Résultats du bac : France-examen a décroché la mention « officielle »

mardi 8 juillet 2008
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Nous publions ci-dessous un article paru dans la revue électronique alsacienne Klapp 68 où l’on voit que les lois du marché s’imposent de plus en plus dans l’Education nationale. En ce début juillet, les résultats d’examen sont une occasion fournié à certains pour engranger des profits juteux.

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« France-examen » : le nom est pompeux ; il a été choisi pour suggérer une activité officielle et sans reproche. Mais cette enseigne ne cache en réalité qu’une pompe à fric - parmi d’autres du même type mais moins puissantes - qui siphonne la maigre tirelire des candidat-e-s aux examens, angoissé-e-s et particulièrement vulnérables quand approche l’heure des résultats.

Il n’y aurait pas grand’chose à dire de plus sur ce genre d’officines qui se servent des « nouvelles technologies » pour piéger des esprits momentanément fragilisés afin de se faire du pognon, si la justice de notre pays, le ministère de l’Education Nationale, ainsi que celui de l’Agriculture, ne leur avaient pas concédé un label officiel, jetant ainsi la confusion dans les esprits.

Chaque fois que France-examen fait sa pub – elle en fait énormément en ce début juillet 2008 et par tous les canaux (sur la page d’accueil d’« Orange », par exemple) – elle affirme lourdement qu’elle travaille « en collaboration avec les ministères de l’Education Nationale et de l’Agriculture ». Toute sa com’ vise à faire croire qu’elle est une annexe des rectorats et des inspections académiques, qui lui auraient délégué une tâche dont elle s’acquitterait consciencieusement. Le fait est que toutes ces officines qui prolifèrent sur internet peuvent prétendre, sans beaucoup exagérer, avoir décroché un statut d’autorité administrative avec la mention « officielle » : le ministère de l’Education Nationale a en effet signé une convention par laquelle le service public s’engage à fournir en priorité à ces entreprises privées les résultats des examens, tout en s’interdisant de les publier avant que ces dernières soient aussi en capacité de le faire ! Une nouvelle dérive mercantile que les libéraux fanas du fameux « partenariat école-entreprises » mettent certainement en œuvre avec jubilation, mais sans en avoir l’air, puisqu’ils peuvent prétendre qu’ils appliquent sagement une décision de justice (celle du tribunal administratif de Marseille, prononcée le 27 juin 2006)…

Voilà donc nos autorités administratives (les vraies : recteurs et inspecteurs d’académie) investies d’une mission de rabatteurs de clientèle ; celle que vise France-examen et ses semblables.

Diverses techniques ont été imaginées :

- Dans l’Académie de Strasbourg, la pression a été mise sur les correcteurs et jurys pour que les résultats du bac soient transmis le plus rapidement possible aux services du rectorat qui s’efforce alors de les refiler en urgence à ceux qui vont en faire du fric en les mettant en vente. Que cette pression sur les jurys provoque mécaniquement un travail de moindre qualité, voire des erreurs, ne semblent guère gêner nos décideurs (et est-ce que ça ne réjouit pas ceux d’entre eux qui manoeuvrent pour faire disparaître le bac qui reste à leurs yeux dans sa forme actuelle un obstacle à l’introduction d’une logique de concurrence/privatisation ?).

- L’an dernier, dans un centre d’examen des Deux-Sèvres, le chef de centre a voulu retarder l’affichage des résultats du bac sur ordre de sa hiérarchie ; s’il est finalement devenu raisonnable, c’est grâce à la pression d’un chahut organisé par la FCPE et les élèves/candidat-e-s ! Mais, souvent, là où les résultats du bac pouvaient dans le passé être affichés au fur et à mesure des délibérations des jurys, ils sont dorénavant « retenus » jusqu’à un moment précis de la journée.

- Quand survient ce moment, annoncé publiquement, la ruée des candidat-e-s sature rapidement le site internet du rectorat, comme ce fut le cas cette année à Strasbourg. Et même si la saturation est de courte durée, ça tombe vraiment bien pour France-examen qui se vante d’avoir acquis, elle, un matériel de « très hautes performances » capable d’absorber des pics de plusieurs dizaines de milliers de consultations simultanées. Et est-ce que ce n’est pas la preuve, ça, que le privé fait mieux que le public ?!...

Si on excepte quelques réactions syndicales, celles d’ATTAC et de la FCPE, le dispositif imposé par France-examen et autres pique-sous ne suscite que peu de protestations ; en Alsace, il faut bien tendre l’oreille pour les entendre. Quand vous interrogez des administratifs de l’Education Nationale, ou que vous évoquez le sujet avec des enseignants, ils vous répondent qu’ils n’en savent que peu de choses… Pour certains, ne pas trop chercher à savoir peut être aussi une façon de (se) cacher honte et embarras et (s’)éviter d’affronter des autorités et des intérêts menaçants.

Car si l’idée de service public était encore fortement ancrée dans les esprits, la riposte serait aisée : il suffirait que chaque établissement scolaire fournisse le résultat de l’examen – immédiatement via son propre réseau internet - à l’élève/candidat-e- qui l’a fréquenté ; cette livraison pourrait même se faire dans l’établissement, et sans risque de saturation, pour celles et ceux qui ne sont pas « branchés », ou qui attendent conseils sur place. Les nouvelles technologies permettent cela ; et ce serait une des premières fois qu’elles seraient utilisées à l’Education Nationale de manière pertinente !

Au lieu de cela, gêne et silence l’emportent. Aucun chef d’établissement en Alsace n’a eu la rigueur, semble-t-il, de mettre en garde les candidat-e-s et de leur rappeler que les résultats des examens sont toujours disponibles gratuitement sur les sites officiels (les vrais) du rectorat et des inspections académiques. Les enseignants n’ont pas fait davantage d’information sur le sujet, sauf ici ou là, comme dans l’académie de Clermont Ferrand, où le syndicat Sud Education l’a suggéré.

Mais on imagine mal que ce type « d’éducation à la citoyenneté » soit mise en œuvre sans rappel à l’ordre des autorités ministérielles :

On risquerait en effet de faire comprendre aux élèves qu’en imposant leurs procédés mercantiles les libéraux provoquent de profondes régressions idéologiques ; qu’en l’occurrence ils rabaissent l’école et le savoir au rang de vulgaires marchandises.

On risquerait en effet de faire comprendre aux élèves que cet avantage accordé à des parasites privés s’inscrit dans une démarche beaucoup plus large de libéralisation/privatisation du secteur public, démantelé petit morceau par petit morceau, avant qu’on ne frappe un grand coup, quand les circonstances s’y prêteront et que les esprits seront suffisamment formatés et résignés. Exagération et démonstration forcée ? Pas si on constate que, faisant déjà travailler des enseignants pour son compte, France-examen a déjà des activités plus vastes que la simple diffusion de résultats d’examens ; et qu’elle est la filiale du groupe « Prosodie » aux ambitions plus larges encore...

On risquerait aussi de priver de belles entreprises innovantes d’une partie de leurs juteux profits engrangés au nom de « la concurrence libre et non faussée » : France-examen a empoché plus de deux millions d’euros l’an dernier… Et combien va-t-elle rafler cette année avec l’efficacité accrue des rabatteurs de l’Education Nationale ?


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samedi 22 décembre 2018

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La saisie des voeux doit se faire du 11 décembre 2018 au 8 janvier 2019. La CAPN des SAENES aura lieu le 19 mars 2019, et celle des AAE le 21 mars 2019.

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Mouvement à gestion déconcentrés des ATRF
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La pédagogie Nutella ou le collège 2016... vu à la TV !

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Alors savourons cet avant-goût du collège nouveau...

Lire la suite sur le site La Vie Moderne

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C’est le spécialiste des réformes destructrices Chatel qui ont mis à mal le lycée général et liquidé la voie STI qui nous le dit.
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"Que les conservateurs tombent les masques !"

lundi 20 avril 2015

Voici le titre de l’interview de Vallaud-Belkacem au très réactionnaire journal Le Point.
Notre seule réponse à NVB : "Que les néo-libéraux tombent également le masque !"

4 pages spécial Retraités de la FERC

samedi 31 août 2013

Au sommaire : Conférence de l’UFR... les retraités à l’offensive ! - Quelle UFR, quelle structure ? - Place des retraités dans la CGT - Continuité syndicale et renforcement - Impressions croisées
Télécharger le 4 pages

Au sujet des dépenses scolaires…

jeudi 22 août 2013

Chaque année, à l’approche de la rentrée, on retrouve dans les médias des articles plus ou moins bien renseignés sur les "dépenses de la rentrée des classes". Je les parcours toujours avec un peu d’agacement quand ils mettent en avant les nouveaux cartables, les vêtements, les classeurs, les crayons et les compas, les garderies et les cantines.
Parler de ces frais là, c’est évoquer l’arbre pour cacher la forêt. Les cartables et les compas durent facilement plusieurs années et les vêtements ne me semblent pas être une dépense scolaire : mes filles iraient-elles nues si l’école n’existait pas ? Idem pour la cantine : il faut manger même en dehors de l’obligation scolaire. Admettons pour la garderie des petits. Ce qui m’interpelle, ce sont les frais dont on parle moins et qui pourtant jalonnent bien le parcours scolaire des jeunes.
Lire la suite sur le site de l’Ecole démocratique

Ecole élémentaire : en France, le nombre d’élèves par enseignant supérieur à la moyenne OCDE (Depp)

vendredi 16 août 2013

Selon la revue "L’Éducation natio­nale en chiffres" de la Depp, le taux d’encadrement dans les écoles élémen­taires fran­çaises se situe en des­sous de la moyenne des pays de l’OCDE.
Le taux d’encadrement dans les écoles élémen­taires fran­çaises est en des­sous de la moyenne des pays de l’OCDE, selon la revue "L’Éducation natio­nale en chiffres" éditée par la Depp et parue en juillet 2013.
Dans les pays de l’OCDE, le nombre moyen d’élèves par ensei­gnant était à ce niveau de 15,4, en 2011 contre 18,4 en moyenne en France.

Loire-Atlantique / Rythmes : lettre ouverte des UD CGT, FO, FSU et Solidaires au DASEN et aux 26 maires de Loire-Atlantique appliquant la réforme en 2013

samedi 29 juin 2013

Depuis plusieurs mois, nos organisations syndicales ne cessent de dénoncer la précipitation et les dangers contenus dans la réforme des rythmes scolaires. Si les appréciations de nos syndicats respectifs peuvent diverger sur l’analyse de la loi Peillon et de son volet sur les rythmes scolaires, cela ne nous empêche en rien de partager nombre de points de vue sur les effets néfastes de cette réforme. Les propos volontaristes des municipalités ayant décidé de s’engager dès septembre 2013 dans la mise en œuvre du pan de réforme sur les rythmes ne résistent pas à un l’examen pragmatique. Pour notre part cette réforme relève plus d’un projet politique portant sur la territorialisation de l’École que sur les effets bénéfiques pour les enfants et les familles.
L’intention gouvernementale affiche une volonté de servir la réussite scolaire des élèves. Nous pensons qu’il y a loin du discours à une réalité qui malmène aussi les personnels concourant aux rythmes éducatifs des enfants. Les campagnes de communication politiciennes ne peuvent dissimuler les malaises grandissant autour de la rentrée 2013 précipitée.
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