Quel enseignement professionnel voulons nous ?

vendredi 14 décembre 2007
par  Sebastien Le Bras
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Cette contribution au débat (tirée de mes lectures et de mon expérience professionnelle) n’a en aucun cas pour but d’imposer mon point de vue, mais de donner de mettre en place des axes de réflexion et surtout de susciter un débat pour nous faire avancer. Les propos qui vont suivre vont sans aucun doute choquer, susciter l’approbation, ou la désapprobation. Tant mieux, pourvu qu’il y ait débat !
Le débat devait se dérouler autour de cinq thèmes eux-mêmes déclinés par trois questions.

Le contenu pédagogique des formations et les objectifs recherchés

Quelle est la situation actuelle ?

Actuellement pour ce qui est du contenu pédagogique de nos formations, nous sommes dans le recul. Nous ne sommes pas dans le recul du contenu des savoirs, ni forcément du niveau de savoir (élément extrêmement difficile à juger). Mais nous sommes dans le recul du temps consacré à acquérir ces fameux savoirs.

En effet, le temps d’acquisition de savoirs généraux comme professionnels n’a cessé de diminuer depuis des années. Par exemple, l’apparition des Projet Pluridisciplinaire Caractère Professionnel (idée intéressante au départ si les moyens avaient suivi) dans le cadre des réformes Allègre, a « mangé » des heures de Français ou d’atelier. Était-ce la meilleure façon de répondre aux besoins scolaires de nos élèves que de faire passer le taux horaire des élèves à 3 heures hebdomadaires de français en seconde BEP et à 1 heure 30 en terminale BEP quand dans le même temps, le programme de français n’a subi aucune modification. ?

Pourtant, cette manière différente d’enseigner devait conduire à donner d’autres contenus pédagogiques à nos élèves. Avons-nous réussi ?
Non et j’en suis mari car je suis pour enseigner différemment vu les difficultés comportementales de certains de nos élèves.
Non car nous ne pouvions pas atteindre les objectifs fixés de niveau V, c’est-à-dire le niveau BEP en voyant le niveau horaire de certaines matières fondamentales décliné.
En raison de tout cela, n’a –t-on pas assisté par là à une dévalorisation du diplôme ? N’a –t-on pas participé au fait que la plupart des diplômes BEP ne constituent plus (pour la majorité de ceux du tertiaire) le « sésame » vers le monde du travail. ? D’où ma énième question : de qui se moque-t-on ? Des élèves, mon capitaine, des élèves et des parents

Bref, la situation actuelle pour ce qui concerne le BEP est assez morose quant aux contenus pédagogiques et aux objectifs à atteindre. On ne nous donne pas les moyens de les atteindre et surtout on ne donne pas les moyens à nos élèves de les atteindre vu leur niveau scolaire, social et comportemental. Tout cela ne fait que compliquer notre vie d’enseignant car cela perturbe c’est le moins que l’on puisse dire notre pratique pédagogique classique.

Quelles sont les propositions de réforme du « ptit caporal » ?

« Nicolas » semble avoir compris tout cela. Il répond au malaise enseignant en flattant leur mélancolie de l’école du passé. Vous savez 40 élèves assis et respectueux du cours général du maître avec un enseignement basé uniquement sur les savoirs fondamentaux.
Parallèlement, il répond à deux autres sentiments assez répandus chez nos collègues. D’une part, beaucoup pensent enseigner pour rien. D’autre part, beaucoup se plaignent du niveau mais aussi du comportement d’élèves semblant inadapté au système scolaire tel qu’il est mis en place.

Aussi, en leur proposant la réforme des Bac pro en 3 ans (car le BAC pro (2 ans) en gros est une réussite et par la même la suppression du BEP qui lui , en gros, ne répond pas à sa finalité c’est-à-dire permettre à nos élèves d’intégrer le monde du travail) et la remise au goût du jour du CAP, il laisse présager des jours meilleures pour les LP avec des formations amenant à la professionnalisation pour les meilleurs donc les motivés et des formations courtes voir très courtes pour les moins adapter, donc souvent les plus turbulents. Doux rêve, n’est ce pas ! Pour certains d’entre nous ?

Mais petite question, comment arriver à mettre au niveau Bac nos élèves en trois ans sachant que cette réforme va faire sauter environ 130 heures de Français et H.G initialement prévues en première année BEP ? Le bac pro ne va-t-il pas à terme se dévaluer comme le fut le BEP au fil du temps ?

Posons nous la question des objectifs recherchés par ce gouvernement. Je pense que vous avez la réponse

Que proposons nous, NOUS ou plutôt moi ?

L’enseignant est obsédé par son programme et doit l’appliquer quelque soit le niveau ces élèves. Je vous assure pourtant que vous n’enseignez pas au même rythme et de la même manière à Yvetot et à Grand-Quevilly. Alors quand on me parle de CCF généralisé dans la nouvelle seconde BAC PRO, je rigole. Comme je rigole quand je vois l’inégalité qu’il peut y avoir dans la pratique des CCF actuels.
Ce sont ces inégalités qu’il nous faut résoudre en fixant aux professeurs des objectifs pédagogiques clairs et évaluables en fin d’année. Alors, il faut à mon avis, agir selon deux axes pour atteindre ces objectifs pédagogiques.

Il faut sans aucun doute « libérer » les programmes, pas au sens second du mot libéralisme mais au sens premier, c’est-à-dire en donnant à l’enseignant une vrai liberté pédagogique vis-à-vis de contenus à enseigner et de la manière de les enseigner.
Il faut de plus mettre en place des conditions d’enseignement enfin acceptables humainement. C’est-à-dire pas plus de 18 élèves par classe en matière générale et 15 voir 12 en matière professionnelle. Le tout s’accompagnant par la mise en place de deux principes :

  • Un emploi du temps journalier particulier (Enseignement théorique le matin et enseignement pratique l’après midi),
  • Une structure souple et apte à prendre en charge les élèves les plus en difficultés en leur permettant de sortir du groupe classe pour recevoir un soutien scolaire, social, comportemental.

Charge sera donnée alors aux profs d’atteindre ces objectifs avec une liberté pédagogique et avec des conditions d’enseignement acceptables.
Toutes ces propositions qui ne sont pas parfaites et coûteront très chères, je le sais, vont de pair à avec la transformation de nos rapports avec le milieu professionnel.

Les relations avec le monde professionnel.

Quelle est la situation actuelle ?

La plupart du temps, et contrairement à ce que raconte les médias, le LP est très intégré dans le monde professionnel. Le plus souvent, un chef des travaux est au cœur de cette relation particulière qui ne prend pas la forme d’une allégeance mais plutôt d’une collaboration même si ce mot est parfois connoté.

Par l’intermédiaire de la préparation et des visites de stage, la plupart d’entre nous est en contact avec ce monde professionnel même si pour les enseignants de matière général, ce milieu parait abscons. Mais nous sommes au contact et celui-ci permet de constater que souvent nos élèves se révèlent différents dans ce monde de la « réalité » comme dirait l’autre crétin.

Quelles sont les propositions de réforme du « ptit caporal » ?

Lui comme ces prédécesseurs cherchent à nous placer sous allégeance. Le Lycée des Métiers dans ces mauvais cotés est devenu son projet. C’est-à-dire que l’enseignement professionnel doit former des travailleurs formatés en fonction des besoins des bassins locaux d’emploi. Nous devrons répondre à la demande et ne plus offrir des formations.

Que proposons nous, NOUS ou plutôt moi ?

Devons nous proposer le statu quo. ?
Certainement non car dans certains secteurs avec les transformations industrielles les relations se dégradent quand l’enseignement professionnel n’a plus les moyens d’offrir à ces élèves pour ces secteurs les formations désirées faute de moyens et parfois d’enseignants.
Encore non, car nous sommes souvent en décalage ou peu en relation avec les fédérations syndicales, même les nôtres, sur le devenir de l’enseignement professionnel. Il n’y a qu’à regarder les positions des enseignants en formation initiale et celles de la formation continue dans notre CGT sur la question de l’apprentissage. Nous devons sans doute améliorer nos relations en faisant par exemple entrer les fédérations ouvrières de branches dans les conseils d’administration des Lycées des métiers qui je vous le rappelle sont destinés à répondre à la demande d’une branche de métiers par la mise en place d’une filière de formation spécifique.

Enfin non, car nous ne connaissons pas souvent les différentes conditions et revendications qui ont cours dans les différentes branches de métiers vers lesquelles se destinent nos élèves de formation initiale. Connaissez vous les branches professionnelles de ceux que vous recevez en formation dans le cadre de vos cours au GRETA et ou au CFA ?

Le statut de l’élève en formation initiale et en formation continue

Quelle est la situation actuelle ?

La situation actuelle devrait être clair, la formation continue est séparée de la formation initiale. Pourtant, de plus en plus face à la désaffection que rencontre certaines filières industrielles, on remplit et on mélange des élèves en formation initiale et des élèves en formation continue ou qui retournent en formation dans le cadre de leur reconversion.
La formation initiale dans le cadre scolaire et la formation initiale en alternance donnent deux statuts différents à l’élève : celui d’élève et celui d’apprenti sujet à une rémunération.

L’élève n’est donc pas placé face aux mêmes responsabilités et n’a pas il faut le dire les mêmes droits et les mêmes conditions d’enseignement et d’apprentissages.

Nos élèves de LP envient souvent ceux de l’apprentissage parce qu’ils touchent en fonction de leur niveau une partie de SMIC en échange de leur travail. Ils ne savent souvent pas que le niveau demandé n’est pas tout à fait le même en alternance et en formation initiale scolaire. Ils ne savent souvent pas qu’il est dur de faire ses études en travaillant (même si beaucoup d’entre eux travaillent le week-end).

L’alternance revient souvent comme un souhait dans la bouche de nos élèves car elle laisse entrevoir la liberté de s’émanciper de ses parents. Aucun dans ces conversations ne vous parle du nombre d’apprentis qui ne finissent pas leur formation faute « d’entente » avec leur employeur !

Quelles sont les propositions de réforme du « ptit caporal » ?

L’apprentissage à tous les niveaux de formation tel est le leitmotiv de Nicolas (je l’appelle comme cela car on le voit tout le temps). Alain Le Vern semble sur la « même longueur d’onde ». Donc, quel sera l’avenir des LP ? Un super CFA si nous ne nous adaptons pas ?

Que proposons nous, NOUS ou plutôt moi ?

Je proposerai des solutions qui peuvent paraître contradictoires avec nos opinions donc suscitées des hurlements.
D’une part pour retenir et motiver nos élèves, je propose qu’il touche une rémunération au cours de leur stage. CAR dans la plupart des cas ces stages se déroulent très bien. Cela fait donc faire des économies aux grandes entreprises et administrations qui les emploient. Nos élèves remplacent souvent un employé ou un ouvrier. Je pourrais prendre l’exemple bien connu d’une grande banque qui place dans ses halls d’accueil systématiquement des stagiaires.

D’autre part, je suis pour replacer sous statut scolaire, les apprentis afin que ce soit l’Education Nationale qui protège ces jeunes des abus quand ils ont lieu. Je voudrais que l’on donne enfin à ces jeunes un niveau scolaire propre à leur permettre de reprendre ou de continuer des études si ils le veulent. Vous savez la formation tout au long de la vie chère à la CGT.

Je proposerai enfin dans ce cadre la mise en place de contrat individuel avec les élèves visant à leur assurer une réussite en contrepartie d’une attitude constructive dans le cadre de la formation.
Bref, tout le monde va me dire que je suis d’accord avec Sarkozy qui est pour l’apprentissage.

Et je réponds Non ! Non !

Car lui est pour la privatisation de l’enseignement professionnel en le confiant à la formation professionnelle privée très nombreuse et active en France
Moi je suis pour la nationalisation en confiant le tout public comme privé à l’Education Nationale. Bref des statuts équivalents pour tous nos élèves. Quant aux personnels...

Le statut de l’enseignant et des personnels non enseignants

Quelle est la situation actuelle ?

Il y a plusieurs statuts : celui des PLP, contractuels, vacataires de plus en plus nombreux, formateurs, maîtres formateurs, ATOS, TOS.
Il y a différents types de contrats : contrats de réinsertion en tous genres, contrat public d’Etat ou territorial, contrat privé, CDI, CDD.
Je pourrais rajouter celui ou celle qui fait son service en LP et fait un supplément au CFA ou au GRETA.

Je pourrais aussi parler des emplois du temps hebdomadaires et ceux annualisés qui sont de plus en plus nombreux.
C’est, il faut bien le dire, un bordel scandaleux, et un moyen extraordinaire pour nous diviser.

Quelles sont les propositions de réforme du « ptit caporal » ?

Je vous laisse deviner, vous avez le choix :

  • Tout le monde devient PLP à18 heures ou ATOS à 35 heures en contrat public
  • Contrat de mission en cdd annualisée de droit privé pour tous.

Que proposons nous, NOUS ou plutôt moi ?

Regardez le paragraphe ci-dessus et devinez.

Le statut de l’établissement de formation et son fonctionnement.

Quelle est la situation actuelle ?

Les établissements sont de plus en plus grands donc de moins en moins gérables.
Différents types cohabitent, LP public ; LP privé ; Greta ; CFA public et privé, et sont le plus souvent en concurrence atténuée par différents phénomènes ou dispositions.

Ils sont gérés de manières diverses de part leur différents statuts, soit par l’état, soit dans le cadre d’une coopération Etat–privé, soit par des chambres des métiers, soit par la Région qui dans le cadre des lois de décentralisation s’occupe de plus en plus de la gestion de ces différents établissements.

Le projet du Lycée des métiers initié par le gouvernement Jospin se met lentement en place. Je vous rappelle les débats toujours non tranchés qui parcourent notre organisation. Il cherche, si j’ai bien lu, à rassembler au sein d’un même établissement, une filière du CAP à la licence professionnelle, les acteurs de la formation, les donneurs d’ordre et les modes de formation.

Dans ces différents établissements le personnel possède un droit de « regard » quand il siège dans les CA. Mais il ne possède aucun droit d’intervention actif. Car, je vous rappelle que lorsque nous votons contre, une proposition de nos directions, on nous fait revoter immédiatement après si notre non a obtenu une majorité. Bref, c’est un fonctionnement hiérarchique, autoritaire............. et non démocratique.

Quelles sont les propositions de réforme du « ptit caporal » ?

La réforme du lycée des métiers doit se poursuivre et se développer. Dans le même temps, nous perdrons sans aucun doute du poids pour ce qui concerne notre représentation avec la mise en place de l’autonomisation des établissements. Ici, il faut entendre sans aucun doute privatisation avec financement privé exactement comme cela se déroule pour l’université.

Que proposons nous, NOUS ou plutôt moi ?

Paradoxalement encore, je suis pour de l’autonomie, mais pas la même. Je suis pour une certaine autonomie pédagogique comme je l’ai précisé plus haut.
Je suis ensuite pour un paritarisme dans la gestion des établissements d’où un fonctionnement plus démocratique.
Enfin, je suis pour un lycée des métiers, sans concurrence donnée par la labellisation, public qui regrouperait dans une même petite structure, mais sans mélanger, les élèves de formation initiale et de formation continue.

Voici ma modeste contribution, mes constations et mes propositions. Elles ne sont pas exhaustives mais cela doit susciter un débat que j’attends, que nos collègues et camarades attendent. Elles doivent permettre de dégager une position commune qui devra déterminer notre ligne de combat.......ou d’accompagnement, ou de lutte dans l’accompagnement.

Le Bras Sébastien

« Instruire pour révolter », Fernand Pelloutier


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