Les travailleurs de l’automobile font du raffut au Salon

lundi 13 octobre 2008
par  Sebastien Le Bras
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Une grande manifestation, condensé des luttes des derniers mois, a rassemblé hier des salariés de toute la filière au Mondial de l’auto.

« Renault, PSA, Ford, Valeo, Bosch, Faurecia, Delphi, Lear, Autoliv, Magnetti Marrelli, Goodyear, Michelin… » Micro à la main et l’oeil sur sa feuille, Michel Ducret, coordinateur automobile CGT, énumère les délégations. Hier au Mondial de l’automobile, toutes les grosses boîtes de la filière étaient représentées, et même « de multiples PME ». Selon la police, ils étaient près de 2 500 manifestants, 4 000 à 5 000 selon le syndicat. Parti du quai d’Issy-les-Moulineaux, le cortège des employés de la filière automobile s’étirait à midi sur quelques centaines de mètres, bloquant voitures et tramways, en direction du salon. « Nous y allons pour montrer que l’image de modernité qu’ils veulent donner n’est qu’une vitrine, sans aucun rapport avec la réalité du travail des salariés », soulignait Fabien Gache, délégué central CGT chez Renault, au lendemain des annonces de soutien à la filière par Nicolas Sarkozy.

Faire du raffut au grand raout de l’auto, l’initiative était prévu d’aussi longue date que les plans sociaux qui frappent le secteur actuellement. 4 900 chez Renault en France, 1090 chez PSA, 2700 menacés chez Ford Blanquefort, et d’autres encore. Des constructeurs aux équipementiers, la manifestation était donc un condensé des plus gros conflits sociaux des derniers mois. Deux délégations, parmi les plus touchées, ouvrent la voie : les Goodyears Amiens et les Renault Sandouville. « Moi, je m’en fous des belles bagnoles, lance Philippe, électricien chez Goodyears. Sarkozy lâche 400 millions pour soutenir les voitures vertes, alors qu’il nous disait que les caisses étaient vides. Et nous, ils nous suppriment une équipe et nous font passer en 4 × 8. C’est ça qu’on vient dénoncer ! » De son côté, Nicolas, employé de Renault Sandouville, s’énerve contre les mesures d’accompagnement proposées dans le cadre des mille suppressions d’emplois sur son site : « C’est du foutage de gueule. Et en plus, ils nous ont annoncé qu’ils allaient faire 2 000 embauches pour 2012. Pourquoi ils suppriment des postes maintenant alors ? » Et le reste est à l’avenant. Chez l’équipementier Faurecia de Sandouville, on parle d’« un GPEC en train de se transformer en PSE, avec un plan de 120 suppressions de postes sur 285 ». À la Barre-Thomas Rennes, sous-traitant de PSA, on évoque un troisième plan social, qui ferait plonger les effectifs de 1 250 à 600.

En début d’après-midi, la marée de manifestants s’engouffre dans le bâtiment, faisant voler drapeaux et confettis, distribuant tracts et explications aux visiteurs. Comme à Frédéric, dix-neuf ans, élève à l’école de design Saint-Geneviève où il apprend à dessiner des conceptscars. En discutant avec un intérimaire de PSA, il a appris hier le concept d’emplois induits : « Il m’a expliqué comment les sous-traitants sont impactés par la crise. » Un de ces amis le coupe. Il espère, comme Frédéric, bosser un jour pour un grand constructeur et se demande, bien sûr, « si on risque pas d’avoir nous aussi du mal à trouver du travail avec cette histoire de crise ».

Dans le bâtiment, la foule passe devant le stand BMW, tourne devant celui de Chrysler, avant de filer en sifflant vers les espaces Renault et PSA. L’Ondelyos, un prototype noir profilé comme un vaisseau spatial, est vite recouvert d’autocollants rouges. Un peu plus loin, un ouvrier âgé observe, pensif et peut-être triste, le Zero Emission Vehicle. Une voiture électrique, avec son « vitrage vert acide pour une isolation thermique optimum », son « ouverture des portes par reconnaissance digitale » et ses micro-caméras en guise de rétroviseurs. L’homme, qui du bout des doigts fait défiler les caractéristiques de l’engin sur l’écran tactile de présentation, étouffe un juron. Pendant ce temps, de la tête du cortège qui s’éloigne, monte un nouveau slogan : « Sans nous, pas d’bagnole ! »

Mehdi Fikri



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A lire dans "Le Café Pédagogique" du 14 février 2011

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Sur le Web : Le Café Pédagogique

Québec - La question épineuse du redoublement

mercredi 15 juillet 2009

L’interdiction du redoublement passée dans les mœurs scolaires québécoises pèse lourd sur le niveau des élèves qui entrent au secondaire
« Plusieurs élèves passent au secondaire sans avoir les acquis et je ne parle pas de petites faiblesses. Je parle de graves lacunes. » Cette parole d’enseignants n’est pas rare car ils commencent à récolter les – mauvais - fruits d’une réforme dont le maître mot est : pas d’échec possible. Même si l’interdiction du redoublement n’est pas officielle, elle est passée dans les faits. 2% seulement des élèves redouble la sixième année de primaire (l’année qui précède l’entrée en secondaire ou collège dans le système français). Mais à force de faire passer des enfants en échec scolaire sans les aider, la situation est devenue difficile en première année de cycle secondaire. Une des conséquences de cette baisse de niveau est le départ des bons élèves dans le privé : 30% des élèves choisissent des établissements secondaires dans le secteur privé ou dans les écoles élitistes du public. Résultat : les établissements normaux se retrouvent avec une forte concentration d’élèves en difficulté. Pour enrayer la spirale des lacunes et de l’échec scolaire, les spécialistes appellent à se concentrer sur la lecture, quitte à réduire le volume horaire d’autres disciplines. L’apprentissage de la lecture est un bon moyen pour repérer les failles dans les mécanismes d’apprentissage.
La Presse, www.cyberpresse.ca, 22 juin 2009

J’ai 17 ans et je suis exclu car j’ai fait blocage contre Darcos

mardi 7 juillet 2009

Ce lundi matin, une élue parisienne, Danielle Simonet, conseillère de Paris (Parti de gauche), alertait par un e-mail très viral sur le sort de Tristan Sadeghi, lycéen tout juste sorti de classe de première, à qui son proviseur refuse l’inscription en terminale. Sauf s’il s’engage par écrit à ne plus participer à des manifs ou des blocages, tels que ceux qui ont émaillé l’année, au lycée Maurice-Ravel, dans le XXe arrondissement comme ailleurs.
Rue89 a proposé à ce jeune élu représentant au conseil de la vie lycéenne de raconter son histoire, alors que la mobilisation autour de son cas commence à prendre.

Royaume-Uni : parents et élèves au rapport

mardi 7 juillet 2009

À partir de la rentrée prochaine, un nouveau mode d’inspection des établissements scolaires sera lancé en Angleterre : les parents et les élèves seront mis à contribution pour classer les écoles et ainsi, décider du déplacement éventuel d’un inspecteur. L’année dernière, 600 établissements scolaires avaient été épinglés pour ne pas avoir atteint les résultats escomptés alors que l’organisme d’inspection les avait très bien notés. Désormais, les parents et leurs enfants rempliront des questionnaires qui permettront de définir le niveau des écoles. Les meilleures d’entre elles seront inspectées tous les 5 ans (au lieu de tous les 3 ans actuellement). Les autres auront droit à des visites surprises plus fréquentes des inspecteurs. Une décision qui ne fait pas l’affaire des enseignants : leurs représentants dénoncent un manque de confiance dans les écoles et redoutent de faire l’objet d’une observation accrue dès la rentrée.