Quelques contre- vérités sur le LYCÉE DES MÉTIERS

lundi 5 décembre 2011
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- Merci pour cette contribution aux camarades de la Section syndicale CGT des lycées de Fécamp

Dès cette rentrée, aux lycées de Fécamp (LP Descartes et LGT Maupassant), le nouveau proviseur s’est vu confier la mission de labelliser la cité scolaire « lycée des métiers ». Il nous a donc demandé de lui faire confiance… sauf que tout ne s’est pas passé comme prévu. Alors que cela aurait dû passer comme une lettre à la poste, la communauté enseignante s’est emparée de la question et le débat qui s’est engagé a poussé la direction à reporter le vote à l’année prochaine. Pour tenter d’y voir un peu plus clair, voyons en quoi consiste ce label en partant de la propagande utilisée par la technocratie académique.

Faux argument n°1 : « avec le lycée des métiers, il n’y a aucun risque de mixer les publics (élèves de LP, apprentis et stagiaires GRETA). »

Pour se faire une idée sur la question, il suffit de lire le référentiel académique « Lycée des métiers », page 11 : « les équipes pédagogiques dispensent des heures de formation continue (GRETA) ». Puis, juste après : « les équipes pédagogiques intègrent des stagiaires (GRETA) sur leurs groupes de formation initiale ». http://www.ac-rouen.fr/servlet/com.univ.collaboratif.utils.LectureFichiergw?ID_FICHIER=1260747745064
Localement, c’est déjà une réalité au LP Françoise de Grâce (lycée des métiers des services aux personnes et aux organisations) au Havre où plusieurs stagiaires ont récemment intégré une classe de LP. C’est également le cas au lycée Schumann en BTS CIRA (http://schuman.spip.ac-rouen.fr/) qui mixe dans une même classe élèves en formation initiale et par alternance. Il faut faire confiance, qu’on vous dit !

Faux argument n°2 : « le lycée des métiers n’entraîne aucune fermeture de section. »

C’est en partie vrai… Label ou pas, il y aura de toute façon des fermetures de sections ! Par contre, on peut légitimement s’interroger sur les conséquences qu’entraîne la spécialisation des établissements et le renforcement de la concurrence entre lycées. A Fécamp, quel avenir pour le bac pro secrétariat- comptabilité par exemple à l’intérieur d’un lycée labellisé énergies renouvelables et tourisme ?
Plus généralement, en renforçant la logique de spécialisation des lycées, le risque est grand de fermer celles qui correspondent le moins au label. Allez ! Faites donc confiance !

Faux argument n° 3 : « la labellisation lycée des métiers n’aura aucun impact négatif sur nos statuts, nos emplois et nos conditions de travail ».

Concernant les statuts, le risque est grand qu’en généralisant ce label, on décide un jour d’aligner tout le monde par le bas puisque le « statut » des personnels des GRETA et CFA est plus précaire. Un exemple : en GRETA, une heure de cours est payée 55 minutes. Dans les CFA, le temps de travail est annualisé. Les ministres de l’Education Nationale qui se sont succédé ces dernières années ont tous rêvé d’annualiser le temps de travail en LP, pour mieux ensuite généraliser cette régression à tous les personnels de l’Education Nationale : qui le fera ?

Par ailleurs, le Proviseur de Fécamp a déclaré en commission permanente que la Région a de plus en plus « la mainmise sur la formation professionnelle », évolution qui ne manquera pas de se renforcer avec la généralisation du label lycée des métiers. Or, l’Association des Régions de France a officiellement demandé il y a quelques mois que l’ensemble de la formation professionnelle passe sous sa coupe. Conséquence : l’enseignement professionnel public ne serait plus national et nous passerions à la fonction publique territoriale.

Pas d’impact non plus sur l’emploi ? En permettant à des enseignants d’intervenir devant différents publics et/ou face à des publics mixés dans une même classe, qui ne voit que ces regroupements permettront de supprimer des postes ?

Pas d’impact enfin sur les conditions de travail ? Comment travailler de manière efficace en accueillant dans un même établissement et peut-être dans une même classe des élèves, des stagiaires et des apprentis aux profils et aux objectifs encore plus variés ? Soyez responsable, faites-nous donc confiance à la fin !

Faux argument n° 4 : « l’apprentissage est une bonne alternative au LP public. »

Il ne s’agit pas ici de dénigrer l’apprentissage mais d’opposer à l’idée reçue selon laquelle l’apprentissage, c’est mieux que le LP, une vision nettement moins flatteuse de ce type de formation.

Quelques chiffres tout d’abord, concernant la Haute-Normandie. Ruptures de contrats : un apprenti sur trois démissionne avant l’obtention de son diplôme ! Qualité de la formation : plus d’un apprenti sur 5 n’a pas de tuteur attitré. Sécurité : dans les secteurs bois et BTP, un apprenti sur 2 subit un ou des accidents les obligeant à se faire soigner. Horaires de travail : le nombre d’heures de travail est supérieur à 35 heures dans tous les secteurs. Egalité des genres : seules 10% des apprentis sont des filles et ce pourcentage n’évolue guère depuis... 1945 ! Et que dire des discriminations « raciales », contrairement aux LP publics qui accueillent tout le monde…

Ces faits qui jettent une ombre sur l’apprentissage n’ont pas empêché Sarkozy d’annoncer il y a quelques mois qu’il souhaitait doubler le nombre d’apprentis et qu’il fallait mettre en place la généralisation de l’alternance en terminale bac pro et terminale CAP. Or, le lycée des métiers a notamment pour objectif de développer l’apprentissage, au détriment de l’enseignement professionnel public. Sans compter que l’apprentissage est trop souvent aux mains du patronat. Confiance !

Faux argument n° 5 : « la procédure pour labelliser notre lycée est démocratique. »

Pour engager une procédure de labellisation, il faut un vote du CA. Mais ce dernier ne se prononce qu’une seule fois : avant la constitution du dossier de labellisation, pour autoriser (ou pas !) le chef d’établissement à engager une procédure de labellisation. Une fois le dossier finalisé, les CA ne votent plus ! Autrement dit, on vote pour une coquille vide et on donne un blanc-seing à la direction pour entériner des choix faits par d’autres, par des technocrates du rectorat et du ministère.

Faire confiance dans la capacité des personnels des lycées à imposer un contenu qui fasse consensus et à faire barrage aux projets qui ne nous conviendraient pas (mixage des publics, fermetures de sections…) ? C’est nous faire accroire que rien ne sera imposé contre la volonté des personnels alors que, de gré ou de force, les directions d’établissements auront pour mission d’appliquer des décisions prises en plus « haut lieu ». Un exemple : notre Proviseur nous a lui-même expliqué qu’il n’avait pas réussi à imposer son choix de label dans l’établissement qu’il dirigeait auparavant, c’est le rectorat qui en a décidé autrement. Faites confiance, puisqu’on vous le dit et le redit !

Faux argument n°6 : « la direction de l’établissement informe et consulte de façon transparente les personnels. »

Le projet de labellisation n’est pas tombé du ciel un beau jour de septembre 2011. En réalité, cela faisait cinq ans que la précédente direction travaillait sur le label et les personnels n’en avaient jamais été informés ni conviés à en discuter ! Pourtant, la porte était toujours grande ouverte pour discuter, qu’il disait.

En septembre dernier, les professeurs coordonnateurs et les membres des deux commissions permanentes sont conviés par courrier à une présentation du projet de labellisation le 19 septembre. Le soir même, alors que l’immense majorité des collègues ne maîtrisent pas le sujet, la direction nous annonce que le vote aura lieu les 4 et 5 octobre ! Voilà un dossier mené tambour battant ! Simple formalité, en somme ! Ensuite, si la direction avait obtenu une majorité aux deux CA d’octobre, nous aurions eu à monter un dossier de labellisation, dans un « esprit de consensus » ( !), pour janvier 2012. Pourquoi tant de précipitation ? N’ayez crainte : con-fian-ce !

Faux argument n° 7 : « le label lycée des métiers, ça ne changera rien pour vous. »

Le chef d’entreprise, pardon ! Le proviseur ! a commencé ainsi sa présentation du label lors de la commission permanente de septembre. C’est possible, après tout. Mais en êtes-vous si sûrs après avoir lu les lignes qui précèdent ? Certes, lycée des métiers ou pas, les logiques à l’œuvre nous touchent déjà et risquent de provoquer de nouveaux reculs : concurrence entre établissements, autonomie des établissements, contractualisation, logique avant tout comptable, fermetures de sections, idéologie du management, etc. Il n’empêche que cette labellisation risque fort de renforcer les dérives déjà à l’œuvre.

Alors, à chacun de se faire son idée. Et de faire confiance… ou pas !


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Mouvement 2019 des personnels ATSS :

samedi 22 décembre 2018

Mouvement inter-académique des AAE et des SAENES :
La saisie des voeux doit se faire du 11 décembre 2018 au 8 janvier 2019. La CAPN des SAENES aura lieu le 19 mars 2019, et celle des AAE le 21 mars 2019.

Mouvement à gestion déconcentrés ADJAENES
la pré-inscription se fera du 10 janvier 2019 au 7 février 2019. Le reste du calendrier sera en fonction des académies demandées.

Mouvement à gestion déconcentrés des ATRF
la pré-inscription se fera du 10 janvier 2019 au 7 février 2019. Le reste du calendrier sera en fonction des académies demandées.

La pédagogie Nutella ou le collège 2016... vu à la TV !

lundi 20 avril 2015

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Alors savourons cet avant-goût du collège nouveau...

Lire la suite sur le site La Vie Moderne

Chatel : "Certaines mesures vont dans le bon sens"

lundi 20 avril 2015

C’est le spécialiste des réformes destructrices Chatel qui ont mis à mal le lycée général et liquidé la voie STI qui nous le dit.
On constate facilement où Vallaud-Belkacem trouve son inspiration !

"Que les conservateurs tombent les masques !"

lundi 20 avril 2015

Voici le titre de l’interview de Vallaud-Belkacem au très réactionnaire journal Le Point.
Notre seule réponse à NVB : "Que les néo-libéraux tombent également le masque !"

4 pages spécial Retraités de la FERC

samedi 31 août 2013

Au sommaire : Conférence de l’UFR... les retraités à l’offensive ! - Quelle UFR, quelle structure ? - Place des retraités dans la CGT - Continuité syndicale et renforcement - Impressions croisées
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Au sujet des dépenses scolaires…

jeudi 22 août 2013

Chaque année, à l’approche de la rentrée, on retrouve dans les médias des articles plus ou moins bien renseignés sur les "dépenses de la rentrée des classes". Je les parcours toujours avec un peu d’agacement quand ils mettent en avant les nouveaux cartables, les vêtements, les classeurs, les crayons et les compas, les garderies et les cantines.
Parler de ces frais là, c’est évoquer l’arbre pour cacher la forêt. Les cartables et les compas durent facilement plusieurs années et les vêtements ne me semblent pas être une dépense scolaire : mes filles iraient-elles nues si l’école n’existait pas ? Idem pour la cantine : il faut manger même en dehors de l’obligation scolaire. Admettons pour la garderie des petits. Ce qui m’interpelle, ce sont les frais dont on parle moins et qui pourtant jalonnent bien le parcours scolaire des jeunes.
Lire la suite sur le site de l’Ecole démocratique

Ecole élémentaire : en France, le nombre d’élèves par enseignant supérieur à la moyenne OCDE (Depp)

vendredi 16 août 2013

Selon la revue "L’Éducation natio­nale en chiffres" de la Depp, le taux d’encadrement dans les écoles élémen­taires fran­çaises se situe en des­sous de la moyenne des pays de l’OCDE.
Le taux d’encadrement dans les écoles élémen­taires fran­çaises est en des­sous de la moyenne des pays de l’OCDE, selon la revue "L’Éducation natio­nale en chiffres" éditée par la Depp et parue en juillet 2013.
Dans les pays de l’OCDE, le nombre moyen d’élèves par ensei­gnant était à ce niveau de 15,4, en 2011 contre 18,4 en moyenne en France.

Loire-Atlantique / Rythmes : lettre ouverte des UD CGT, FO, FSU et Solidaires au DASEN et aux 26 maires de Loire-Atlantique appliquant la réforme en 2013

samedi 29 juin 2013

Depuis plusieurs mois, nos organisations syndicales ne cessent de dénoncer la précipitation et les dangers contenus dans la réforme des rythmes scolaires. Si les appréciations de nos syndicats respectifs peuvent diverger sur l’analyse de la loi Peillon et de son volet sur les rythmes scolaires, cela ne nous empêche en rien de partager nombre de points de vue sur les effets néfastes de cette réforme. Les propos volontaristes des municipalités ayant décidé de s’engager dès septembre 2013 dans la mise en œuvre du pan de réforme sur les rythmes ne résistent pas à un l’examen pragmatique. Pour notre part cette réforme relève plus d’un projet politique portant sur la territorialisation de l’École que sur les effets bénéfiques pour les enfants et les familles.
L’intention gouvernementale affiche une volonté de servir la réussite scolaire des élèves. Nous pensons qu’il y a loin du discours à une réalité qui malmène aussi les personnels concourant aux rythmes éducatifs des enfants. Les campagnes de communication politiciennes ne peuvent dissimuler les malaises grandissant autour de la rentrée 2013 précipitée.
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