trois ans dans beaucoup d’autres secteurs que ceux de la troisième CPC (qui sont seuls concernés par le cadre dérogatoire de l’accord entre l’Education Nationale et l’UIMM) »
- « Un nombre non négligeable de rectorats entrent dans ce cadre expérimental en procédant à des substitutions de structures sur lesquelles il sera probablement impossible de revenir (création de Bac pro en trois ans en remplacement de BEP). »
- « Au motif d’économies immédiates apparentes (gain des moyens d’enseignement de 25%), ces dernières pratiques sont de loin les plus pénalisantes. En effet, elles négligent les publics relevant d’un parcours « ordinaire » en quatre ans (BEP + Bac. Pro.), qui sont pourtant les plus nombreux et qui sont ainsi obligés d’aller chercher ailleurs leur formation. »

3) Des résultats contrastés.

- Sur l’attrait de certaines formations
Didier Prat note que :

  • « s’il est difficile de confirmer une véritable corrélation, on constate parfois une amélioration de l’attrait des formations concernées. Cet attrait est souvent, en réalité, davantage lié au dynamisme et à l’engagement des équipes localement qu’à la seule réduction du temps de formation. »
  • « De nombreux élèves, qui suivent une formation au baccalauréat professionnel en 3 ans, envisagent une poursuite d’études en STS. Il est encore trop tôt pour vérifier le résultat de cette orientation. »

- « Sur le plan pédagogique
L’auteur expose que :

  • « La mise en place de ce baccalauréat, sans modification des contenus des programmes implique une sérieuse réflexion pédagogique et un important travail d’adaptation des formations à partir de deux référentiels (celui du BEP et celui du Bac. Pro). L’organisation de la formation est aujourd’hui à la charge exclusive des équipes pédagogiques qui éprouvent des difficultés de planification de leurs activités. Les corps d’inspection territoriale sont parfois très engagés, mais certains inspecteurs se limitent à l’évaluation, faute de consignes claires et de sollicitation de l’administration centrale ou académique.
  • L’observation fait largement apparaître les difficultés de positionnement et d’organisation pédagogique liées à la répartition des contenus de quatre en trois ans (découpage des référentiels, planification des activités). La solution de facilité, pour de nombreuses équipes, consiste à contracter le programme de BEP sur une année. Cette situation est favorisée par l’inscription de nombreux élèves au BEP (inscription suscitée ou non par les responsables d’établissement de formation). »

- « Sur la lisibilité du système
D’après Didier Prat : « c’est un dispositif qui brouille la lisibilité des voies de formation. En effet, une clarification s’impose au niveau de l’organisation du système en positionnant ce dispositif dans le schéma des formations technologiques et professionnelles (positionnement par rapport au bac technologique, rôle des BEP et des 1ére d’adaptation, …).
D’autre part, le recrutement dans ce baccalauréat mérite une réflexion sur les critères à prendre en compte pour l’orientation des élèves de troisième : Comment sont traités les voeux d’orientation du jeune et quelle stratégie mettre en oeuvre par les conseillers d’orientation (voie générale, voie technologique, voie professionnelle en 2 ans (BEP), en 4 ans, voie professionnelle en 3 ans …) ?
Il est pourtant apparu et ce dès la première année un certain nombre de conditions de réussite :

  • Recrutement effectif d’élèves issus de troisième des collèges (c’est fréquemment le cas en lycées, moins systématique en CFA) ;
  • Information des candidats sur le parcours et ses modalités ;
  • Positionnement des élèves et adaptation des cursus ;
  • Analyse et adaptation des formations à partir des référentiels des diplômes concernés ;
  • Préservation de possibilités de retour en parcours « ordinaire » ;
  • Maintien des formations de BEP dans le bassin de formation pour tous ceux, les plus nombreux, qui ne relèvent pas du parcours dérogatoire. »

- « C’est un dispositif qui engage quelquefois trop rapidement le jeune vers une spécialité. », avance encore D. Prat ajoutant que : « le BEP constitue une première étape vers une qualification de niveau supérieur permettant de sécuriser le jeune dans sa formation.
A ce titre, quelles dispositions doivent être prises pour un élève qui sera en situation d’échec au terme de la deuxième année de formation Bac. Pro. 3 ans par exemple ? Que pourra t-on lui proposer ? A contrario, quelles dispositions prévoir pour permettre à un jeune, dont les aptitudes se sont révélées au cours de la formation, de s’orienter vers une filière technologique ?
 »

4) « Le baccalauréat professionnel en trois ans est, dans certains cas, une réussite.

Didier Prat signale qu’ « un recrutement plus ciblé, homogène et des conditions de réussite, plus importantes notamment lorsque les deux formes de parcours sont proposées aux élèves dans le même établissement ou le même bassin de formation (BEP + Bac. Pro. 2 ans et Bac. Pro. 3 ans). »

C/ Conclusions :

« Si le bac professionnel en trois ans constitue une première réponse à la flexibilité des parcours ce dispositif n’y répond que partiellement et de manière trop rigide. En effet, il est nécessaire de donner une réponse adaptée à la diversité des publics accueillis en baccalauréat professionnel. Le parcours en trois ans n’est donc qu’un élément de réponse qui ne concerne qu’une faible partie des publics. […]
Enfin, il y a lieu encore de souligner qu’une grande majorité d’élèves ne peut pas suivre un parcours vers un baccalauréat professionnel en trois ans au terme du collège et à ce titre ils ne doivent pas être oubliés.
 »

Voici ce qu’ajoute le rapport IGEN STI 2003 :
« La prolifération du nombre de créations pose le problème du suivi de l’expérimentation. Il ne serait pas sérieux de fonder les conclusions d’une expérimentation sur l’évaluation d’un dispositif en mouvement constant et dont les paramètres évoluent tous en même temps »

III/ Conséquences.

- Le projet va permettre d’éliminer un poste de prof sur 4.
On sait donc qu’il répond à une logique financière, car, où l’intérêt de l’élève est-il pris en considération quand on sait que :

1) Le projet va l’encontre de la nécessité de diversifier les parcours au niveau d’un lycée. : BEP + Bac Pro et Bac Pro en 3 ans.
- Moins d’abandons en cours de formation si des possibilités de parcours différents s’offrent à l’élève
- Possibilité de proposer à l’élève une réorientation pertinente en cours de parcours au sein d’un même lycée. (Que l élève soit en difficulté dans un parcours en trois ans ou au contraire assez « fort » pour passer d’un parcours 4 ans vers un parcours trois ans)
Il s’agit donc alors de travailler sur les conditions dans lesquelles se font ces passerelles.

2) Le Bac Pro en trois ans ne s’adresse pas à la grande majorité des élèves trop en difficulté pour suivre ce parcours.
Dans la note du ministre ces élèves ont donc été totalement occultés !
Dans ces propositions, le rapport IGEN STI 2003 dit même : « Jusqu’où peut-on aller sans créer de facto, une filière sélective laissant de côté les publics plus fragiles ? Et à la charge de qui ? »
« Il ne faut accorder les autorisations d’ouverture que lorsque le projet de création définit précisément quelles sont les solutions retenues pour les élèves en difficultés. »

3) Un rapport remis en décembre 2005 au ministre de l’Education nationale sur l’évaluation de l’académie de Rouen signale que notre académie « a maintenu un important dispositif de 3 ème (techno puis) DP en LP dont les élèves passent majoritairement en seconde professionnelle ».
Que fait-on alors de ces élèves dont on sait le besoin d’une formation BEP+Bac Pro et dont la demande qu’ils ont de passer par un BEP est connue ?

4) Dans certaines filières, il est nécessaire d’effectuer une formation en 4 ans afin d’acquérir un véritable savoir-faire hôtellerie, bâtiment…)

5) L’expérimentation a montré que le Bac Pro en 3ans n’était pas une réponse valable au problème de l’attractivité de certains BEP.

6) Les critères d’orientation des élèves vers un Bac Pro 3 ans ainsi que les réorientations en cours de parcours ne procèdent pas d’un cadrage national et sont variables selon les établissements.

7) Il n’existe pas de référentiels propres au Bac Pro 3 ans parce qu’aucune réflexion pédagogique sérieuse sur l’organisation des enseignements généraux et professionnels n’a été menée : chaque équipe est appelée à faire comme elle l’entend.

8) Concernant l’académie de Rouen, la mise en place de ce Bac Pro en 3 ans est d’autant plus malvenue que les seuls résultats où l’académie se place le mieux par rapport à la moyenne nationale, sont ceux du BEP. (cf. Rapport sur l’évaluation de l’académie de Rouen, décembre 2005)


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