Dans le débat sur l’avenir de l’enseignement professionnel : Les propositions de la CGT

dimanche 23 mars 2008
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Quel enseignement ? Quels lycées professionnels ?

  • Un enseignement professionnel comme enseignement à part entière. L’enseignement professionnel doit former à la vie, à la vie sociale et à la vie professionnelle. La spécificité de l’enseignement professionnel est de préparer les élèves à l’exercice d’un métier, de permettre une insertion directe sur le marché du travail. Mais mission spécifique ne veut pas dire mission unique, ni même prioritaire. Il faut le dire et le répéter : l’objectif principal de l’enseignement professionnel, comme de tout le système éducatif, c’est la formation d’individus épanouis et de citoyens émancipés, capables de faire des choix conscients concernant leur vie ou la marche de la société. C’est pour cette raison que nous enseignons en LP des matières comme le français, l’histoire, la géographie, l’économie, le droit, la VSP, le dessin ou l’EPS… La formation professionnelle vient s’ajouter à cet objectif émancipateur, elle ne doit pas s’y substituer.

JPEG - 59 ko - Des lycées généralistes, des lycées à taille humaine.
Nous défendons l’existence de lycées professionnels généralistes, proposant des filières de formations complètes (du CAP au BTS) dans différents secteurs, industriels et tertiaires.
C’est indispensable pour les établissements ruraux, qui doivent offrir la plus large palette possible de choix aux populations des environs. C’est bénéfique pour tous les établissements, par le mélange que cela permet entre les différents types d’élèves.
Nous sommes partisans de lycées « à taille humaine », qui permettent convivialité et tranquillité. Les politiques strictement « budgétaires », à courte vue, avec leur obsession de « regrouper », se font au détriment des conditions de vie, d’étude et de travail des communautés éducatives.

  • Refuser la mise en concurrence des établissements, les lycées à plusieurs vitesse, défendre la coopération et l’égalité. Nous exigeons un traitement égalitaire des établissements. Nous refusons la conception ministérielle de « l’autonomie des établissements » et toute forme de concurrence entre eux (sommet de l’absurdité libérale !). Les établissements doivent être financés sur la base de critères nationaux transparents, en fonction de leurs besoins. Les établissements, plutôt que de se « concurrencer », doivent établir des liens de coopération et de complémentarité. Nous refusons la mise en place d’un système à deux vitesses : d’un côté les « très méritants » lycées labélisés, montrés en exemple et bien dotés ; de l’autre, des établissements de seconde zone, délaissés et dénigrés.
  • Des GRETA intégrés, disposant d’un personnel stable et titularisé. A partir du moment où l’établissement reste d’une dimension gérable, où la cohérence des filières et des classes sont respectées, il peut être intéressant d’accueillir dans les LP des cours pour adultes, de formation continue ou initiale. En ce qui concerne le personnel GRETA, il est urgent d’en finir avec la précarité dont il est victime et de mettre en oeuvre son intégration à la fonction publique.

Quelles classes ?

  • Le respect de la cohérence du groupe classe. Nous voulons défendre le « groupe classe ». Nous voulons en effet faire cours à des classes, c’est-à-dire à des ensembles stables d’élèves de même âge, de même niveau et de même statut, qui progressent ensemble, travaillent ensemble et nouent au fil du temps une relation de travail et de confiance avec l’enseignant. Ce cadre permet la stabilité des repères pour les élèves et la planification de ses activités pour l’enseignant. Cela permet également à ce dernier de bien connaître son public. Nous refusons donc les classes qui n’en sont plus, qui mélangent des groupes hétérogènes et variant au fil de l’année (des scolaires présents toute l’année avec des apprentis qui ne sont là qu’une quinzaine sur deux et des adultes qui viennent le temps d’acquérir un module manquant ; des élèves qui feraient un bac pro en trois ans et d’autres, en formation continue, qui complèteraient juste leur formation sur un an…). Cette tendance est à l’œuvre, elle est même déjà entamée, nous en connaissons des exemples et elle est destructrice.
  • Nous revendiquons un allègement des effectifs, une autre organisation du temps scolaire. Le nombre d’élèves par classe est déterminant pour l’ambiance de travail, les possibilités de s’occuper de chacun et la réussite de tous. Par conséquent, nous considérons qu’il ne faut pas plus de 18 élèves par classe en matière générale ; 15 voir 12 en matière professionnelle. Nous proposons également : un emploi du temps journalier particulier (enseignement théorique le matin et enseignement pratique l’après midi) ; une structure souple et apte à prendre en charge les élèves les plus en difficultés en leur permettant de sortir du groupe classe pour recevoir un soutien scolaire, social, comportemental.
  • Se donner les moyens de lutter contre l’échec scolaire. L’attribution de moyens conséquents permettant une réactivation des dispositifs de lutte contre l’échec scolaire (classes relais ; troisièmes d’insertion ; SEGPA…) supprimés ou laissés sans moyens depuis des années. Nous le savons, nombreux sont nos élèves en profonde difficulté. Il faut des dispositifs adaptés pour les aider. Cela rend nécessaire également la présence dans nos établissements de médecins, de psychologues, d’infirmières, de COPSY et d’assistantes sociales en nombre suffisant.

Quelle formation ? Quels diplômes ?

  • Diplôme : rénover oui, brader non. Rénover les diplômes, pourquoi pas. Mais en veillant à ne pas en faire le prétexte à leur dévalorisation ou à des économies budgétaires à courte vue.. La CGT exige donc en lien avec toute rénovation : le maintien de l’offre de formation (c’est-à-dire le nombre de places offertes en LP) ; le renforcement de la formation générale et théorique (seule garantie de bonne maîtrise du métier, mais aussi d’éventuelles poursuites d’études ou réorientations) ; le maintien de la qualification (un métier, c’est exigeant !).
  • Pour l’égalité entre élèves et la valeur des diplômes : limitation du Contrôle en Cours de Formation (CCF). Il faut un bilan sérieux et honnête des CCF mis en place. Car ce procédé nuit à l’égalité des élèves et à la valeur des diplômes. Trop souvent, les CCF diffèrent d’un établissement à l’autre. Que valent des diplômes obtenus dans des situations différentes ? Que vaudraient les résultats d’une course si chaque coureur courait de son côté, chronométré par son propre entraîneur ? Si nous ne refusons pas tout CCF, nous voulons le limiter à certaines matières et nous nous opposons fermement à sa généralisation. On parle aujourd’hui de l’acquisition des diplômes sous forme de « modules ». Ce dispositif est lié au CCF. Mais il introduit un risque supplémentaire, celui de la destruction de la cohérence de classe. L’enseignant n’aurait plus devant lui les élèves d’un même niveau qu’il suivrait tout au long de l’année, mais son public varierait en fonction du module qu’il serait entrain de traiter.
  • L’arrêt de l’allongement des Périodes de Formation en Entreprise (PFE), une évaluation sérieuse sur l’apport de ce dispositif. Qu’apprennent nos élèves lorsqu’il sont en PFE ? Ils se confrontent au monde de l’entreprise, découvrent certains équipements, certains procédés, ce qui n’est pas dénué d’intérêt, loin de là. Mais faut-il vraiment que le temps consacré à ces PFE continuent toujours à s’allonger ? A-t-on déjà fait un bilan sérieux de leur apport véritable ? Dans l’immédiat, nous considérons que ces périodes sont déjà bien assez longues et prennent finalement bien assez de place dans la formation des élèves .
  • Bac pro 3 ans : non à la généralisation, oui à la diversité des parcours. Nous refusons la généralisation du Bac Pro 3 ans. Les LP doivent continuer à proposer une offre de parcours variée (CAP, BEP, Bac Pro 3 ans et Bac Pro 4 ans) pour permettre à tous les élèves de trouver la voie, le diplôme et le rythme qui leur conviennent le mieux.
  • La priorité à la formation sous statut scolaire. Le nombre d’apprentis continue d’augmenter. L’apprentissage n’est plus marginal, il concerne aujourd’hui 28% des jeunes du secondaire professionnel (31,5% en Haute-Normandie). Il touche tous les niveaux de diplômes (et désormais l’enseignement supérieur). L’enjeu est donc très clair : quelle sera demain la forme dominante de formation professionnelle : le statut scolaire ou l’apprentissage ? Pourtant, l’apprentissage n’est pas un mode de formation satisfaisant. Il est sélectif (il faut qu’un patron vous accepte si vous voulez suivre la formation), discriminatoire (les critères de choix des entreprises sont parfois fort… « discutables » !) et inégalitaire (la formation dépend beaucoup de l’entreprise d’accueil). Nous considérons également cette formation comme une formation insuffisante, puisque le nombre d’heures de cours est largement amputé. Enfin, les taux d’échec sont importants, sans compter les ruptures de contrats qui n’ont jamais été précisément évaluées (entre 25% et 50% selon les branches). Notre préférence va donc à la formation sous statut scolaire, qui doit à nouveau être priorisée et valorisée.

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Les élèves

  • Allocation d’étude pour tous les lycéens professionnels, complétée par un système d’aides et de bourses, permettant une plus grande autonomie à nos élèves. Les élèves de l’enseignement professionnel, souvent plus âgés, issus de milieux populaires et devant faire face à de nombreuses dépenses, doivent pouvoir bénéficier d’une plus grande autonomie financière. Nous sommes partisans d’une allocation d’étude qui leur garantirait cette autonomie.

Quel service public de la formation professionnelle ?

  • Réforme de la taxe d’apprentissage. Il faut revoir le système de la taxe d’apprentissage, collectée et reversée de manière opaque, au détriment de l’enseignement public. Cette taxe doit pour le moins être prélevée centralement, par l’état ou les collectivités territoriales, et redistribuée de façon égalitaire entre les établissements en fonction de leurs besoins.
  • Création d’un grand service public de l’enseignement professionnel public. Un grand service public de la formation est nécessaire, avec l’intégration en son sein des GRETA, mais aussi des CFA et des LP privés…
  • Intégration des personnels des CFA et des LP privés dans l’Education Nationale. Dans ce cadre, nous sommes bien entendu pour l’intégration des personnels de ces établissements dans les statuts des PLP et des ATOS.

Quels droits, quels statuts pour les personnels ?

  • Titularisation des personnels précaires. C’est une mesure de justice sociale, mais aussi le moyen indispensable de constituer des équipes stables, cohérentes et soudées dans les établissements.
  • Amélioration de la situation des TZR. Cela passe par l’augmentation du nombre de TZR ; le recentrage de leur service sur les cours ; la fin de la gestion des personnels en « flux tendu » et de la politique du « bouche-trou ».
  • Amélioration du système des mutations, pour le fluidifier et le rendre transparent.
  • Deux premières années à mi-temps pour les nouveaux titulaires, leur permettant de rentrer dans le métier tout en continuant à suivre une formation adaptée.
  • Augmentation des salaires. Nous sommes pour l’augmentation des salaires des enseignants, pour rattraper le pouvoir d’achat perdu, mais aussi pour revaloriser la profession et la rendre plus attractive.
  • RTT Il est temps de remettre sur la table la question de la réduction du temps de travail pour les enseignants.
  • Refuser l’infantilisation et la division. La tendance est à « noter » les enseignants, à les mettre en concurrence. Cette politique est absurde. Les critères de notation ne peuvent être pertinents, ils introduisent le soupçon envers les enseignants suspectés de mal faire leur travail et divisent les équipes alors que la cohésion est nécessaire pour mettre en œuvre un travail collectif.

Quelle politique régionale ?

La Région est une collectivité qui pèse de plus en plus dans la vie de l’enseignement professionnel, nous lui adressons les revendications suivantes :

  • La mise en place d’une campagne de promotion de l’enseignement professionnel sous statut scolaire, en LP public.
  • La mise en application du principe : l’argent public à l’école publique
  • Une politique de la région pour assurer la transparence dans la gestion de la taxe d’apprentissage et pour augmenter les versements à l’enseignement professionnel public.
  • L’arrêt de la politique de fermeture de LP, la couverture de l’ensemble du territoire régional par un réseau de LP permettant la présence du service public au plus près de toutes les populations.
  • Le développement de filières nouvelles dans les secteurs d’avenir.

L’éducation n’est pas une charge, c’est un investissement !

L’éducation coûte cher, mais l’état doit se donner les moyens de la financer car elle est indispensable. L’éducation ne doit plus être vue comme une charge, mais comme un investissement pour l’avenir. Les choix budgétaires doivent donc en tenir compte. Jamais le pays n’a été aussi riche. A l’opposé de ceux qui pratiquent les réductions d’impôts pour les plus riches ou pour les grandes entreprises, nous sommes partisans du partage des richesses pour répondre aux besoins sociaux.


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Brèves

Un peu de culture...

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Les Editions de la CNT publie une biographie du grand syndicaliste américain Joe Hill, exécuté il y a bientôt un siècle.
JOE HILL, les IWW et la création d’une contre-culture ouvrière révolutionnaire, Franklin Rosemont, traduit de l’anglais (États-Unis) par Frédéric Bureau, Éditions CNT-RP, 548 pages, 20 euros. Frais de port : 3,85 euros

A lire : Abrégé du Capital de Karl Marx

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Écrit dans un style simple et sans l’appareil scientifique qui rend parfois ardue l’approche de l’œuvre originale, ce résumé a d’ailleurs été approuvé par Marx en personne.

Education en Europe : analyses, alternatives, action

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On y trouvera plusieurs articles concernant la politique éducative de la Commission européenne ainsi que sur les systèmes éducatifs et les luttes des enseignants ou étudiants de divers pays.

Congrès départemental du SDEN 27

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lors du congrès départemental des 4 et 5 avril 2005
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Constitution européenne

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